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BRIN D’HISTOIRE : Centenaire de la mort de Mgr Prosper Augouard (1921-2021)

BRIN D’HISTOIRE : Centenaire de la mort de Mgr Prosper Augouard (1921-2021)

La date du 3 octobre est très significative dans l’histoire du Congo. Elle nous rappelle entre autres: la fondation de la ville de Brazzaville (1880) et la mort de Mgr Philippe Prosper Augouard. En cette année, nous commémorons de manière particulière le centenaire de sa mort (1921-2021). En effet Mgr Augouard, d’heureuse mémoire, est mort le 3 octobre 1921 et fut enterré le 5 octobre à Chevilly la Rue (Paris-France) après 40 de vie missionnaire au Congo (1881-1921). Pour l’Eglise du Congo, et tous ces pays qui l’ont connu, c’est un événement lié à notre histoire, l’histoire de notre Eglise locale, car cela fait 100 ans que le bâtisseur de notre Eglise, le missionnaire infatigable, ‘’l’apôtre du Congo’’, selon l’expression de G.G. Beslier, s’en est allé vers la maison du Père. Il reste un des pères fondateurs, avec Mgr Marie Hippolyte Carrie, de l’Eglise du Congo. La mémoire historique et la reconnaissance envers ce grand personnage nous poussent à célébrer un tel événement de grande envergure pour ne pas le laisser passer inaperçu.

Qui était Mgr Augouard?
Philippe Prosper Augouard est né à Poitiers le 16 septembre 1852 (la même année que Pierre Savorgnan de Brazza), des parents purement chrétiens. Son père, François-Cheri Augouard fut menuisier et sa mère, Jeanne-Adèle Barreau était ménagère. Dès son jeune âge, Augouard sent germer en lui la vocation sacerdotale: «Oh, Que je serai heureux un jour, lorsqu’étant prêtre, je pourrai veiller avec un tendre soin sur le troupeau qui sera confié à ma garde», disait-il (1). A l’âge de 14 ans, il fait son entrée au séminaire de Mont-Morillon, en 1872 il commence la philosophie au séminaire de Séez, puis la théologie. En 1874, Augouard fait son entrée dans la congrégation des pères du Saint-Esprit et du Cœur Immaculé de Marie où il commence son noviciat à Notre-Dame de Langonnet. Le 18 décembre 1875, il reçoit le sous diaconat des mains de Mgr Richard, coadjuteur de Paris, puis diacre trois mois après. Le 10 juin 1876, il est ordonné prêtre dans la chapelle de la rue Lhomond, par Mgr Delannoy, évêque de la réunion et le 27 août de la même année il fait sa profession solennelle dans la chapelle du noviciat à Chevilly. Aussitôt après son ordination, il commence son ministère comme préfet des études au Petit séminaire, charge qu’il assume malgré lui, car il voulait aller droit en mission en Afrique. Cette vocation à la vie missionnaire lui est née de sa rencontre avec le père Corner, supérieur de la mission du Zanzibar, lors de son passage au séminaire de Sèez.
En 1890, il est nommé vicaire apostolique de l’Oubangui ou du Haut Congo, après la division du vicariat apostolique du Congo-Français.

Mgr Augouard missionnaire en Afrique
Le père Augouard commence sa vie missionnaire en Afrique en 1877 au Gabon, puis en 1880 il rejoint Mgr Carrie à Landana. C’est d’ici que commence la véritable aventure missionnaire de Prosper Augouard. En effet, après la signature du traité avec le roi teke Makoko Iloo 1er, le 10 septembre 1880 et celle du 3 octobre (date historique de la fondation de Brazzaville) à Mfoa ou Nkouma avec le représentant de Makoko, la rive droite du fleuve Congo tombait sous l’occupation de la France. Comme signe de cette occupation, un drapeau français, tricolore fut planté à Nkouma, à l’actuel endroit où est construit le Mémorial Pierre Savorgnan de Brazza. C’est au sergent Malamine Kamara, sénégalais, compagnon fidèle de De Brazza que fut confiée la mission de garder cette possession ou ce territoire conquis. Après cet exploit, Savorgnan de Brazza continua sa marche vers la côte en suivant la piste des caravanes. Il débarque à Landana où il fut accueilli par les missionnaires français de la congrégation des pères du Saint-Esprit. Ce passage et son séjour de quelques jours chez les pères spiritains ouvriront la voie à l’évangélisation du Congo. En effet, Savorgnan de Brazza profita de la bonne hospitalité des pères pour leur faire état de ses exploits dans le Stanley-Pool en arrachant un traité avec le souverain téké, au nom de la France. Il sollicita l’appui des missionnaires en leur demandant d’aller ouvrir une mission pour barrer la voie à Stanley (boula matadi) qui fut bloqué par les rapides du fleuve Congo. C’est ainsi que le père Carrie désigna le jeune Augouard pour une première mission d’exploration, mission qu’il effectua du 5 avril au 3 août 1881, soit au total quatre mois de marche. L’on retient de ce premier voyage, sa célèbre rencontre avec le Sergent Malamine et le choix du site pour sa future mission.
C’est finalement lors de son second voyage (du 31 juillet au 15 février 1884) que le père Augouard commence réellement sa vie mission fondant, par accident sa première mission à Linzolo, le 23 septembre 1883, après le refus des bateké de le voir s’installer sur leur terre. La cause de ce refus fut simple, De Brazza avant de quitter le Stanley Pool avait donné aux tékés cette consigne: de ne pas recevoir tout blanc ne portant pas sur son casque une plume blanche. Voilà la cause principale qui poussa Augouard à s’installer à Linzolo plutôt qu’à Mfoa où il avait même déjà choisi son site pour la mission. Il fallait attendre 1887 pour que la mission de Brazzaville soit fondée, grâce à la collaboration entre Dechavannes et Mgr Carrie.

Les missions fondées par Mgr Augouard
En 40 ans de vie missionnaire, Mgr Augouard eut à fonder plusieurs missions en RDC (la mission de Kwamouth), en Oubangui-Chari (la RCA, Saint Paul de Bangui en 1894, et Sainte Famille de Bessou 1894) et au Congo. Il était à la fois explorateur, bâtisseur et véritable fondateur des missions du Nord Congo, grâce à ses bateaux, seuls moyens de communication, dont: le Diata-diata, le Léon XIII et le Pie X. Ses bateaux lui ont permis de naviguer sur le fleuve Congo et ses affluents, avec pour seul but la fondation des missions. En substance, Mgr Augouard a fondé, sur le sol congolais, un total de six missions: Linzolo en 1883, Sacré-Cœur de Brazzaville en 1887, Liranga en 1889, Lekety en 1897, Sainte Radegonde de Tsambitso, en 1899 (Oyo) et Saint Benoît de Boundji en 1900.
En dehors des missions, en suivant la pédagogie missionnaire de cette époque, il ouvra aussi les écoles dans chacune de ses stations, pour former les enfants et la première élite du pays: «A l’école on ne soigne pas seulement la tête mais aussi le cœur, pour apprendre à aimer son prochain» (2), aussi ajouta-t-il: «ma mission est de former des hommes qui soient utiles à la société».

Conclusion
Mgr Prosper Augouard fut un véritable missionnaire et bâtisseur de notre Eglise locale, avec son maitre Mgr Carrie, d’où la juste appellation de «l’Apôtre du Congo» (3). Il passa tout son temps à travailler pour la cause de l’évangile, en amenant au loin la Bonne Nouvelle du Christ et en implantant partout des missions, dans des conditions difficiles. Il brava, pour l’amour du Christ toutes les intempéries sans se soucier de sa vie, car pour lui, la vie d’un missionnaire était une vie de martyre. Son zèle missionnaire, associé au zèle patriotique le poussa aussi à travailler pour les intérêts de sa patrie, en mettant parfois à la disposition des agents de l’administration coloniale, ses bateaux et autres matériels: «Pour Dieu et pour la France» (4), tel était son credo. On pourra reprocher à Augouard deux choses, la première son nationalisme qui le rendait parfois semblable aux colons et donc raciste et la seconde le fait de n’avoir pas cultivé les vocations locales et de n’avoir pas ordonné un seul prêtre, contrairement à son supérieur Mgr Carrie qui commença son apostolat en cultivant déjà les vocations locales, ce qui lui fit le bonheur d’ordonner les premiers jeunes sortis de son séminaire.
En dépit de ce qui vient d’être évoqué, commémorons cet anniversaire du centenaire de la mort de Mgr Prosper Augouard en cultivant en l’ardeur, le dynamisme et le courage des premiers missionnaires qui, malgré leurs limites, furent des héros, des véritables «athlètes de Dieu», des champions de l’évangile.

Armand Brice IBOMBO
Historien
Notes
1) J. de Witte, 1924, Un explorateur et un apôtre du Congo-français, Monseigneur Augouard, Paris, Emile Paul et Frères éditeurs, p. 5
2) Armand Brice Ibombo, 2012, L’œuvre missionnaire de Mgr Prosper Augouard au Congo-Brazzaville, Paris, l’Harmattan, p. 119.
3) G.G. Beslier, 1926, l’Apôtre du Congo, Paris.
4) Armand Brice Ibombo, 2020, l’Eglise Catholique au Congo-Brazzaville, des origines à nos jours, Paris, l’Harmattan.
5) J. Ernoult, 1995, Les spiritains au Congo de 1865 à nos jours, Paris, Edition du Saint-Esprit.

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