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Nous venons, dans notre pays et dans notre profession, d’enregistrer un de ces coups du sort qui ne manquent pas de surprendre même quand ils sont prévus et inévitables. Jean-Paul Pigasse est mort. C’était samedi 11 juillet dernier, en France. Un Français qui meurt sur ses terres, dirait-on, quoi de plus normal ! Mais Pigasse n’était pas seulement un citoyen parmi tant d’autres. Il était Français assurément ; il en portait la nationalité juridique avec fierté ; participait aux différentes obligations citoyennes (il votait et se rendait aux invitations de l’ambassade de France de bon cœur), mais il n’était pas que Français, si l’on peut dire. Car Jean-Paul Pigasse était plus que cela.
Il était aussi Congolais. Le «s» final de l’adjectif arrange bien les choses : puisque de par son engagement de journaliste et de chef d’entreprise, il s’est lancé dans une entreprise que du temps de la colonisation, belge et française, on n’a abordé que du bout des lèvres. L’engagement pluriel au service des deux Congo, des deux peuples que tout rapproche, avec la volonté visionnaire qui a toujours animé M. Pigasse. L’ADIAC, l’Agence d’information de l’Afrique centrale, se mettra au service non d’un Congo, mais des deux. L’information au service des deux Congo.
Même le journal Les Dépêches de Brazzaville, malgré son nom, comportait un contenu du «Congo-Kinshasa» et diffusait vers cette mégapole. L’Afrique centrale a eu son instrument de communication et gagné en cohérence, même si aujourd’hui encore tout cela reste en construction. Les Etats-Unis d’Afrique que chantaient nos poètes dans les années 1960 a commencé à voir le début de sa matérialisation. Jean-Paul Pigasse sera l’homme des deux rives du Congo. Il le fera dans la presse ; il le fera sans doute dans d’autres domaines plus discrets qui appellent un engagement résolu pour une Afrique qui doit s’affirmer.
Mais cette volonté s’est exercée aussi à l’intérieur du Congo. Lorsqu’il engage son combat pour la presse, le pays sort à peine des meurtrissures résultant de l’éclatement du monde issu de la Deuxième guerre mondiale. Pendant une trentaine d’années, ce Congo avait pataugé dans le marxisme léninisme. Lorsque la conférence nationale souveraine de 1991 sonne le «La» de la réforme, il n’est pas sûr que nous ayons tous compris dans la presse le besoin de resouder le tissu national ; de cesser de continuer à nous proclamer de gauche ou de droite. Je suis témoin des efforts de Jean-Paul Pigasse de rapprocher les positions.
Je suis témoin aussi de ses efforts personnels pour ramener un semblant de normalité dans notre pays, dans ses infrastructures emblématiques. Plus inattendu sans doute, Jean-Paul Pigasse s’est employé à aider l’Eglise catholique à retrouver la beauté et la somptuosité du clocher de la basilique Sainte-Anne du Congo, grand symbole de l’histoire du Congo et même de l’Afrique. C’est cette figure-là que nous portons en terre aujourd’hui, et à laquelle le Congo des médias dit sincèrement «Merci» et «Adieu».

Albert S. MIANZOUKOUTA

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