La Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) durcit çle ton face à l’explosion des créances en souffrance dans la zone CEMAC. Devant les experts réunis les 6 et 7 octobre 2026 à Brazzaville, le régulateur du secteur bancaire a sommé les établissements de crédit de refondre intégralement leurs dispositifs de gestion des risques. Lors des deux journées d’échanges dédiées au risque de crédit et à la qualité de l’information financière, la COBAC a imposé une stratégie de rigueur. Celle-ci place désormais l’anticipation et la gouvernance au cœur du processus de financement.

Les délégués et les participants immortalisent la fin des travaux de la deuxième journée

La première journée a réuni les responsables des fonctions finances, comptabilité et engagements, tandis que la seconde a été consacrée à la sixième rencontre bisannuelle entre le Secrétaire général de la COBAC et les commissaires aux comptes.
Au centre des discussions: la nécessité d’améliorer la qualité des données comptables, la classification et le provisionnement des créances, le suivi des engagements ainsi que le contrôle des risques. Cette préoccupation intervient alors que le taux moyen des créances en souffrance dans les banques de la CEMAC s’établissait à 15,42 % au 30 juin 2026, contre 5 %, la référence internationale.
Lors de la rencontre avec les commissaires aux comptes, Patricia Danielle Manon, Secrétaire général adjoint de la COBAC, a rappelé que la maîtrise du risque de crédit repose sur une chaîne de responsabilités allant de l’octroi du crédit à son suivi, sa traduction comptable, son provisionnement et son contrôle.

Les membres de la direction et les officiels réunis au premier rang

Présentant le premier thème consacré aux règles de classification, de comptabilisation et de provisionnement des créances, Cédric Benoît Mba Obiang, adjoint au directeur de la Surveillance permanente des établissements de crédit et de paiement, a exposé plusieurs insuffisances relevées lors des missions de supervision menées entre 2017 et 2025. Les contrôles ont notamment fait ressortir «des anomalies récurrentes dans la classification et le provisionnement des créances, la formalisation des garanties, la gouvernance du risque de crédit et la fiabilité de l’information comptable». La COBAC a également relevé «des restructurations répétées de crédits susceptibles de retarder la reconnaissance de la dégradation réelle de certains portefeuilles».
Sur la période examinée, d’importantes provisions complémentaires ont été exigées par la COBAC au cours de ses missions de contrôle. La COBAC a toutefois précisé que «les montants concernaient l’échantillon des missions réalisées et ne pouvaient être généralisés à l’ensemble des établissements de la CEMAC»

Mme Patricia Danielle Manon animant un débat

Les échanges ont également porté sur les garanties, les créances restructurées, le principe de contagion applicable aux parties liées, la gestion des biens reçus en garantie, l’automatisation des processus de classification et de provisionnement ainsi que les insuffisances dans le reporting.
Le second thème, consacré à la mise en œuvre de la réglementation applicable à la gestion et au suivi du risque de crédit du point de vue du commissaire aux comptes, a été présenté par Voltaire Brice Etou Obami, président de l’Ordre national des experts-comptables du Congo. Il a notamment insisté sur la documentation des travaux d’audit, l’examen des garanties, le suivi des restructurations et la vigilance face aux anomalies récurrentes.

Pour les participants, ces échanges ont permis de mieux comprendre les exigences réglementaires et de confronter les textes aux difficultés rencontrées sur le terrain. Clarisse Akwo Taku, directrice administrative et financière de Cia Bank, a notamment souligné l’intérêt des clarifications apportées sur le traitement des créances restructurées et le provisionnement des engagements hors bilan.
Wiliam Bronde Ngaleu, responsable de la comptabilité de SCB Cameroun, a considéré pour sa part la rencontre comme «une véritable formation, permettant aux établissements de mieux s’approprier les règles de la COBAC et de renforcer la sincérité de leurs états financiers».

Les participants pleinement engagés lors des échanges de la réunion

À l’issue des travaux, les participants ont souhaité que les dirigeants des établissements de crédit soient davantage associés à de tels échanges. La COBAC a, quant à elle, annoncé la poursuite des réformes réglementaires, notamment l’évolution du plan comptable des établissements assujettis et le renforcement progressif du cadre prudentiel.
La rencontre s’est achevée par un appel aux établissements à renforcer la qualité de leurs données, la documentation de leurs décisions, le suivi des engagements et le contrôle interne. Les commissaires aux comptes ont été invités à approfondir leur approche par les risques, à exercer leur indépendance dans un esprit critique et à signaler les anomalies significatives conformément aux textes.

Darchevie KETTE BONAZEBI

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