Généralement, les femmes se coiffent entre elles, ou se font coiffer par les hommes. Mais ici il s’agit d’une femme qui ne coiffe presqu’exclusivement que les hommes à Brazzaville. Elle nous a impressionné par ce qu’elle fait: se distinguer dans un domaine supposé réservé aux hommes. Gloire Kinanga a son salon de coiffure à Bacongo. Dans l’interview ci-après, elle parle de sa passion, de son parcours et de ses défis.

*Depuis quand vous intéressez-vous à la coiffure ?
**Je me suis découvert des aptitudes de coiffeuse en 2012, à l’âge de 19 ans. J’ai commencé à m’exercer sur la tête de mon grand-père qui m’avait donné une lame rasoir pour lui couper les cheveux. Il m’avait encouragée ensuite, au vu du talent que je présentais. C’était le déclic.

*Comment vous êtes-vous spécialisée dans la coiffure masculine?
**Grâce à une immersion dans le salon de mon formateur, M. Eloi Fabrice Ntsila, sur l’avenue Matsoua à Bacongo. Cette formation a duré une année, et quelque temps après j’ai ouvert mon propre salon. Le premier, sur rue Nkouka-Batéké. Je me suis installée ensuite à Kinsana, puis à Ouenzé (croisement avenue Miadeka-rue Itoumbi). Aujourd’hui mon salon est situé avenue des Trois Francs, arrêt Kahounga. Donc, je suis revenue à Bacongo.

*N’êtes-vous pas victime de préjugés?
**Si, le préjugé selon lequel les femmes ne sont pas faîtes pour coiffer les hommes, je ne le partage pas ; je l’ai vaincu. Avec la pratique et la formation, j’ai prouvé que la compétence n’a pas de genre. En tout cas, je maîtrise bien les coupes masculines. Il y a aussi, curieusement, des femmes qui pensent que la coiffure masculine ne permet pas de bien vivre de ce métier, à l’opposé de la coiffure féminine ; je ne crois pas.

*Avez-vous assez de clientèle, malgré la concurrence des salons tenus par des hommes?
**La concurrence, on fait avec. Et chacun a ses clients, fidèles. Je ne manque pas aussi de soutien. Certains clients, impressionnés par mon talent, n’hésitent pas à me féliciter. D’autres, surpris de voir une femme coiffeuse, testent le service et, finalement, repartent ravis et reviennent plus tard.

*Coiffez-vous aussi les femmes ?
**Je reçois des femmes rarement, car je ne sais que faire les nattes libres et la teinture. Elles viennent aussi se couper les cheveux, mais rarement.

*Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans ce métier ?
** Je déplore par exemple le manque d’électricité permanent, une situation frustrante et handicapante au quotidien. Dans ce cas, je peux faire une journée et ne coiffer qu’une seule personne. Je fais des fois deux jours sans recevoir un seul client.

*Quelles sont vos ambitions et vos projets ?
**Rendre mon salon plus connu. J’ai toujours voulu que mon salon soit un salon de coiffure pour hommes, mais que ce soient juste des femmes qui y exercent. Le projet est de ne former que des femmes mais pour ce faire il faudrait qu’il y ait un soutien financier pour pouvoir obtenir le matériel nécessaire.

*Vos revenus vous permettent-ils de subvenir à vos besoins?
**Avec le peu que je gagne je m’organise. Comme j’aime ce boulot, je me bats à l’exercer pour pouvoir vivre dignement.

*Quel message avez-vous pour d’autres jeunes femmes qui voudraient se lancer?
**Je demanderais à ces jeunes filles de se former. Le secteur de la beauté et de l’esthétique est en pleine expansion au Congo, et il y a de la place pour tout le monde. C’est un métier qui permet de vivre dignement et d’être entrepreneur.

 

Contact: 06 956 68 29 ; 05 303 86 46
Avenue des 3 Francs (Arrêt Kahounga), à Bacongo

Propos recueillis par Emervie Julia MALONGA (Stagiaire)

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