Médicaments : En faciliter leur disponibilité

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Dr Ray A. Mankélé

La Fondation congolaise pour l’accès aux médicaments (FOCAM) a été créée dans le but de permettre de disposer des médicaments en quantité et en qualité et à moindre coût. La FOCAM accompagne les pouvoirs publics dans le renforcement du système pharmaceutique du Congo. Elle est liée au Gouvernement par un accord de partenariat datant du 13 janvier 2025.

Le Dr Ray A. Mankélé, président de cette Fondation s’est confié à La Semaine Africaine pour nous édifier sur le travail de cette organisation.

*Dr Ray A. Mankélé, vous venez de mettre en place une Fondation pour l’accès aux médicaments, peut-on mieux connaître cette structure?
**La Fondation congolaise pour l’accès aux médicaments a été créée en 2022. Aujourd’hui, nous totalisons quatre ans d’existence. Son but est d’accompagner les pouvoirs publics, les partenaires impliqués dans la mise en œuvre des programmes de santé, mais aussi des professionnels de santé, et particulièrement les populations, à trouver des solutions aux problèmes qui les empêchent d’avoir les médicaments dont elles ont besoin au bon moment. Partout où elles se trouvent et surtout sans que cela les appauvrissent. Vous n’êtes pas sans savoir que nombre de nos concitoyens perdent la vie parce que quand ils sont malades et quand ils sont dans le besoin, soit le médicament n’est pas proche d’eux soit encore le médicament leur coûte trop cher. Dans une situation pareille, ils recourent à toutes les voies possibles avec toutes les conséquences qu’on peut imaginer. C’est pourquoi, nous avons voulu accompagner toutes ces catégories citées pour qu’ensemble on puisse trouver comment faire pour soulager les populations dans le besoin, afin qu’elles ne soient pas confrontées aux situations plus difficiles.
La FOCAM se veut un outil à la disposition des pouvoirs publics, des acteurs du système sanitaire, des partenaires et des communautés pour lever les défis liés à l’accès des populations aux médicaments, vaccins, produits sanguins et produits issus de la pharmacopée.

*Vous avez travaillé au Bureau de l’OMS Congo, est-ce que le problème de médicaments se pose encore avec acuité au Congo?
**Le problème de médicaments se pose avec acuité, non seulement au Congo, mais à toute la région africaine. Comme vous le dites, j’ai un passé qui m’a permis de travailler dans le domaine des médicaments au Congo, mais aussi pour l’ensemble de la région africaine de l’OMS. C’est l’une des motivations qui nous a conduit à la mise en place de cette Fondation. Les politiques qui ont été mises en œuvre jusqu’aujourd’hui ont basé leur action sur la mise à disposition des médicaments, c’est-à-dire que le Gouvernement travaille en se disant qu’il faut que nos populations aient des médicaments pour un million de francs Cfa à mettre dans les formations sanitaires. Les pouvoirs publics ne se soucient pas de l’adéquation entre les médicaments achetés. En mettant cette Fondation sur pied, nous voulons changer de paradigme. Nous avons compris qu’au terme de toutes les années d’expérience dans les institutions que ce n’est pas la bonne voie pour arriver à résoudre la question de médicaments dans nos pays. Nous avons préféré travailler aux côtés des populations pour identifier les médicaments dont elles ont besoin et faire en sorte que ces médicaments se retrouvent dans les formations sanitaires.
A titre d’illustration, est-ce qu’on peut mettre exactement les mêmes médicaments au centre de santé intégré (CSI) Maman Mboualé qui est à Talangaï et au centre de santé intégré Ya Mamba à Makélékélé ? Nous ne le pensons pas, parce que les populations qui fréquentent le CSI Ya Mamba n’ont pas exactement les mêmes besoins que celles qui vont au CSI Maman Mboualé. Aujourd’hui, nous avons une variété de médicaments qui font que le même médicament peut coûter quatre fois moins cher que son équivalent. Nous pensons que nous pouvons pousser les autorités nationales, les agents de santé et les populations elles-mêmes à rechercher les médicaments les moins chers et les avoir, non pas à beaucoup de kilomètres, mais dans son environnement immédiat du domicile. Nous pourrons améliorer la situation des médicaments dans le pays et partant, améliorer la situation sanitaire et peut-être faire baisser la mortalité générale.

*Quelles sont les perspectives du médicament au Congo?
**Notre ambition, c’est d’abord sensibiliser à l’utilisation des médicaments les moins chers. Il faut aussi renforcer les capacités des agents de santé ; à les amener à mieux gérer les médicaments dans les pharmacies des formations sanitaires, mais aussi bien prescrire les médicaments.
Nous travaillons également à fournir des conseils d’expertise aux pouvoirs publics et aux partenaires pour qu’ensemble on puisse améliorer la situation du médicament. Nous nous pensons que les perspectives sont bonnes, parce qu’aujourd’hui nous avons mis en place un programme de renforcement qui est en train d’être déroulé dans le district sanitaire de Makélékélé par exemple, qui a permis de doter ce district d’un certain nombre d’outils, notamment la liste des médicaments essentiels. Le malade qui entre dans un centre de santé sort avec un médicament, il ne peut plus sortir avec une ordonnance pour aller chercher les médicaments ailleurs.
Nous publions chaque semaine le planning des pharmacies de garde de Brazzaville et de Pointe-Noire. Nous avons sur le marché un indicateur des prix. La Fondation, en partenariat avec la Caisse d’assurance-maladie universelle (CAMU), va organiser sous l’égide du ministère de la Santé et celui en charge de la Sécurité sociale les premiers ateliers pharmaceutiques du Congo au mois de novembre 2026. Ces ateliers vont discuter des questions relatives, pas seulement aux médicaments de façon générale, mais de l’accès aux médicaments. Nous souhaitons, au terme de ces assises, que le pays reconnaisse l’accès aux médicaments comme un droit fondamental pour la population.

Propos recueillis par
Philippe BANZ

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