Jacques Ludovic Opangaut (1907-1978) a été l’une des principales figures de la période des indépendances au Congo. On disposait sur lui de quelques éléments biographiques épars mais pas d’une étude sur sa vie d’homme d’Etat. Elie Mavoungou a fini par combler cette lacune avec la publication de son essai «Jacques L. Opangault 1907-1978, De la colonie à la République, L’action politique», (L’Harmattan, 2024).L’auteur du texte, un éminent professeur d’immunologie qui travaillait en France, est décédé peu de temps après la parution du livre. Il était entre autres l’auteur de deux ouvrages sur Jean Félix-Tchicaya.
A l’appui de sa critique, l’auteur se réfère à un fascicules n’étaient pas le résultat d’une mauvaise gestion du gouvernement mais d’un contexte historique postcolonial bien précis.
Sur un autre registre, l’auteur en vient à affirmer que le mouvement d’André Matsoua, était un mouvement à connotation tribaliste: «Dans son action, André Matsoua posait déjà les bases de la différentiation ethnique. En effet, tout au long de ses altercations avec l’administration coloniale, il utilisait son mouvement – L’Amicale des Originaires de l’AEF, ndlr – pour développer un sentiment de supériorité de l’ethnie Lari, son ethnie, face à toutes les autres (C.Q.F.D.). Ainsi son arrestation en 1929 et sa condamnation en 1930, ne suscita-t-elle du reste une révolte qu’au sein de son ethnie.»
André Matsoua et ses compagnons qui n’étaient pas que des Laris, il convient tout de même de le rappeler ici, agissaient au nom des ressortissants de l’AEF et non des seuls Kongo-Laris et autres ethnies de Sud-Congo. Certes, leur combat contre le travail forcé et l’impôt de capitation, et pour l’accession des élites autochtones d’AEF au statut de citoyen, reste encore à étudier. Cependant, le peu que l’on sait sur le mouvement matsouaniste constitue sans conteste un précieux acquis pour la recherche historique.
L’idée selon laquelle l’élite du Pool serait imbue d’un certain sentiment de supériorité à l’endroit des autres ethnies du pays et que reprend à son compte l’auteur, n’est pas à balayer d’un banal revers de main. Ce sentiment qui, par la force des choses, perd aujourd’hui de sa consistance, fut bel et bien vivace dans la génération des cadres issue de la période des indépendances. Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’apparition de ce complexe dans la conscience collective du Pool: l’idéologie coloniale avec son système de mise en compétition des tribus les unes contre les autres, la tendance chez les Kongo-Laris à magnifier le passé du royaume Kongo comme pour mieux s’affirmer au sein de l’espace national, le fait qu’ils prirent une part importante dans le mouvement anticolonialiste et s’en prévalent, etc.
«La justice, messieurs, est exigence présente en nous, nous invitant à un constant dépassement. Comme la vérité, elle n’est pas une chose existante que l’on accepte ou que l’on reçoit, mais une chose qu’il faut faire et refaire soi-même, soit seul et sans recours extérieur.»
Ce mot de Jacques Opangault sur la justice, figure dans le dernier chapitre du livre qui contient des déclarations et discours de l’homme politique, ainsi qu’un échange épistolaire avec le président Fulbert Youlou. Des textes d’une probité morale et d’une richesse politique indéniable, dont il convient de prendre connaissance.
Jean José Maboungou






