Il y a dix-huit ans, le 22 octobre 2008, naissait au Ciel Mgr Ernest Kombo, évêque d’Owando. Son décès est survenu après quatorze 14 mois de soins médicaux à l’hôpital des forces armées françaises du Val-de-Grâce, à Paris en France. Dix-huit ans, c’est aussi le temps qu’il a passé à la tête du diocèse d’Owando dont il avait pris la possession canonique du siège épiscopal comme évêque sede plena, le 29 septembre 1990, après y avoir assumé, pendant deux ans, la charge d’administrateur apostolique sede vacante.
Né à Pointe-Noire, le 27 mars 1941 d’Ernest Kombo, mécanicien-tourneur au CFCO et d’Antoinette Biyela, maraîchère, il a été le cinquième enfant d’une fratrie qui en comptera neuf, dont une seule fille, la sixième. Jour pour jour, Mgr Kombo aurait soufflé ses 85 bougies le vendredi 27 mars dernier.
Premier prêtre congolais dans la Compagnie de Jésus, de décembre 1983 à juillet 1990, premier évêque du diocèse de Nkayi (né du démembrement de celui de Pointe-Noire et couvrant les départements administratifs du Niari, de la Bouenza et de la Lékoumou), il a été aussi le premier prêtre ordonné par Son Eminence Emile Cardinal Biayenda, le 8 juillet 1973, en la basilique Sainte-Anne du Congo, peu après son élévation à la dignité cardinalice.
Dans son homélie, en bon visionnaire, Emile Cardinal Biayenda le prévenait: «A tous ceux qui peuvent te mépriser, dis: «Ils ne savent pas ce qu’ils font. Tu es Jésuite. Le père et fondateur de ton institut, Saint Ignace de Loyola, t’a tracé un programme et une méthodologie apostolique en ces termes: Ad majorem dei gloriam!»
Nommé par le pape Jean-Paul II, le 5 décembre 1983, année du centenaire de l’évangélisation du Congo, et sacré à Rome le 6 janvier 1984, en la solennité de l’Epiphanie par le même souverain pontife, il est intronisé le 25 mars 1984 par Mgr Godefroy-Emile Mpwati, alors évêque de Pointe-Noire, à l’esplanade de ce qui, depuis lors, deviendra la cathédrale Saint Louis IX, Roi des Français, de Nkayi. Ainsi, Mgr Kombo aura été avec NNSS Hervé Itoua, premier évêque diocésain de Ouesso et Anatole Milandou de ceux que l’on a affectueusement appelé ’’les évêques du centenaire’’. En effet, ces deux derniers épiscopes «jumeaux» avaient été sacrés le 28 août 1983 au stade Félix Eboué, à Brazzaville, par Roger Cardinal Etchegaray, au cours de la messe de clôture du centenaire de l’évangélisation du Congo.
D’abord évêque titulaire de Capra et auxiliaire à Brazzaville, Mgr Anatole Milandou sera, par la suite, transféré comme évêque résidentiel à Kinkala, après l’érection de ce nouveau diocèse par la bulle «Ecclesia Sancta» du 3 octobre 1987.
Ironisant sur l’accueil peu chaleureux qui lui avait été réservé comme évêque nommé à Nkayi, dans ce langage allégorique qu’il affectionnait tant, Mgr Kombo se disait être «né d’une césarienne suivie d’une infection». En mars 1990, à la paroisse Notre-Dame de Fatima, à Dolisie, au terme de la traditionnelle session diocésaine de la mi-carême, l’abbé Marc Mfoutou, alors vicaire général et l’un des doyens du clergé local, prit la parole au nom de ses confrères et déclara: «Mgr Ernest Kombo, notre Père-évêque, nul n’est besoin de rappeler que ces six dernières années ont été difficiles, aussi bien pour vous que pour nous-mêmes vos prêtres. Mais il nous faut, à présent, tourner cette page sombre pour vivre autrement entre nous, au sein de ce peuple qui nous est confié. Au nom de l’ensemble du clergé de ce diocèse et au mien propre, j’annonce solennellement que, dès cet instant, nous vous acceptons, vous reconnaissons et vous accueillons comme l’évêque diocésain de Nkayi, comme notre évêque.»
Jaillissant de la bouche d’un homme peu loquace, ces mots du vicaire général qui, du reste, avaient retenti très fort eut l’effet d’un baume au cœur et suscité comme un soulagement inespéré. Envahissant tous les visages, l’émotion était à son comble et, sur le moment, presque personne n’en croyait ses oreilles. Trop beau pour être vrai!
Le lendemain matin, à la fin de la messe dominicale qui clôturait cette session diocésaine et au moment où devait s’ébranler la procession de sortie, comme pour matérialiser et sceller cette réconciliation tant attendue, tant souhaitée, quelques prêtres et responsables laïcs s’étaient spontanément saisis de l’évêque et l’avaient porté en triomphe jusqu’à la sacristie, sous les applaudissements nourris du peuple de Dieu venu nombreux à cette eucharistie présidée par l’ordinaire lui-même.
Dans ce diocèse promis à un bel et radieux avenir et qui ne manque pas d’atouts, une page lugubre s’était tournée et une nouvelle ère empreinte d’autant de sérénité que de franche collaboration s’ouvrait, mais pour combien de temps?
Comble de malheur, l’idylle ne sera que de très courte durée, puisqu’au matin du 19 juillet de la même année, soit à peine quatre mois après cet épisode presque surréaliste, l’évêque enjoignait les trinômes paroissiaux et tous les membres du bureau du conseil diocésain de l’apostolat des laïcs (CDAL) à le rejoindre au siège épiscopal, à Nkayi, avant 12 heures locales. J’en faisais partie avec la plupart des autres membres du CDAL. A l’époque, le CFCO était encore «cette épine dorsale de l’économie congolaise» et fonctionnait à plein régime, les trains circulant normalement dans les deux sens. On était déjà en saison sèche, tant et si bien que même ceux venant de Sibiti ou de Mouyondzi et qui avaient pris la route étaient arrivés à l’heure. Tout couverts de cette poussière ocre des pays du Niari, ils avaient même le temps de se débarbouiller.
Ce matin-là, tout le monde affichait un air grave et une atmosphère inhabituelle régnait sur la cité-cathédrale. A 11 heures 50 minutes, nous nous installions dans la grande salle de réunion où nous rejoignait un peu plus tard l’Ordinaire du lieu. Rien qu’avec un papier enroulé sous la main. Nous saurions peu après que c’était la bulle qui le mutait au diocèse d’Owando et qu’il s’était efforcé de nous lire non sans peine. On s’en doutait un peu. Ce serait trop beau pour durer!…
En arrivant au diocèse d’Owando, en septembre 1990, Mgr Kombo était loin d’y être un parfait inconnu pour y avoir déjà œuvré pendant deux années comme administrateur apostolique. Il y a trouvé, en plus de quelques missionnaires fidei donum Polonais de Cracovie, six prêtres séculiers dont trois opérationnels sur le terrain pastoral, à savoir: les abbés Victor Abagna-Mossa (aujourd’hui archevêque émérite d’Owando), Joseph Ndinga et Paul Dongagba et les trois autres, en situation de retraite: NNSS Raphaël Ndangui, Noël Ogné, tous deux prélats honoraires de Sa Sainteté et l’abbé Emile Okoumou.
Ayant fait de la formation l’axe principal de sa pastorale, en 18 ans, Mgr Kombo a appelé plus de quatre-vingt-dix jeunes aux ordres sacrés, ainsi qu’un moins jeune, l’abbé Albert René Juste Gauthier, un français, ordonné prêtre à l’âge de 74 ans, et même un diacre permanent, Paul Okounga, le tout premier dans l’Eglise particulière du Congo. La moyenne des ordinations s’est, en définitive, située autour de cinq prêtres par année pastorale. Par ailleurs, il a fondé deux congrégations religieuses : les Frères Serviteurs et les Sœurs Servantes de Cana. Un record!
Pour mémoire, c’est grâce à son implication, sa détermination personnelle et à l’appui financier de la CEI (conférence épiscopale italienne) que Radio Magnificat a pu voir le jour. Des trois tentatives d’assassinat ourdies contre sa personne, la dernière et non moins spectaculaire aurait été ce guet-apens qui lui avait été tendu le mardi 27 mai 1997 et auquel il avait échappé de justesse, grâce à la dextérité des agents de la force publique commis à sa sécurité. Alors qu’il était en route pour Ewo où il devait se rendre pour une visite pastorale programmée de longue date.
au moins cinq hommes en armes, vraisemblablement des tueurs à gages, s’étaient postés à environ 8 km sur l’axe Owando – Ngoko, pour lui faire la peau. En son temps, nous en avions même fait écho sous le titre «Mgr Ernest Kombo a-t-il échappé à un attentat ?» dans l’hebdomadaire catholique La Semaine Africaine n° 2124.
La mémoire collective retiendra que Mgr Kombo était affublé du statut de «l’évêque le plus riche de l’Eglise au Congo». En fait, il avait la particularité de disposer d’un carnet d’adresses très dense et, par conséquent, était riche, très riche de toutes les relations qu’il avait su tisser au fil des années.
En formation chez les Jésuites, à Lyon-Fourvière, en France, (où il avait aussi entrepris ses études d’économie politique), il y avait connu Laurent Fabre, compagnon d’études et futur fondateur de la Communauté du Chemin neuf, dont quelques membres s’installeront au séminaire Saint Gabriel de Dolisie, dans le diocèse de Nkayi. Par ailleurs, il avait aussi sympathisé avec la Communauté des Béatitudes venue en mission à Makoua, dans le diocèse d’Owando.
Titulaire entre autres d’un diplôme d’ingénieur d’entreprises et prêtre-fonctionnaire au Centre National de Gestion (CENAGES), il y avait exercé les fonctions de directeur des ressources humaines, faisant tâche d’huile, en servant comme de ferment dans ce milieu professionnel où il côtoyait allègrement aussi bien les «révolutionnaires, cadres rouges et experts» que les «valets locaux, chiens couchants de l’impérialisme», les a narco-militaro-profito-situationnistes» et tutti quanti.
A l’homélie de la messe de suffrage qu’il présidait en la cathédrale Sacré Cœur, la veille de l’inhumation de l’évêque-jésuite, Mgr Anatole Milandou, alors archevêque métropolitain de Brazzaville, renchérissait: «Jusqu’au bout de sa vie ici-bas, il (Mgr Kombo) est resté en tenue de service et il a veillé. Dans tous les diocèses où il a servi en tant qu’évêque, (il a été évêque à Nkayi et administrateur apostolique à Pointe-Noire puis à Owando, avant d’y être confirmé comme évêque résidentiel), il a travaillé d’arrache-pied, parfois dans les larmes et les douleurs, à faire grandir une Église fidèle au désir et à la prière du Christ: «Père, qu’ils soient un, afin que le monde croie que tu m’as envoyé»…
Revenant sur le ministère d’évêque, j’aimerais révéler que Mgr Kombo a pris à bras le corps la tâche d’appeler et de former solidement les jeunes garçons et filles à la vie sacerdotale et religieuse. Il avait l’art d’importuner tout le monde pour cette cause qui n’était pas la sienne, mais celle du Christ qui disait à ses disciples: «La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson»…
De même, pour que l’hommage dû à ce pasteur zélé et intrépide « Vagabond de Dieu » traverse l’espace et le temps (qui passe si vite ; ceux qui sont nés sur terre le jour de sa naissance au Ciel sont devenus majeurs et célèbrent aujourd’hui même leurs 18 ans d’âge), nous avons entrepris de lui dédier un essai autobiographique au titre évocateur: «Mgr Ernest Kombo, S.j. Héraut de l’évangile et citoyen de plein exercice» et sous-titré: «Dialogues avec l’au-delà». Déjà achevé, le manuscrit est en quête du financement requis pour passer sous presse.
Antoine BOUBA-BOUBA BA MOUMVOUKA WA MASSENGO
Ancien conseiller en communication et secrétaire particulier de Mgr Ernest KOMBO







