Depuis 2020, la question de l’intégration des prestataires du cadastre dans la fonction publique congolaise constitue un sujet sensible au sein du ministère en charge des affaires foncières. Sous l’égide de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), des engagements auraient été pris afin de garantir l’intégration progressive de 72 prestataires répartis sur l’ensemble du territoire national. Toutefois, malgré l’ouverture d’un quota de plus de 250 postes obtenu grâce aux plaidoyers du ministre d’État Pierre Mabiala, seuls six prestataires auraient effectivement bénéficié d’un recrutement. Cet article analyse les conséquences administratives, techniques et éthiques du non-respect des engagements publics, tout en abordant les accusations de clientélisme, de favoritisme et de mauvaise gouvernance formulées contre Guy Charles PINDOU, présenté comme ancien Directeur des études et de la planification au Ministère des Affaires foncières et du Domaine public. L’étude met en évidence les effets de cette situation sur l’avenir du cadastre congolais et sur la crédibilité de l’administration publique.
Le respect des engagements administratifs constitue l’un des fondements essentiels de la gouvernance publique moderne. Lorsqu’une administration fait des promesses dans le cadre d’un processus de recrutement ou d’intégration professionnelle, ces engagements créent une attente légitime auprès des bénéficiaires concernés. Leur non-respect peut entraîner des tensions sociales, une perte de confiance envers les institutions et une détérioration du fonctionnement des services publics. Dans le secteur du cadastre, domaine hautement stratégique pour la gestion foncière et le développement territorial, la question des ressources humaines demeure particulièrement cruciale. Les prestataires du cadastre, mobilisés depuis plusieurs années pour assurer les missions techniques sur le terrain, espéraient une intégration progressive dans la fonction publique grâce à un quota spécial ouvert à partir de 2020.
Cependant, les résultats observés semblent largement en décalage avec les engagements pris. Un engagement administratif devenu source de frustration collective
Selon plusieurs témoignages administratifs et syndicaux, Guy Charles PINDOU aurait pris l’engagement, sous la supervision de la DGST, actuelle Centrale d’Intelligence et de la Documentation (CID), de procéder au recrutement progressif des 72 prestataires du cadastre répartis sur l’ensemble du territoire national. Cette intégration devait se faire par vagues successives, dans le cadre d’un quota exceptionnel dépassant les 250 postes.
L’initiative avait suscité un immense espoir parmi les agents concernés, dont plusieurs travaillent depuis des années dans des conditions précaires tout en assurant des tâches techniques essentielles liées aux levés topographiques, aux opérations foncières et à la gestion cadastrale. Toutefois, au terme du processus, seuls six prestataires auraient effectivement été recrutés. Cette situation est perçue par de nombreux observateurs comme une rupture manifeste des engagements initiaux.
Les accusations de favoritisme et de clientélisme
Les critiques formulées contre la gestion du quota portent principalement sur des accusations de favoritisme administratif. Plusieurs voix dénoncent le recrutement de personnes supposées proches de certains responsables administratifs, au détriment des prestataires expérimentés déjà présents sur le terrain. Les dénonciations évoquent également l’existence d’un système de sélection fondé sur des intérêts personnels plutôt que sur les compétences techniques ou l’ancienneté professionnelle. Une telle situation, si elle était avérée, poserait un grave problème de gouvernance publique et d’éthique administrative.
Dans les administrations modernes, le recrutement dans la fonction publique doit répondre aux principes fondamentaux d’égalité des chances, de mérite et de transparence. Toute perception de détournement de quota ou de privilège accordé à des réseaux personnels fragilise durablement la confiance des citoyens envers l’État.
Les conséquences techniques sur le cadastre congolais
Au-delà du conflit administratif, cette situation soulève une inquiétude plus profonde concernant l’avenir du cadastre en République du Congo.
Le secteur cadastral repose sur des compétences techniques spécifiques, notamment en géomatique, topographie, cartographie et gestion foncière. Or, plusieurs observateurs affirment que nombre d’agents recrutés dans le cadre du quota ne disposent pas des qualifications nécessaires pour exercer efficacement dans ce domaine complexe. Parallèlement, les prestataires expérimentés, qui assurent encore aujourd’hui une grande partie du travail opérationnel, demeurent exclus de la fonction publique. Cette contradiction produit plusieurs effets négatifs:
– affaiblissement des capacités techniques du cadastre;
– vieillissement progressif des prestataires non intégrés;
– perte de motivation des agents de terrain;
– désorganisation des services techniques;
– raréfaction future des géomètres compétents au sein de l’administration.
Certaines critiques vont jusqu’à affirmer que le cadastre pourrait connaître, dans les dix prochaines années, une véritable crise de compétences si aucune réforme sérieuse n’est engagée.
La problématique des effectifs fictifs et de l’inefficacité administrative
D’autres accusations portent sur l’absence effective de nombreux agents recrutés. Selon certaines déclarations, une partie des personnes intégrées aurait quitté le ministère, changé d’affectation ou serait absente des services tout en continuant à percevoir leur salaire.
Si de telles pratiques étaient confirmées par des enquêtes administratives ou judiciaires, elles traduiraient l’existence de dysfonctionnements majeurs dans la gestion des ressources humaines de l’État. L’administration publique perd alors sa finalité de service collectif pour devenir un espace de privilèges et de captation des ressources publiques.
Le rôle des autorités politiques et institutionnelles
Le ministre d’État Pierre Mabiala de l’époque aurait à plusieurs reprises évoqué devant l’Assemblée nationale la nécessité d’un quota spécial permettant de résoudre définitivement la situation des prestataires du cadastre. Cette position traduisait la reconnaissance institutionnelle du problème. Cependant, l’écart observé entre les orientations politiques affichées et les résultats administratifs obtenus met en lumière les difficultés de contrôle au sein de certaines structures administratives. Cette situation illustre également les tensions récurrentes entre décisions politiques et exécution administrative.
Vers une exigence de responsabilité administrative.
Dans les États de droit contemporains, les responsables administratifs sont soumis au principe de redevabilité. Lorsqu’il existe des soupçons de mauvaise gestion, de favoritisme ou de détournement des procédures administratives, les institutions compétentes peuvent être appelées à diligenter des enquêtes afin d’établir les responsabilités éventuelles.
Toutefois, il convient de rappeler qu’aucune personne ne peut être déclarée coupable sans procédure judiciaire régulière ni décision de justice. Les accusations formulées contre Guy Charles PINDOU relèvent donc du débat public et des revendications des prestataires concernés, et devraient être examinées dans le cadre des mécanismes légaux appropriés.
Dans un État de droit, toute personne mise en cause bénéficie de la présomption d’innocence. Néanmoins, l’absence de clarification publique ou d’investigation visible contribue à alimenter un climat de méfiance entre les citoyens et l’administration.
En définitive, l’affaire relative à l’intégration des prestataires du cadastre met en évidence les limites de la gouvernance administrative lorsqu’elle s’éloigne des principes de transparence, de mérite et de respect des engagements publics. Le faible nombre de prestataires recrutés malgré l’existence d’un quota important alimente un profond sentiment d’injustice sociale et professionnelle. Au-delà des personnes mises en cause, cette situation révèle surtout d’une crise structurelle du système cadastral congolais, confronté à des problèmes de gestion des ressources humaines, de renouvellement des compétences et de crédibilité institutionnelle. Face à ces enjeux, plusieurs pistes apparaissent indispensables:
– l’audit indépendant du processus de recrutement;
– la publication transparente des critères d’intégration;
– la valorisation des compétences techniques existantes;
– la mise en place d’un plan national de renouvellement des géomètres et techniciens cadastraux;
– le renforcement du contrôle administratif et parlementaire.
Le devenir du cadastre congolais dépendra largement de la capacité des institutions à restaurer la confiance, garantir l’équité et préserver les compétences indispensables à la gestion foncière nationale.
Par le Collectif
des prestataires du Cadastre







