Née le 8 septembre 1926 à Roubaix, en France, Sœur Marguerite Marie Tiberghien, affectueusement appelée «Sœur Courage», a été célébrée à titre posthume lundi 28 septembre 2026 à Brazzaville, à l’occasion du centenaire de sa naissance.  Organisée par l’École spéciale (qui d’ailleurs porte son nom, créée en 1975 et dirigée par Dominique Mouanga), la cérémonie eucharistique au Mbongui Eugène N’Kakou a rendu hommage à cette religieuse intrépide dont l’œuvre a marqué plusieurs générations d’enfants et d’adultes exclus du système scolaire.

À travers les témoignages d’anciens bénéficiaires, devenus cadres, la célébration a souligné l’impact de cette institution dans la lutte contre l’analphabétisme, l’échec scolaire et l’exclusion, en favorisant l’apprentissage, l’autonomie et l’insertion sociale. La cérémonie s’est déroulée en présence de la Professeure Régine Tchicaya Oboa, directrice de cabinet du ministre de l’Enseignement général.

La voix des anciens élèves a donné une dimension particulière au centenaire de Sœur Marguerite Marie Tiberghien. Derrière ces hommages se dessine l’histoire d’une œuvre éducative dont les bénéficiaires portent encore les fruits. Plus qu’un simple lieu d’apprentissage, l’École spéciale qu’elle a développée constitue, pour les enfants en rupture scolaire et les mamans privées d’instruction, un espace de rattrapage, de reconstruction et de réinsertion.

Le directeur Dominique Mouanga a rappelé la vocation de l’École spéciale: offrir une seconde chance aux exclus du système formel.               Grâce à des méthodes adaptées comme la phonomimique, l’établissement rend l’apprentissage accessible aux élèves en grande difficulté.  Les résultats de cette démarche se lisent aujourd’hui dans les parcours des anciens bénéficiaires. Plusieurs d’entre eux, devenus cadres dans l’administration ou le secteur privé, ont livré des témoignages empreints de reconnaissance.

Freddy, infirme, a été prise en charge scolaire à l’âge de 14 ans. C’est la sœur qui m’a faite. Je lui dois ce que je suis devenue aujourd’hui: administratrice des SAF Brejnev Mankou, arrivé à l’École spéciale à l’âge de 10 ans sans aucune base en lecture, y a trouvé les moyens de reprendre le chemin des études. Il a obtenu une licence en Histoire Géographie et enseigne au lycée de Kinkala (Pool). Le cas de Roland Nkodia illustre également le rôle de rattrapage joué par l’établissement. Inadapté au système scolaire classique, il ne savait pas encore lire à l’âge de 12 ans. Pris en charge par cette école, il a progressivement rattrapé son retard avant de réintégrer le circuit scolaire normal.                                  Fridolin Bampamba, pour sa part, a été pris en charge à partir de l’âge de 9. Cette prise en charge lui a permis de poursuivre sa formation jusqu’à devenir technicien de laboratoire dans une brasserie, après des études en agroalimentaire. Castard Nzaou, devenu ingénieur informaticien.                      Son histoire rappelle également que derrière les difficultés scolaires peuvent se cacher des aptitudes qui ne demandent qu’à être révélées.            Le témoignage de Chris Mavouba apparaît, quant à lui, particulièrement émouvant. À quatre ans, l’enfant ne marchait pas et se déplaçait avec peine, il a fallu, selon son témoignage, l’utilisation d’une petite trottinette en bois pour l’aider progressivement à se mettre debout et à commencer à marcher. Des années plus tard, son parcours a pris une tout autre dimension: il a poursuivi des études jusqu’au doctorat et vit aujourd’hui en France.

Ces différents parcours illustrent ainsi la philosophie qui sous-tend l’action de l’École spéciale: ne pas réduire l’enfant à ses difficultés, mais rechercher ses capacités, les développer et lui permettre de trouver sa place dans la société.

La messe d’action de grâce a été dite par le Père Armel Miassouamana. Inspiré de Job et de l’Évangile de Luc, son sermon a mis en avant la conversion, la persévérance, l’humilité et la constance dans le bien. Prenant Job en exemple face aux épreuves, il a exhorté les fidèles à honorer leurs engagements, tout en invitant particulièrement les enseignants à cultiver l’humilité et le pardon à travers «un cœur d’enfant».

Saluant l’œuvre de la jubilaire, Régine Tchicaya O. a souligné l’intérêt que représentent ses méthodes pédagogiques pour les politiques publiques d’alphabétisation. «Je rendrai compte fidèlement à Monsieur le Ministre de tout ce que j’ai entendu et apprécié ici», a-t-elle déclaré.

Un siècle après sa naissance, Sœur Marguerite M. Tiberghien laisse un héritage bien vivant.

Gaule D’AMBERT

Ne manquez plus nos derniers articles!

Nous ne spammons pas !

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici