L’opposant camerounais Anicet Ekane a été inhumé samedi 9 mai 2026 à Bomono, son village natal, dans la région du Littoral. Figure historique de la lutte pour le multipartisme et la démocratie au Cameroun, il est décédé en détention début décembre 2025, après son arrestation quelques semaines plus tôt pour son soutien à Issa Tchiroma Bakary lors de la dernière présidentielle.

Dès les premières heures de la matinée, proches, militants et responsables politiques se sont réunis pour la levée de corps. Dans l’après-midi, une cérémonie d’hommage organisée sur l’esplanade de l’école publique de Bomono a rassemblé plusieurs personnalités de l’opposition camerounaise. Parmi elles, Joshua Osih, président du Front social-démocrate (FSD), a salué la mémoire d’un allié politique de longue date :
« Le FSD et le Manidem ont mené plusieurs combats ensemble. Aujourd’hui, nous poursuivrons ces luttes avec encore plus d’ardeur», a-t-il déclaré.
Présent également, Célestin Djamen a rendu hommage à «un homme debout», évoquant un militant fidèle à ses convictions et refusant toute compromission. Pour Jacques Bertrand Mang, militant de l’opposition, Anicet Ekane restera «un baobab de la lutte contre le néocolonialisme et pour l’alternance politique». Maître Alice Nkom, venue transmettre un message d’Issa Tchiroma Bakary, actuellement en exil, a pour sa part qualifié le défunt de «héros national mort en martyr».
La journaliste Henriette Ekwe, compagnon de lutte d’Anicet Ekane, a assuré que son combat survivrait à sa disparition : «Quand un révolutionnaire tombe, un autre reprend le flambeau. La lutte continue». L’absence remarquée de Maurice Kamto, président du MRC, a toutefois alimenté les discussions en marge des obsèques.
Les obsèques se sont déroulées en l’absence de plusieurs proches du défunt, notamment sa veuve. Les enfants d’Anicet Ekane ont regretté que les tensions et divergences autour de l’organisation des funérailles aient persisté jusqu’à l’inhumation. Pour ses proches et partisans, l’ancien leader du Manidem est mort «pour ses convictions politiques», refusant toute compromission avec le pouvoir. L’inhumation s’est finalement déroulée dans la stricte intimité familiale.
La veille des funérailles, une veillée d’hommage s’est tenue au domicile d’Anicet Ekane, à Bomono-Gare. Dans une ambiance mêlant chants en langue douala et traditions mpongo, habitants, proches et sympathisants sont venus saluer la mémoire du disparu. Deux jeunes vêtus de feuilles de bananier et de coquillages ont ouvert la cérémonie au son d’une corne traditionnelle, dans une atmosphère de recueillement. «Je ne suis ni de la famille ni engagé en politique. Je suis simplement admiratif d’un homme qui s’est battu pour la liberté et la démocratie», confie Joris, un voisin du défunt.
Dans son homélie, le pasteur officiant a évoqué «la soif de justice» qui animait Anicet Ekane tout au long de son engagement politique. Malgré les appels à l’apaisement lancés par Muna Ekane, l’un des fils du défunt, les tensions internes au Manidem n’ont pas disparu. Le parti a même annoncé l’exclusion d’Isaac Ebanda Songue, son unique élu, pour avoir participé aux obsèques contre l’avis de la direction. L’intéressé assume son choix : «La base militante du Moungo-Sud voulait être présente pour accompagner son frère, indépendamment de la position prise par la direction du parti», a-t-il expliqué.

Gaule D’AMBERT

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