La dette publique du Congo envers la Chine représente une part significative de la dette totale du pays. Elle est estimée à environ 1300 milliards de francs CFA d’après une étude initiée par la plateforme Dette et développement (PF2D), dont la restitution a été faite jeudi 24 septembre 2026 à Brazzaville par Serge Alain Ntsakala (expert en développement organisationnel). La PF2D s’interroge ouvertement sur l’opacité des mécanismes de compensation en ressources naturelles et appelle à une clarté des accords entre le Congo et la Chine.
Lors de la restitution de l’étude, on a noté la présence des responsables de la plateforme, notamment Samuel Nsikabaka, coordonnateur national et Franck Roger Matoko, chargé des programmes et projets. D’après l’étude, la dette du Congo envers la Chine plombe tous les programmes de développement que le pays essaie d’appliquer ou d’exécuter. Cette étude a permis d’affiner une dynamique de penser pour mener un plaidoyer.
Ouvrant la séance de restitution, Samuel Nsikabaka a dit: «la dette publique n’est pas un mal en soi. Elle est très utile, voire indispensable, si elle permet de soutenir le développement économique et social, notamment en temps de crise. L’endettement du Congo envers la Chine a une histoire particulière qui intègre la coopération entre ces deux pays depuis fort longtemps. Année de la reconnaissance de la Chine populaire en 1964».
Le document y relatif fait ressortir que cette dette n’est pas seulement une dette publique envers l’Etat chinois, mais aussi envers d’autres créanciers chinois. Au regard de l’augmentation de cette dette, la PF2D a été interpellée pour mener cette étude pour comprendre les investissements de ces emprunts, si les infrastructures correspondent réellement à la dette contractée par l’Etat congolais. L’étude montre l’absence d’une grande transparence sur cette dette, assise sur une base juridique précise, constituée par l’accord-cadre signé en 2006. Un accord, ratifié par le Parlement congolais, consacre une compensation en espèce de troc: infrastructures contre pétrole, bois et mines, ou tout simplement ressources naturelles.
Samuel Nsikabaka a précisé: «Officiellement, cet accord est appelé «Accord-cadre sur l’arrangement spécial de la coopération économique et commerciale entre la République du Congo et la République Populaire de Chine». Cet accord dans le cadre de sa spécificité renvoie à quelques problématiques, sinon des questions. Quel est le niveau de transparence dans la pratique? Comment mesure-t-on la quantité des ressources naturelles en compensation à l’infrastructure, et on peut s’interroger sur l’éthique qui est respecté?».
Depuis la signature de l’accord cadre jusqu’en 2023, le Congo a déjà livré à la Chine des cargaisons de pétrole représentant un montant de 12,5 milliards de dollars américains, soit environ 7,5 mille milliards de francs Cfa, au 31 décembre 2023. Il restait une dette de 1.060,98 milliards de francs Cfa de dette au 31 décembre 2023.
L’étude a rappelé qu’une restructuration de cette dette a eu lieu en 2019. Depuis, cette dette n’a cessé d’augmenter. Cette situation a poussé la PF2D à vouloir savoir comment s’opère l’évolution de cette dette vis-à-vis de la Chine de 2021 à 2025.
Les échanges de l’atelier de restitution de cette étude a permis de constituer une base solide pour la PF2D qui veut avoir une vision dans le sens de la contribution au développement du pays.
Les participants ont envisagé un plaidoyer sur la transparence des données liées à la dette, un plaidoyer pour une participation effective de la PF2D, sinon de la société civile congolaise au choix des projets financés par l’emprunt, avoir un plaidoyer pour une restructuration du comité national de la dette publique (CNDP), tant au plan national qu’au plan de la CEMAC.
Philippe BANZ







