Une intensité lumineuse, une joie intérieure, recueillie mais profonde. Dans de nombreuses traditions musicales africaines, les échelles modales proches du mineur ne renvoient pas en effet à la mélancolie; elles expriment plutôt une ferveur habitée, une profondeur spirituelle, la vérité d’une joie qui ne s’exhibe pas mais se médite. C’est une sensibilité que je reconnais intimement, tant elle traverse les pratiques musicales auxquelles j’ai été formé et que je continue de fréquenter en tant que musicien, et que l’on retrouve aussi dans mon travail de composition, souvent marqué par un attrait pour les couleurs du mode mineur. On en perçoit une illustration particulièrement claire dans l’écriture mélodique d’Alléluia Kriste vumbukidi de Moïse Baniakina.
La ligne mélodique, sobre et stable, évoque, par ailleurs, certains modes grégoriens. Quelques notes suffisent pour dire beaucoup. La modalité devient alors un langage spirituel: elle porte la lumière discrète du mystère pascal. Le rythme constitue l’autre pilier de l’esthétique du chant. Les syncopes qui ouvrent chaque phrase lui donnent son identité propre. Elles introduisent un souffle, un mouvement, une respiration intérieure. Elles proviennent du terreau musical du Congo Brazzaville. Elles restent pourtant accessibles, ce qui favorise la participation des assemblées. Leur simplicité permet l’adhésion; leur expressivité soutient la prière. Modalité, rythme, parole et participation active de l’assemblée se rejoignent pour former une esthétique de la profondeur intérieure. Le chant liturgique trouve alors sa vraie fonction: il ouvre un passage vers l’intérieur, il engage à la prière, il unit, il élève. C’est à partir de cette articulation pleinement assumée entre forme musicale, intériorité spirituelle et finalité pastorale que l’on peut mesurer la portée d’un tel chant dans l’ensemble du parcours de son auteur compositeur, et comprendre en quoi il peut servir de repère pour un jubilé exceptionnel.

Conclusion: un chant emblématique pour un jubilé exceptionnel Alléluia Kriste vumbukidi ouvre une fenêtre précieuse sur l’œuvre de Moïse Baniakina. Il révèle un enracinement biblique solide, une modalité expressive, une vitalité rythmique, une fidélité aux traditions musicales du Congo Brazzaville et une intelligence pastorale profonde.
Il exprime aussi ce que saint Augustin appelle le chant nouveau: une voix renouvelée par une vie renouvelée. Cet exemple ne résume pas un répertoire immense. Il en manifeste pourtant la cohérence, la continuité et la force créatrice. A l’heure où l’auteur compositeur célèbre soixante ans de création, cette œuvre pascale montre un parcours profondément inspiré, ouvert et spirituellement fécond.
Une production du chant sous forme de single pourrait offrir un prolongement sonore à cette méditation. Elle permettra de percevoir les nuances du responsorial, la délicatesse des accents, la vitalité des syncopes et le souffle intérieur qui anime l’ensemble. Elle donnera à entendre, dans une lumière renouvelée, le chant nouveau qui ouvre les cœurs à la vie nouvelle dans le Christ.

P. Fred Olichet BIYELA
Anthropologue et musicologue
Université de Neuchâtel (Suisse)

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