Après plusieurs mois d’attente, de différends familiaux et de procédures judiciaires, l’artiste-musicien Pierre Moutouari a enfin retrouvé sa terre natale. Décédé le 8 octobre 2025 à Paris, en France, à l’âge de 75 ans, il a reçu mercredi 12 août 2026, au Palais des congrès de Brazzaville, l’hommage de la nation, en reconnaissance de son parcours et de son empreinte dans la musique congolaise.

C’est le Premier ministre, chef du Gouvernement, Anatole Collinet Makosso, qui a patronné la cérémonie, au nom du Président de la République, Denis Sassou-Nguesso. Plusieurs personnalités du monde politique, diplomatique et culturel des deux Congo, y ont pris part. Avec elles, la délégation de la RD Congo, conduite par la ministre de la culture, des arts et du patrimoine, Mme Yolande Elebe Ma Ndembo, qui avait à ses côtés, l’ambassadeur de la RDC au Congo, Roger Bokwala Bompolonga.

Pierre Moutouari, un baobab de la rumba et du soukous

Dans l’oraison funèbre, Jean-Claude Gakosso, ministre de la Culture, des arts, du patrimoine national et de l’industrie touristique a décrit Pierre Moutouari comme une figure exceptionnelle de la musique congolaise, et un homme doté de rares qualités humaines. Durant plus d’un demi-siècle, sa voix, son charisme et son univers musical auront accompagné plusieurs générations de mélomanes. Le ministre a salué un artiste dont le talent semblait relever de l’inné.
Puis, il a rappelé les principales étapes du parcours de Pierre Moutouari: «Né le 3 avril 1950 à Kinkala, dans le département du Pool, le jeune artiste entre dans l’univers musical à la fin des années 60. En 1968, il rejoint Sinza-Kotoko et contribue à enrichir le répertoire de l’orchestre. Il obtient alors le premier prix des chanteurs amateurs décerné par le ministère de la culture et des arts. En 1973, il représente le Congo avec l’orchestre Sinza-Kotoko au premier Festival panafricain de la jeunesse, à Tunis. L’orchestre y décroche une médaille d’or, consacrant le talent du jeune chanteur. Après l’expérience des Sossa, Pierre Moutouari choisit de poursuivre son aventure artistique en France. Installé à Paris, à partir de 1979, il développe une carrière solo et collabore avec plusieurs grands noms de la musique. En 1981, survient le grand tournant avec la sortie de ‘’Missengue’’. Le titre connaît un succès retentissant en Afrique et dans sa diaspora et devient la chanson emblématique de l’artiste. Cette carrière est ponctuée de plusieurs distinctions, parmi lesquelles des disques d’or en Europe, le trophée ‘’Ngwomo Africa’’ décerné en RDC et le Kundé d’honneur au Burkina Faso qui constituent des illustrations de sa reconnaissance au-delà des frontières congolaises. Au Congo, Pierre Moutouari est élevé au grade d’officier dans l’ordre du mérite congolais par le Président Denis Sassou-Nguesso.
Le ministre Gakosso a, également, fait état des grands orchestres de Brazzaville et de Kinshasa qui ont marqué l’âge d’or de la rumba et du soukous. Pierre Moutouari s’en est allé, certes, mais son œuvre restera à jamais gravée dans nos mémoires, a-t-il souligné. Ajoutant que l’héritage de l’artiste continue de vivre à travers les artistes qui revendiquent, aujourd’hui, sa filiation musicale et à travers ses chansons toujours écoutées sur les plateformes numériques.
Légende de la musique congolaise, Pierre Moutouari laisse un répertoire musical riche et varié, avec des chansons emblématiques comme: ‘’Julienne’’; ‘’Ma Loukoula’’ ‘’Ma Lina’’; ‘’Missengué’’; ‘’Kibangou’’; ‘’Sailé’’ et ‘’Aissa’’. Après le Palais des congrès, une messe de requiem a été célébrée par Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouaou, archevêque métropolitain de Brazzaville, en la Basilique Sainte-Anne du Congo, avant l’inhumation qui a eu lieu, à Nganga-Lingolo, en banlieue sud de la capitale.

Alain-Patrick MASSAMBA

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