Publié en juin 2026, aux éditions ‘‘Le Cavalier Bleu’’ en France, sous le titre attrayant de ‘‘Territoires, Populations et Covid-19/ Les pays du Sud et les espaces ultramarins face à la pandémie’’, l’ouvrage co-écrit sous la direction du Français Thierry Nicolas, maître de conférences en géographie à l’université de Guyane (285 pages) et préfacé par Fred Constant, un professeur des universités en sciences politiques, est un véritable essai anthologique. Il est paru six ans après les effets morbides de la pandémie de Covid-19 dans le monde. Le directeur de l’édition y a compilé, avec l’esthétique intellectuelle qui lui est propre, dix-huit textes d’auteurs d’horizons divers -neuf femmes et neuf hommes- dont évidemment celui du Congolais Marcellin Mouzita Moukouamou, un doctorant en sciences de l’information et de la communication, chargé de cours à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville, au Congo et journaliste à La Semaine Africaine.

Sollicité par Thierry Nicolas sur la thématique socio-historique du Corona virus, Marcellin Mouzita a donné son accord d’association, et sans plus attendre, il est descendu sur le terrain combien glissant de la recherche, par la méthode de l’échantillonnage raisonné. Son investissement se donne à être compris comme une contribution majeure au colloque scientifique organisé à Cayenne en octobre 2023, dont les actes constituent le présent ouvrage. Constatant que les territoires ne sont pas égaux face au risque de propagation d’un virus, entendu que certains sont plus vulnérables que d’autres, l’idée de la tenue d’un colloque a fait du chemin jusqu’à la publication des contributions des uns et des autres, primeur à la fois littéraire et méthodologique des historiques assises de Cayenne.

La couverture du livre

Le colloque consacré au Covid-19 s’est articulé autour de cinq axes: les itinéraires de propagation du virus, la gouvernance des territoires durant la crise, les effets des mesures d’exception, les formes de solidarité et d’auto-organisation territoriale, ainsi que les contestations populaires. Ces travaux ont contribué à enrichir la réflexion en sciences humaines et sociales sur la pandémie et pourraient servir de référence face aux futures crises sanitaires.
Dans cet ouvrage, Marcellin Mouzita a mené à Brazzaville une recherche intitulée ‘‘Les écarts entre la communication gouvernementale et les croyances et attentes des habitants de Brazzaville dans la lutte contre le Covid-19’’. Il y analyse la propagation de la maladie au Congo et particulièrement dans la capitale. Entre le 14 mars 2020 et le 15 mars 2022, le pays a enregistré 24 483 cas, dont 14 443 à Brazzaville, ainsi que 415 décès, les deux tiers étant recensés dans la capitale.
L’étude examine ensuite la communication gouvernementale, fondée sur la sensibilisation et diverses mesures restrictives: confinement, couvre-feu, distanciation sociale, port du masque, fermeture des écoles et lieux de culte, limitation des rassemblements, utilisation du gel hydroalcoolique et vaccination. Les autorités ont utilisé plusieurs canaux, notamment la télévision, la radio, la presse écrite, les affiches, les réseaux sociaux et la communication de proximité.
La recherche, menée auprès de 100 personnes, complétée par trois ‘‘focus groups’’ réunissant 25 participants et un entretien avec un anthropologue, met en évidence un important décalage entre les messages officiels et les croyances des populations. Le scepticisme était notamment nourri par l’absence de contact direct avec des malades et par certaines croyances selon lesquelles les Africains seraient naturellement résistants aux microbes. La qualité des masques, les restrictions de déplacement et le manque de confiance envers les autorités ont également contribué au rejet des mesures sanitaires.
Certains enquêtés considéraient même le Covid-19 comme une invention occidentale destinée à décimer les populations africaines, tandis que d’autres voyaient dans les mesures gouvernementales un moyen de capter les financements internationaux. Ainsi, l’étude montre que la communication institutionnelle a été faiblement appropriée par une partie des habitants de Brazzaville, dont les pratiques quotidiennes sont souvent demeurées éloignées des prescriptions officielles.
La partie du livre écrite par Marcellin Mouzita, avec son appendice bibliographique, réunie aux contributions d’autres auteurs, forment un précieux ouvrage sur le coronavirus vu par les pays et territoires du Sud. Vendu en format de poche à 28 € auprès du co-auteur, ce bestseller offre au Congo le privilège de figurer parmi ses belles pages, grâce à la plume de notre compatriote.

Gabriel DIMONEKENE

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