Le Concours d’agrégation des Comités consultatifs interafricains (CCI) du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES) consacre les enseignants-chercheurs dont l’excellence scientifique, pédagogique et académique répond aux plus hautes exigences de l’espace CAMES. Parmi les lauréats de l’édition 2026 figure le Congolais Aimé Christian Kayath, promu Professeur titulaire en Biochimie, Biologie moléculaire et Biotechnologie.
Directeur de cabinet du ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation technologique, il incarne également le choix du retour au pays, répondant à l’appel lancé par le Président de la République, Denis Sassou Nguesso, en faveur de la mobilisation des compétences nationales au service du développement. Dans cet entretien exclusif réalisé le 6 août 2026, à Brazzaville, le nouveau Pr revient sur les étapes marquantes de son parcours et les exigences de cette consécration académique.
*Pr Aimé Christian Kayath, vous venez d’être promu au grade de Pr titulaire, à l’issue du concours des CCI du CAMES 2026, quel sentiment vous anime aujourd’hui?
**C’est avant tout un sentiment de profonde gratitude, d’humilité et de responsabilité. Cette distinction représente une reconnaissance de plusieurs années de travail, mais elle est également le reflet des efforts collectifs de mes collègues, de mes étudiants et de mon institution. Au-delà d’une réussite personnelle, je considère cette promotion comme une reconnaissance du potentiel scientifique de l’Université Marien Ngouabi et de la recherche congolaise. Elle m’engage désormais à contribuer davantage au rayonnement de l’espace CAMES, et au développement scientifique de la République du Congo.
*Pouvez-vous retracer les grandes étapes de votre carrière universitaire qui vous ont conduit à cette consécration?
**Mon parcours a été marqué par une progression constante, depuis ma formation universitaire jusqu’à mes responsabilités actuelles d’enseignant-chercheur, de responsable administratif et de coordonnateur de projets scientifiques. J’ai développé des travaux en biochimie, biologie moléculaire et microbiologie appliquée, tout en participant activement à la formation de nombreux étudiants de Master et de Doctorat. Les collaborations internationales, les publications scientifiques et les projets de coopération ont progressivement renforcé mon expérience académique.Cette promotion est donc le résultat d’un engagement durable envers l’excellence scientifique.
*Quels sacrifices, quels efforts et quelles exigences ont marqué votre préparation à ce concours?
**Le concours des CCI exige une préparation de longue haleine, fondée sur la régularité plutôt que sur l’improvisation. Il faut surtout adhérer à l’altérité. Il a fallu maintenir un niveau élevé de production scientifique, assurer mes responsabilités pédagogiques et administratives, tout en développant des collaborations internationales. Je sais bien que ce n’est pas facile. Les sacrifices concernent principalement le temps consacré à la recherche, souvent au détriment de la vie personnelle. Cette expérience m’a confirmé que l’excellence repose sur la discipline, la persévérance et le respect des guides du CAMES.
*Le concours d’agrégation du CAMES est réputé pour sa rigueur. Quels sont, selon vous, les principaux critères qui permettent d’y réussir?
**Le concours évalue bien plus qu’un simple dossier scientifique. Il apprécie la qualité des publications, leur impact, l’expérience pédagogique, l’encadrement des étudiants, le rayonnement international, ainsi que la capacité du candidat à contribuer au développement de son institution. Il exige également une parfaite maîtrise des critères d’évaluation du CAMES et une vision claire de son projet scientifique. La réussite est le fruit d’un travail construit sur plusieurs années.
*Votre domaine d’expertise couvre la biochimie, la biologie moléculaire et les biotechnologies. Quels sont aujourd’hui les enjeux majeurs de ces disciplines pour le développement du Congo?
**La biochimie, la biologie moléculaire et les biotechnologies constituent aujourd’hui des leviers stratégiques pour le développement durable du Congo. Elles permettent d’apporter des solutions innovantes dans les domaines de la santé publique, de la sécurité alimentaire, de l’agriculture, de la préservation de la biodiversité, de la valorisation des ressources biologiques et de la protection de l’environnement. Dans un pays comme le Congo, riche en biodiversité, mais confronté à des défis sanitaires et environnementaux, ces disciplines offrent des perspectives importantes pour développer des diagnostics moléculaires, des bioprocédés, des biomédicaments et des biofertilisants adaptés aux réalités locales. À l’échelle de la CEMAC, elles constituent également un vecteur d’intégration scientifique et technologique, favorisant le partage des infrastructures, des compétences et des innovations au service du développement régional.
*Selon vous, quels sont les principaux défis auxquels sont confrontés les chercheurs congolais?
**Le principal défi demeure l’insuffisance du financement de la recherche scientifique, qui limite la réalisation de projets ambitieux et la modernisation des infrastructures. À cela s’ajoutent l’accès encore limité aux équipements de pointe, aux plateformes technologiques, aux réactifs, ainsi que les difficultés d’accès aux grandes bases de données scientifiques et aux réseaux internationaux de recherche. Nous devons également renforcer la formation doctorale, encourager la mobilité des chercheurs et créer un environnement plus favorable à l’innovation.
*Les laboratoires disposent-ils aujourd’hui des moyens suffisants pour produire une recherche compétitive à l’échelle internationale?
**Des progrès significatifs ont été réalisés ces dernières années grâce à l’engagement de l’État, de certaines universités et des partenaires techniques et financiers. Toutefois, la majorité des laboratoires congolais ne disposent pas encore de l’ensemble des équipements, des plateformes technologiques et des financements nécessaires pour maintenir une recherche compétitive aux standards internationaux.
*Vous êtes actuellement directeur de cabinet du ministre de la Recherche scientifique. A ce titre, comment renforcer les liens entre la recherche universitaire, les pouvoirs publics et le secteur privé, afin que les résultats scientifiques profitent davantage au développement économique et sanitaire du pays?
**La recherche ne peut produire un impact réel que si elle répond aux besoins de la société et s’inscrit dans les priorités nationales de développement. Il est donc nécessaire de mettre en place un véritable écosystème d’innovation associant les universités, les centres de recherche, les ministères, les collectivités territoriales et le secteur privé autour de projets communs. Cela passe par le financement de la recherche appliquée, la création de mécanismes de transfert de technologies, le développement de startups innovantes, la protection de la propriété intellectuelle et la valorisation des résultats scientifiques. Dans l’espace CAMES et au sein de la CEMAC, cette synergie permettra de transformer davantage les connaissances produites dans nos laboratoires en solutions concrètes créatrices de valeur, d’emplois et d’amélioration de la santé et du bien-être des populations.
*Quelle est votre vision de l’université congolaise, et quelles peuvent être les réformes prioritaires pour booster la recherche?
**Une université innovante, numérique, ouverte sur son environnement socio-économique. Une université en parfaite constante coopération internationale publique-publique, publique-privée, compétitive dans l’espace CAMES et pleinement intégrée dans les réseaux scientifiques internationaux. Les réformes prioritaires sont, entre autres : le renforcement du financement de la recherche, la modernisation des laboratoires, la promotion de l’assurance qualité, le soutien des écoles doctorales, le développement de la mobilité académique et l’encouragement de l’innovation.
*Quel message souhaitez-vous adresser à la communauté universitaire, aux étudiants et aux lecteurs de La Semaine Africaine après cette reconnaissance décernée par le CAMES?
**Cette promotion est une reconnaissance collective. J’invite les enseignants, les chercheurs et les étudiants à faire de l’excellence, de l’innovation et de l’intégration régionale les piliers de notre action. L’avenir de l’Afrique centrale dépendra largement de notre capacité à investir dans le savoir, la science et l’innovation.
Propos recueillis par Gaule D’AMBERT







