Pendant que les populations affrontent quotidiennement les pénuries d’eau et de carburant, les coupures d’électricité, les mouvements de grève dans les hôpitaux généraux et les difficultés liées au paiement des pensions, une question s’impose: où sont passés les hommes et les femmes politiques congolais ?
Dans une société démocratique, les responsables politiques ne devraient pas seulement être visibles au moment des élections. Ils ont vocation à écouter, à interpeller, à proposer et, surtout, à porter la voix des populations lorsqu’elles sont confrontées à des difficultés.

Or, face à l’accumulation des problèmes sociaux qui affectent le quotidien des Congolais, le silence semble s’être installé. Un silence qui interroge, inquiète et finit par donner le sentiment que la souffrance ordinaire des citoyens ne constitue plus une priorité du débat politique.
Quand l’hôpital cesse de fonctionner normalement
La situation dans les établissements hospitaliers est encore plus préoccupante. Les mouvements de grève dans différents hôpitaux généraux mettent en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les professionnels de santé et, au-delà, les patients.
Lorsqu’un personnel hospitalier cesse le travail, ce ne sont pas seulement des revendications professionnelles qui sont en jeu. Ce sont aussi des malades qui attendent des soins, des familles qui s’inquiètent et des vies qui peuvent être mises en danger.
Le secteur de la santé ne peut donc être traité comme un secteur ordinaire. Il nécessite un dialogue permanent entre les pouvoirs publics, les professionnels et leurs représentants, afin de prévenir les situations susceptibles de compromettre la continuité des soins.
Le dossier sensible des pensions
À cette liste s’ajoute la question du paiement des pensions. Pour les retraités, percevoir sa pension n’est pas un privilège. C’est le fruit de plusieurs décennies de travail et de contributions. Derrière chaque pension non payée ou payée avec retard, il y a une personne âgée, une famille et parfois des dépenses essentielles à honorer: alimentation, logement, médicaments et soins.

Le retraité qui a consacré une grande partie de sa vie au service de la nation ne devrait pas être condamné à l’attente et à l’incertitude au moment où il devrait pouvoir vivre dignement de ses droits.
Mais où sont les politiques ?
C’est précisément à ce niveau que le silence des acteurs politiques devient préoccupant.
Pourquoi entend-on si peu de voix politiques s’élever publiquement sur ces questions ?
Pourquoi les débats politiques semblent-ils parfois davantage tournés vers les positions, les alliances et les stratégies partisanes que vers les difficultés concrètes rencontrées par les citoyens?
L’opposition a naturellement un rôle essentiel à jouer dans une démocratie: contrôler, critiquer et proposer. Mais la majorité elle-même ne peut rester indifférente aux préoccupations de ceux qu’elle représente. Les parlementaires, les partis politiques, les élus locaux, les organisations de la société civile et les autres acteurs de la vie publique ont tous une responsabilité dans la défense des intérêts des populations.
La politique ne peut pas se réduire aux élections
Il existe un paradoxe qu’il faut avoir le courage de dénoncer: les populations deviennent extrêmement sollicitées lorsque les échéances électorales approchent, mais leur quotidien semble parfois susciter beaucoup moins d’intérêt une fois les élections passées.
Or, la politique ne devrait pas être une activité saisonnière. Elle doit être présente dans la vie quotidienne des citoyens. Un homme politique devrait pouvoir parler de l’eau lorsqu’elle manque, du carburant lorsqu’il devient difficile à trouver, de l’électricité lorsqu’elle est coupée, de la santé lorsque les hôpitaux sont paralysés et des pensions lorsque les retraités attendent leur dû. C’est précisément dans les moments difficiles que la parole politique prend tout son sens.
Le silence n’est pas une solution
Le silence peut être interprété de différentes manières. Il peut traduire la prudence, l’impuissance, la volonté de ne pas s’exposer ou simplement l’absence de réponse. Mais quelle que soit sa cause, il ne règle aucun problème. Les Congolais ont besoin d’explications, de propositions et de perspectives. Ils ont besoin de savoir que leurs difficultés sont entendues et qu’elles font l’objet d’une véritable attention politique. Il ne s’agit pas de transformer chaque difficulté sociale en polémique politique. Il s’agit plutôt de replacer l’humain au centre de l’action publique. La politique ne peut pas rester silencieuse lorsque le social crie.
Le temps de la parole et de l’action
Aujourd’hui, les Congolais n’ont pas seulement besoin de promesses. Ils ont besoin de réponses. Ils veulent de l’eau dans leurs robinets, du carburant dans les stations-services, de l’électricité dans leurs maisons et leurs entreprises, des hôpitaux capables d’accueillir et de soigner les malades, et des retraités qui perçoivent leurs pensions dans les délais.
Voilà le véritable agenda politique du moment. Car lorsque le social est en difficulté, le silence politique n’est plus une neutralité: il devient une question en soi.
KAUD







