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ABBE JONAS KOUDISSA, DIRECTEUR DE L’ACADEMIE CATHOLIQUE DE BRAZZAVILLE POUR L’ETHIQUE : «L’ACCABE est ouverte à d’autres sensibilités et convictions religieuses»

ABBE JONAS KOUDISSA, DIRECTEUR DE L’ACADEMIE CATHOLIQUE DE BRAZZAVILLE POUR L’ETHIQUE : «L’ACCABE est ouverte à d’autres  sensibilités et convictions religieuses»

Après avoir publié un manuel pour le Renforcement de la Cohésion Sociale, M. l’Abbé Jonas Koudissa, directeur de l’Académie de Brazzaville pour l’éthique, nous accordé une interview exclusive dans laquelle, il revient que les spécificités de la structure qu’il dirige et sur les particularités de ce manuel.

*L’ACCABE que vous présidez vient de publier un Manuel pour le Renforcement de la Cohésion Sociale, le Vivre-Ensemble et la Moralisation de la Vie Publique au Congo. Quelle est la raison qui explique cette initiative?
**Ce projet avait été conçu au sortir des années troubles 2015-2017, lesquelles avaient provoqué dans notre pays une fragilisation excessive et dangereuse du tissu social congolais, à cause de nombreux conflits nés des différents processus politiques et électoraux que le pays a connus en ce temps-là.

*Le manuel du vivre-ensemble des chrétiens, c’est la bible. Qu’est-ce que votre qui guide ajoute-t-il?
**Tout d’abord, ce manuel n’est pas destiné qu’aux chrétiens mais à tous les citoyens congolais et, au-delà, à tous ceux qui habitent ce pays. Ensuite, la bible n’est pas un manuel d’organisation sociale encore moins politique, et même si c’était le cas, notre pays à ce que je sache n’est pas une théocratie, c’est même un pays laïc, c’est-à-dire, un pays dans lequel la vie sociale et politique n’est pas régie sur la base d’une religion quelconque, comme c’est le cas par exemple dans certains pays musulmans.
Ce manuel est une tentative de réponse à la question suivante: sur quoi doit reposer une société fragmentée ou si vous préférez multiethnique comme la nôtre – avec l’histoire socio-politique qui est la sienne et une mémoire collective chargée de violences réelles ou supposées – pour quelle connaisse une cohésion sociale idéale et pérenne?

*Et alors?
**Ben, nous pensons avoir trouvé, avec l’aide des compatriotes que nous avons consultés au travers d’un questionnaire d’enquête et des rencontres citoyennes, une réponse plus qu’intéressante à cette question. Une cohésion sociale pérenne au Congo doit reposer: – Sur la capacité de ses dirigeants et de tous les citoyens à organiser la solidarité et la coopération entre tous; il s’agit de réussir au niveau macro-étatique ce qui fonctionne bien au niveau microsocial (famille, association, miziki, fraternités et j’en passe); – Sur la capacité des dirigeants et de tous les citoyens à poursuivre les mêmes buts; – Sur la capacité des dirigeants et de tous les citoyens à respecter un minimum de valeurs communes.

*Quel est le sens de votre académie dans un monde qui se déchristianise et où la voix de Dieu s’exprime dans des confessions plurielles, voire antagonistes?
**L’ACCABE est certes, comme son nom l’indique, une institution catholique romaine, mais elle a une orientation fortement œcuménique. Mieux: elle est ouverte à d’autres sensibilités et convictions religieuses, à d’autres visions du monde, différentes de la vision chrétienne. À vrai dire, ses propositions ne s’adressent pas qu’aux chrétiens mais à tout homme et à toute femme de bonne volonté. Je peux vous faire une confidence: dans ce projet sur la cohésion sociale, qui se voulait œcuménique et interreligieux, c’est avec le Conseil Islamique du Congo que nous avons expérimenté la coopération la plus sincère et la plus fructueuse. Une occasion pour moi de rendre un hommage appuyé à son Excellence El Hadj Djibril Bopaka, paix à son âme, dont l’engagement personnel fut exemplaire!

*M. l’abbé quel est la place de votre académie dans la pastorale d’ensemble?
**L’Académie Catholique de Brazzaville pour l’Ethique (ACCABE) est une structure qui relève de l’Aumônerie des Élites des Hommes et des Femmes politiques, qui, au niveau diocésain ou national, est une pastorale de type sectoriel, au même titre que l’aumônerie des étudiants, de la jeunesse, des malades, de l’enfance, des cadres catholiques,… elle relève donc par nature de la pastorale d’ensemble, comme elle peut aussi lui suggérer de nouvelles priorités pastorales perçues de par son travail sur le terrain de l’action.

*Quelles sont vos sources de financement?
**Comme vous le savez, des institutions comme la nôtre comptent traditionnellement sur les subsides venant de l’extérieur. Mais vous savez aussi que ce genre de financements est de plus en plus rare. C’est pourquoi, dès le début nous avons pris l’option d’impliquer aussi nos compatriotes et je dois reconnaître qu’ils ont été au rendez-vous. Car, depuis l’ouverture de l’Académie, nous avons un certain nombre de sponsors locaux, des sociétés principalement, mais aussi des laïcs qui nous ont soutenus, le plus souvent lorsque nous avons organisé de grandes activités.
Cependant, pour notre fonctionnement quotidien ou pour nos activités de tous les jours, c’est plus compliqué. C’est la raison pour laquelle nous avons créé l’Association des Amis de l’ACCABE, en sigle ASSAMAC, dont nous venons d’ailleurs d’obtenir le récépissé au Ministère de la Sécurité et de l’ordre public. Dans les prochains jours, semaines et mois, nous allons nous atteler à mobiliser nos compatriotes, les chrétiens en premier lieu mais pas seulement eux, les acteurs politiques, les élites économiques et culturelles aussi, pour soutenir notre travail, étant donné que c’est pour eux et avec eux que nous le faisons. Nous réfléchissons sur différentes formes de campagnes de sensibilisation et de collectes de fonds.

*M. l’abbé je vous remercie pour cet entretien.
**C’est moi qui vous remercie et qui dois dire encore une fois merci à La Semaine Africaine, qui est d’ailleurs aussi un de nos sponsors depuis 2014, année de création de l’ACCABE.

Propos recueillis par
ASM

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Editorial

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