Ghislain Boungou Bakala, ingénieur de développement rural, spécialiste en phytopathologie, est le chef de service Laboratoire de biotechnologie, au centre national de lutte contre les maladies des cultures, une structure relevant du ministère de l’Agriculture et de l’élevage. Toutes les cultures sont sujettes à la maladie, a-t-il indiqué au cours d’une interview qu’il nous a accordée.
*Quelles sont les principales maladies qui attaquent nos cultures au niveau du Congo ?
** Il y en a plusieurs. Tout ce qui arrive aux humains, atteint aussi les cultures. Toutes les cultures tombent malades.
*Quelles sont les cultures les plus menacées de maladies ?
**Je peux vous parler des cultures qui sont plus consommées ici chez nous. Il y a le manioc. Cette culture est beaucoup attaquée par des maladies. Les cultures produisant les fruits tombent aussi malades, par exemple les agrumes, même les cultures maraîchères. Nos cultures préférées comme la banane, les mangues, les oranges et bien d’autres, tombent malades.
*Est-ce que les pesticides utilisés ne sont-elles pas à l’origine de ces maladies?
**C’est comme chez nous les humains, lorsque vous prenez mal un produit, cela peut vous intoxiquer. Ainsi donc, les produits chimiques que nous utilisons sur les cultures peuvent causer certains symptômes de maladies. C’est pourquoi on parle de délai de rémanence, c’est-à-dire lorsqu’on applique ces produits, il faut attendre un temps avant de récolter.
*Est-ce que votre centre mène des études sur ces maladies à l’origine des changements climatiques?
**Chaque être vivant vit en fonction des températures. Il arrive parfois à un certain moment qu’on constate qu’il y a moins ou beaucoup de moustiques. Cela veut dire qu’il y a un moment de la saison où les microbes peuvent se proliférer, c’est-à-dire se développer plus vite et les maladies commencent aussi à se développer. Il y a des moments où vous constatez que la saison est paisible. Mais, si vous apportez les conditions favorables aux microbes, ils se développent rapidement. Les moments favorables n’existent pas. Les maladies sont toujours en permanence.
*Comment se déploie le centre pour faire face à ces maladies ?
**Le centre national de lutte contre les maladies des cultures fonctionne à base d’un budget de transfert. Nous avons reçu la dernière subvention en 2017. Depuis cette date, nous n’avons plus d’activités à mener. Ce que nous faisons actuellement, c’est apporter seulement des renseignements aux usagers. Nous ne pouvons pas être sur le terrain pour faire la surveillance épidémiologique, pour comprendre comment les maladies évoluent sur le terrain pour y faire face. Par exemple, quand la mosaïque attaque le manioc, on peut enregistrer presque 90 % de pertes. Pour y faire face, il faut une opération de traitement, en produisant une grande quantité de boutures pour les remettre aux populations, afin qu’elles fassent des bons rendements.
*Actuellement la production des agrumes est très faible. Que faire pour augmenter cette production ?
**Concernant la situation des agrumes, les vergers ont vieilli. Pour résoudre ce problème, il faut rajeunir les vergers et étendre les superficies.
*Quelles sont les perspectives sur nos cultures ?
**Ceux qui sont dans les zones éloignées de Brazzaville, s’ils constatent une maladie, ils doivent nous faire signe. Aujourd’hui avec le digital, on peut faire des images et les envoyer pour analyse en vue de comparaisons, afin d’éviter la propagation sur l’ensemble du territoire national. Il ne faudrait pas que de telles situations arrivent sur les cultures, surtout que nous sommes toujours dépendants de l’étranger.
*Un message
**Je m’adresse aux producteurs agricoles, qu’ils sachent qu’il y a un ministère de l’Agriculture et de l’élevage, possédant un ensemble de services habiletés dans tous les domaines de l’agriculture, comme la mécanisation, les arbres fruitiers, le maraîchage, les cultures vivrières, etc. Ils doivent se rapprocher de ces services pour obtenir les bonnes informations permettant d’acquérir des connaissances appropriées, afin d’augmenter leurs rendements.
Propos recueillis par Philippe BANZ







