(Suite et fin)

12. En dehors de ce qui a été dit plus haut, nous n’allons pas oublier ou ignorer le défi de l’éducation ou de la formation que nous pouvons considérer justement comme une priorité pastorale. En effet, comme vous le savez, les écoles font aussi partie de nos lieux d’apostolat: «Evangéliser, éduquer et enseigner», tel est le but des écoles catholiques. C’est ainsi que furent ouvertes des écoles catholiques dans notre diocèse, à Ouesso centre, à Pokola, à Ngombé, à Souanké. Par ailleurs, il nous faut penser, dans l’avenir, faire la même chose dans des zones où ces structures éducatives manquent encore, comme à Pikounda, Ngbala, et bien d’autres communautés. Tout cela exige, avant tout, la volonté et les moyens, mais aussi la capacité de savoir bien gérer. Cela implique, donc, une gestion saine, transparente et irréprochable. A ce niveau, comme prêtres, nous devons être exemplaires dans le respect du bien commun, dans la bonne gestion du bien public (paroisses, écoles ou autres structures diocésaines), pour ainsi donner à nos fidèles un bel exemple dans ce sens. Le Pape Jean-Paul II disait à cet effet: «Aujourd’hui plus que jamais l’Eglise a besoin de vrais serviteurs et animateurs des communautés chrétiennes… de manière à être des prêtres spirituellement solides et disponibles, dévoués à la cause de l’évangile, capables de gérer avec transparence les biens de l’Eglise, et de mener une vie simple en conformité avec leur milieu » (Jean-Paul II, Exhortation apostolique post synodale, Ecclesia in Africa, n. 95.
13. Il convient enfin d’ajouter un défi pastoral, à ne pas sous-estimer, celui de la montée en puissance des églises de réveil ou des sectes dans notre diocèse. Comme vous le savez, ces églises de réveil ont souvent pour cible l’Eglise catholique, qu’elles attaquent au quotidien dans leurs prédications. Elles attirent facilement nombreux de nos chrétiens faibles, manipulables et facilement corruptibles. Ces églises fondent leur doctrine sur la résolution immédiate des problèmes existentiels et sociaux (guérison, santé, enfants, mariages, carrière, voyages). Voilà pourquoi, nous devons revoir, à la lumière de l’enseignement de l’Eglise, notre façon d’évangéliser. Nous devons peut-être faire notre examen de conscience, pour voir si nous ne sommes pas fautifs, de près ou de loin, du fait que beaucoup de nos fidèles abandonnent l’Eglise catholique pour se laisser attirer par ces églises. Qu’à cela ne tienne, nous devons aussi considérer ce défi comme un kairos, autrement dit une occasion pour faire de l’apostolat notre priorité. Le Saint concile affirme: «Les prêtres, comme coopérateurs des évêques, ont pour premier devoir d’annoncer l’Evangile à tous les hommes» (Presbyterorum ordinis, n. 4).
Que le Seigneur nous aide à affronter ces défis avec optimisme et courage sans jamais céder au découragement, au «pessimisme stérile», à «l’acédie égoïste», à la «mondanité spirituelle» et à «la guerre entre nous», selon les mots du Pape François (Evangelii gaudium, n. 69-83).
4. Le sacerdoce dans notre diocèse
14. Mes chers frères prêtres, notre diocèse de Ouesso créé en 1983, a aujourd’hui 43 ans d’existence. Et compte à ses actifs 23 prêtres. Actuellement, nous avons sur notre territoire 16 prêtres diocésains, 2 prêtres religieux, 2 prêtres Fidei donum et trois diacres. En dehors de ceux qui sont sur le terrain, nous avons 6 prêtres en mission à l’étranger (étude et pastorale), 10 séminaristes en formation (6 à Brazzaville, 1 en Italie, 1 à Mayidi et 2 en propédeutique). De ce tableau, nous nous rendons bien compte, à l’évidence, que notre diocèse a un réel problème de vocations. Il nous faut des prêtres pour couvrir en nombre l’étendue de notre diocèse. Ce manque nous pousse à nous ouvrir à d’autres diocèses ou congrégations religieuses pour répondre au besoin pastoral du peuple de Dieu, à travers le diocèse. Il nous faut donc prendre au sérieux le problème des vocations, prier pour les vocations, encourager les vocations, soutenir les vocations et entretenir les jeunes qui manifestent ce désir. Jésus l’a dit lui-même dans l’évangile: «La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson pour qu’il envoie des ouvriers pour sa moisson» (Mt 9, 37-38).
15. Nous devons en outre penser à une véritable pastorale vocationnelle, pas seulement pour les futurs prêtres, mais aussi encourager les vocations à la vie religieuse et au mariage dans notre diocèse. C’est un défi pour nous et à nous donc de penser à la relève, mieux à l’Eglise de demain. Le soin ou suivi des vocations doit faire partie de nos priorités pastorales. Le décret conciliaire Optatam Totius, sur la formation des futurs prêtres souligne: «Tous les prêtres feront preuve du plus grand zèle apostolique pour cultiver les vocations, et ils attireront vers le sacerdoce les âmes des jeunes par leur vie personnelle humble, laborieuse, vécue d’un cœur joyeux, par des rapports mutuels emprunts de charité sacerdotale ainsi que par une coopération fraternelle» (n. 2).
16. Chers frères prêtres, malgré le petit nombre que nous sommes au diocèse et malgré nos limites, je puis vous affirmer que nos fidèles ont toujours besoin de nous, pour recevoir l’eucharistie, l’absolution au confessionnel, les conseils, pour la prière ou pour une bénédiction et surtout pour un accompagnement. Je vous prie d’être proches de vos fidèles, ne les repoussez pas, surtout quand ils ont besoin de vous, au contraire veuillez les accompagner dans toutes les situations de leur vie, comme disait le Pape François: «Le pasteur doit humer l’odeur de ses brebis».
17. Puisque la tâche est noble, nous avons aussi le devoir de ne pas décourager le Peuple de Dieu, ni moins de le scandaliser par nos comportements parfois en contradiction avec notre identité sacerdotale. Il est vrai que nous sommes des humains, des êtres fragiles, mais n’oublions pas aussi que nous sommes des hommes de Dieu, consacrés le jour de l’ordination et mis à part (Cf Jean-Paul II, Exhortation apostolique, Pastores dabo vobis). Nous devenons, par conséquent, par notre style de vie, et en vertu de la mission qui nous a été confiée, appelés à évangéliser non seulement par des paroles mais aussi par notre témoignage de vie.
Comme dit le Saint concile: «Dans cette œuvre de construction, la conduite des prêtres, à l’exemple de celle du Seigneur, doit être extrêmement humaine envers tous les hommes» (Presbyterorum ordinis, n. 6). Soyons donc des modèles pour notre peuple.
Conclusion
18. Chers frères dans le sacerdoce ministériel, au terme de cette lettre pastorale, la seconde de mon épiscopat, qui vous est totalement adressée, je réitère mon estime et ma gratitude envers chacun de vous et je prie Dieu auteur de notre vocation et Jésus-Christ Grand Prêtre de vous soutenir et de vous accompagner tout au long de votre ministère sacerdotal. En revanche, en renouvellant nos promesses sacerdotales aujourd’hui, par la messe chrismale anticipée, je nous invite tous au respect de ces engagements, aux promesses baptismales et à une vie digne de l’identité du prêtre. Déjà le synode africain de 1994 exhortait «les prêtres à la fidélité à leur vocation, dans un don total à leur mission et en pleine communion avec leur évêques» (Jean-Paul II, Ecclesia in Africa, n. 97). Les promesses faites, le jour de l’ordination, sont toujours d’actualité et chacun doit conformer sa vie par rapport à ce que nous avons promis au Christ et à son Eglise, devant le Peuple de Dieu, témoin de nos engagements. J’aimerais à cet effet, vous rappeler que les trois vœux de chasteté, d’obéissance et de pauvreté ne sont pas un pur slogan mais ils font partie de l’être même du prêtre. A chacun de faire son examen de conscience sur la manière de les concevoir et de les vivre. Ne l’oublions jamais, L’Eglise, Mater et Magistra, continue à nous interpeller au respect sine qua non de ces trois vœux. Que Jésus Bon Pasteur soit toujours notre modèle et notre guide, que la Vierge Marie, Mère des prêtres et le saint curé d’Ars Jean Marie Vianney intercèdent pour notre clergé afin que nous soyons toujours et partout des bons serviteurs de Dieu, témoins de l’unité, de l’amour et de la joie. Bonne fête du sacerdoce à tous.
Avec ma bénédiction.

Fait à Ouesso, le 26 mars 2026
A l’occasion de la Messe chrismale anticipée

Mgr Brice Armand IBOMBO Evêque de Ouesso

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