La jeunesse a toujours été un problème pour la société. Voici ce que dit d’elle une inscription babylonienne datant de trois mille ans avant Jésus-Christ: «Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture.» (In Franz-Olivier Gisbert: Chirac une vie, P. 542; Flammarion 2016).
La jeunesse d’aujourd’hui a peur et fait peur. C’est l’âge de tous les dangers. «La jeunesse est une fraction de la folie» (proverbe arabe). Elle est fragile y compris contre elle-même. Il y a chez elle cet excès de force, d’impatience, d’inconscience. La vie la menace plus que la mort. La vie est dangereuse pour la jeunesse, ou la jeunesse est à elle-même son principal danger ? Toute vie est risquée et la jeunesse est le plus risqué des âges. Les jeunes ont tout à perdre parce qu’ils ont tout à vivre. Il reste que la société est coupable, souvent et davantage que les individus. Trop de misère conduit à la délinquance et l’insécurité.
Le combat contre la barbarie recommence à chaque génération, et la jeunesse en est par définition le lieu et l’enjeu. C’est l’éducation qui rend les hommes humains. «L’éducation est une force puissante pour transformer l’homme» (Mandela), il faut faire acquérir l’humanité à la jeunesse.
Dans ce monde globalisé, l’une des problématiques à résoudre demeure l’éducation de la jeunesse.
Couche la plus vulnérable, la jeunesse mérite de la part des politiques une attention particulière. «La jeunesse est l’appareil idéologique. Quand elle tousse, toute la nation grelotte» (Louis Althusser).
Les «Bébés noirs», les «Koulounas», les «Arabes» et autres attendent d’être rassurés de leur réinsertion. Ils attendent les assurances de leur avenir. «Les jeunes sont enclins à l’espérance. Ils vivent surtout d’espérance car l’espérance a trait à l’avenir et le souvenir au passé; or pour les jeunes gens, le passé est encore peu de chose et l’avenir beaucoup.
En effet, aux premiers jours de l’existence, on trouve que le souvenir n’est rien et que l’espérance est tout» (Aristote; Rhétorique; introduction par Michel Meyer, Librairie Générale Française. P 234, Paris 1991)
Si l’on entend éradiquer le mal d’une façon durable, il faut être déterministe pour le guérir à la racine.
Or si l’on pense que tous les événements et en particulier les actions humaines, sont liés et déterminés par la chaîne des événements antérieurs, alors le phénomène pourrait être éradiqué à la racine. Les «Bébés noirs», les «Koulounas» attendent que leurs aspirations soient prises en compte. Il s’agit pour les politiques et les cadres d’organiser des espaces d’échanges, de déployer un grand exercice pédagogique afin de donner une nouvelle conception de la société à la jeune génération. Par cet exercice, ils feront aller cette jeunesse de la passivité et/ou de la résignation ou l’adhésion totale aux idées de la nouvelle ère.
Cet exercice pédagogique consisterait à forger la conscience et l’exigence d’une nouvelle société à la jeunesse, en imposant un coup d’arrêt à un concept aux conceptions surannées d’hier.
Ces échanges sont un moyen pour les politiques et les cadres de forger l’opinion de leurs interlocuteurs en faveur de nouveaux comportements; de renforcer leur résilience face à l’oisiveté, à l’incivisme et à l’anti-modèle, ce qui enclencherait une dynamique positive pour l’adhésion de la couche la plus jeune à la marche du monde.
Les jeunes jouent un rôle crucial en tant qu’agents de changement et leurs potentielles contributions au développement humain ne doit pas être ignoré.
Sous le monopartisme, la jeunesse était organisée, bien éduquée. Sans vouloir ériger en âge d’or le beau vieux temps du monopartisme, l’on éprouve du moins, cette nostalgie en songeant au temps béni de l’UJSC. Il n’y avait pas tant de désordre, pas d’insécurité. L’UJSC a inculqué aux jeunes des valeurs pour leur faire acquérir l’humanité et les préparer à la vie adulte. Elle leurs a enseigné surtout l’amour du travail. Une réalité qui ne se démentit pas.
Le gouvernement qui fait de leur resocialisation son cheval de bataille, a pris un certain nombre de mesure courageuse entre autres l’ouverture en perspective des centres d’encadrements des jeunes. Il entend déployer un grand exercice pédagogique, afin de convaincre toute la diversité de «Koulounas» de quitter le monde de l’incivisme. Ce faisant, le gouvernement s’engage à leur apprendre ou réapprendre à vivre, cette fois avec humanité et d’une façon durable
Jean KOUOTO
Philosophe
