La junte au pouvoir en Guinée Bissau a formé samedi 29 novembre 2025, un nouveau gouvernement composé de 28 membres, en majorité des civils. Quatre jours après avoir renversé le président Umaro Sissoco Embalo, qui est arrivé à Brazzaville, en passant par Dakar, au Sénégal, le 27 novembre. Les militaires ont annoncé l’avoir renversé et suspendu les élections présidentielles et législatives du 23 novembre, dont les résultats devaient être annoncés dans la semaine.
Les putschistes ont nommé le général Horta N’Tam président d’une transition censée durer un an et un Premier ministre Ilido Té Vieira, l’ex-ministre des Finances d’Embalo. Le nouveau gouvernement compte également cinq officiers, dont le général de brigade Mamasaliu Embalo, nommé au poste de ministre de l’Intérieur, et le général Stive Lassana Manssaly qui occupe le portefeuille de la Défense nationale. Quatre femmes intègrent, elles aussi, le gouvernement.
N’Tam a exhorté le nouveau gouvernement à «lutter contre la corruption et le trafic de drogue». Brièvement arrêté par les militaires, puis parti pour Dakar jeudi 28 novembre, dans un vol affrété par le gouvernement sénégalais, «Embalo est arrivé à Brazzaville pour y rester», d’après une source proche de la Présidence congolaise.
Dans la capitale bissau-guinéenne, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), puissante et historique formation d’opposition, a dénoncé l’envahissement de son siège samedi 29 novembre, dans la capitale, et des dégradations par des miliciens armés. Selon le PAIGC, ces miliciens ont procédé à l’expulsion de toutes les personnes qui s’y trouvaient, à l’effraction des portes des bureaux et à la grave violation de l’intégrité des installations. Le principal opposant Domingos Simoes Pereira, dirigeant du PAIGC, parti ayant mené la Guinée-Bissau à l’indépendance en 1974, avait été écarté de la présidentielle. Le parti avait ensuite soutenu le candidat d’opposition Fernando Dias, devenu le principal adversaire d’Embalo lors du scrutin.
Dias a affirmé avoir largement remporté la présidentielle au premier tour et a accusé Embalo d’avoir organisé le coup d’Etat pour empêcher son accession au pouvoir. Des échauffourées mineures ont eu lieu le 29 novembre dans un quartier périphérique de Bissau, non loin du siège de sa campagne. Les auteurs du putsch, quant à eux, ont expliqué vouloir garantir la sécurité au niveau national et rétablir l’ordre, évoquant la découverte par les renseignements généraux d’un plan visant à déstabiliser le pays avec l’implication des barons nationaux de la drogue.
Des opposants et experts soupçonnent Embalo, au pouvoir depuis 2020, d’avoir orchestré lui-même son renversement afin d’arrêter le processus électoral. La prise du pouvoir par les armes a été largement critiquée, notamment par le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et par la Communauté économique des Etas de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui a suspendu la Guinée-Bissau de toutes les instances, ainsi que l’Union africaine qui a fait autant.
La Guinée-Bissau a une histoire jalonnée de coups de force et de troubles politiques.
Alain-Patrick MASSAMBA

