Prêtre et écrivain, auteur de nombreux ouvrages, l’abbé Aubin Banzouzi vient de publier La Semaine Africaine aux éditions LMI à Pointe-Noire, recueil de quatorze nouvelles, un peu dans l’esprit des Chroniques congolaises de Jean-Baptiste Tati Loutard, ou des Chroniques brazzavilloises de Bienvenu Boudimbou. Voici un extrait de la quatorzième nouvelle «Le Voleur aux mains propres» :
«1 – L’arrestation
On l’appela d’abord «le Ministre qui volait».
Silas Mboumba, 52 ans, Ministre des Infrastructures de la République du Fleuve.
Un mardi d’août, la police financière fit irruption dans son bureau. Les caméras étaient là. On sortit des cartons: 14 milliards de francs CFA détournés des fonds du barrage de Nkéni.
Le soir, le journal de 20h ouvrit sur son visage, menotté. Le procureur dit: «Crime économique. Trahison.»
La rue applaudit. Enfin, un gros poisson.
Silas ne nia pas. Il dit juste: «Venez voir.»
Personne n’écouta. On le mit à la Maison d’Arrêt. Cellule 9. Il demanda une Bible et un carnet. On lui rit au nez. On lui donna quand même.
2 – L’enquête qui dérange
La juge d’instruction, Madame Antoinette Lema, intègre, détestait les voleurs. Elle fit son travail.
Elle suivit l’argent.
1,8 milliard: Hôpital «Les Bras Ouverts» à Mfilou. 120 lits. Gratuit pour vieillards démunis, handicapés, albinos. Déjà 2 300 patients soignés.
2,1 milliards: École «La Voix des Mains» à Talangaï. 400 enfants sourds-muets et aveugles. Internat, cantine, braille, langue des signes.
1,5 milliard: Atelier «Seconde Chance» à Makélékélé. Menuiserie, soudure, couture, code. 600 jeunes déscolarisés, anciens délinquants, sortis de la rue.
3,4 milliards: Route «La Paysanne», 78 km, de Lékana à Gamboma. Temps de trajet divisé par 5. Le manioc ne pourrit plus.
2,2 milliards: 40 forages dans le Pool et les Plateaux. Eau potable pour 90 000 personnes.
3 milliards: Usine «Soleil du Fleuve» à Oyo. 200 emplois. 10 000 panneaux solaires par an. Les dispensaires s’allument la nuit.
Total: 14 milliards. Pas un franc dans sa poche. Sa maison? Trois pièces à Moungali, tôle ondulée.
3 – Le témoignage des petits (…)
4 – La défense du voleur
Silas parla, enfin. Une minute.
«Oui, j’ai pris. J’ai pris l’argent de l’État. Parce que l’État, c’est nous. Et nous, on mourait.
Chaque jour, je signais des décaissements pour des études qui n’étudiaient rien, des séminaires à Dubai, des 4×4 pour des directeurs qui ont déjà 4×4.
Une nuit, j’ai vu un vieillard albinos mourir sur le trottoir de l’hôpital, faute de 10 000 francs. Le matin, j’ai signé pour une clim à 10 millions dans un bureau vide.
Alors j’ai choisi. J’ai volé pour rendre. Si c’est un crime, condamnez-moi. Mais allez dire aux enfants qui voient, aux villages qui boivent, que c’était illégal.»
Il se rassit. Il ne demanda pas pardon. Il demanda: «Allez compter.»
5 – Le Président
Le Président de la République, Joseph Okemba, 68 ans, regarda le procès à la télé. Ancien guérillero, il connaissait la boue.
Il convoqua la juge Lema. «Madame, a-t-il menti?»
«Non, Président. Il a volé. Et il a multiplié.»
«Comme dans l’Évangile?»
«Je ne fais pas de théologie, Président. Je fais du droit. Le droit dit: coupable.»
«Et la justice?»
Silence.
Le lendemain, le Président entra dans le tribunal. Fait inédit. Il demanda la parole.
«Cet homme a violé la loi. La loi est pour l’homme, non l’homme pour la loi. Je demande à la Cour de le déclarer coupable. Et je signe à l’instant sa grâce présidentielle.»
Tumulte. «Pourquoi?» hurla un député.
«Parce que j’ai besoin d’un voleur qui sait où est l’or. Et que l’or, c’est le peuple.»
6 – Premier Ministre
Une semaine plus tard, décret: «Monsieur Silas Mboumba est nommé Premier Ministre, Chef du Gouvernement.»
Le pays s’étrangla. Les chancelleries s’étouffèrent. «Un criminel gracié devient chef?»
Le Président parla à la nation: «J’ai eu 40 ministres propres. Le pays est sale. J’ai eu un ministre sale. Le pays se lave. Choisissez.
Je ne légitime pas le vol. Je légitime le résultat. Désormais, voler pour soi sera puni deux fois. Voler pour le peuple sera jugé par le peuple.
Silas Mboumba a 3 ans. S’il vole un franc pour lui, je le remets en prison moi-même. S’il vole pour nous, qu’on me le dise: je signerai.»
L’opposition cria au scandale. Les mères de Talangaï crièrent au miracle.
(…)».
Germaine NGALA
Prix du livre: 5000 F CFA
Téléphone:
00242 06 446 04 94.
Points de vente:
-Etablissement multiservices EDEM PARK INTERNATIONAL immeuble Pépette au Centre sportif de Makélékélé
à Brazzaville.
-Et à la librairie le manguier aux Dépêches de Brazzaville
à Mpila, Centreville.






