Un corridor est un ensemble de choses, regroupant le port avec les infrastructures de connexion associées comme la route et le chemin de fer, desservant une zone spécifique donnée. Cela peut se pratiquer dans un même pays pour desservir l’arrière -pays, où dans un autre pays. Sur le plan physique, tout cet ensemble répond au corridor de transport. A cela s’ajoute une agence de gestion du corridor chargée de gérer et de faciliter les activités du corridor tout en faisant la planification conforme.
Le continent africain est la seule région dans le monde qui traîne dans le développement des corridors de transport. C’est ce qu’a affirmé Mike Salawou Moukala Bamidele, directeur des infrastructures du développement urbain à la Banque africaine de développement (BAD) dans une interview accordée jeudi 28 mai 2026 après sa participation au panel sur les corridors de transport en Afrique, lors des récentes assemblées annuelles de la BAD.
.. Que faire pour qu’il soit un corridor complet ?
… Pour qu’il soit complet, le corridor doit servir de commerce pour le développement. Il faudrait connaître quelles sont les zones industrielles que ce corridor dessert et connaître les activités économiques qui vont bénéficier de ce corridor. C’est tout ça que nous appelons un corridor économique et viable.
.. Le thème des débats du panel a porté sur : « les corridors et la résilience économique en Afrique. Que faudrait-il faire pour rendre les corridors résilients ?
.. Nous, nous parlons de la résilience économique. C’est le fait d’avoir la capacité de transformation au niveau africain. Pour que l’Afrique soit dotée de capacités industrielles fortes pour pouvoir non seulement développer du commerce entre les pays africains dans le cadre de la ZLECAF, mais également être dotée des capacités fortes pour pouvoir commercialiser avec l’extérieur de l’Afrique. Il faut que les corridors facilitent cet objectif de résilience économique. Il y a aussi la résilience climatique, parce que nos infrastructures sont sujets à des chocs climatiques. Il faut les adapter pour les rendre beaucoup plus résilients. Il y a également la résilience de gouvernance ou institutionnelle. Il faut avoir des bonnes institutions pour mieux gérer les corridors de transport en s’assurant que la régulation est là.
.. Est-ce que les corridors peuvent permettre à l’Afrique de briser les difficultés dans la mobilité des personnes et la circulation des marchandises ?
… Pour nous l’objectif d’un corridor, c’est de faciliter la mobilité et la connectivité des personnes et des biens. En Afrique malheureusement, on a un constat qui est tel que la multi modalité fait une offre d’infrastructures diversifiées, notamment sur la route, le chemin de fer, l’aviation et également les transports fluviaux ne sont pas très développés. On a encore plus de 90 % des personnes qui bougent par la route et également les marchandises. Les 10 % qui restent, ce sont ceux qui font la multi-modalité, on fait allusion aux chemins de fer, aux voies navigables, aux maritimes et à l’aérien. Cela est insignifiant. Dans d’autres continents, il y a un équilibre qui est trouvé entre tous les différents modes de transport. En Afrique, cela est très déséquilibré. On utilise trop les routes avec les poids lourds. Avec cette fréquence des poids lourds, les routes exigent beaucoup de maintenance soutenue. L’entretien routier devient un facteur de challenge pour nous en Afrique, raison pour laquelle on doit diversifier les modes de transport pour que les routes tiennent leur endurance prévue dans la conception initiale. On est en train de tout faire pour pouvoir améliorer tout ce qui est multi- modalité et faciliter la mobilité urbaine et la mobilité des personnes et des biens. Il y a aussi la connectivité aérienne. L’Afrique représente 2,7% en termes de trafic aérien du monde. Sa population qui utilise ce mode de transport n’est qu’à 18,9 %. Il y a un déséquilibre. Cela montre qu’en Afrique on ne voyage pas beaucoup dans les airs à cause de beaucoup de contraintes. Il faut qu’on utilise ce mode. C’est pourquoi la Banque africaine de développement a lancé l’initiative pour l’aviation à travers un programme de transformation de l’aviation intégrée en Afrique qui cherche à régler cette problématique. Pour les chemins de fer, la Banque a fait de très importants projets pour que les chemins de fer deviennent en Afrique comme étant un moyen de transport très important. La Banque est en train d’intensifier les efforts pour relancer les réseaux ferroviaires délaissés.
.. Est-ce que la ZLECAF pourra marcher si la circulation n’est pas possible ?
… Je suis entièrement d’accord. Il y a plusieurs facteurs qui jouent. Nous venons de parler de la question infrastructurelle et la question de facilitation de mobilité comme le visa en Afrique, il reste un goulot d’étranglement.
.. Quel impact économique si l’Afrique peut investir dans les corridors ?
… L’impact économique est énorme, parce que les chemins de fer, les routes et les corridors dans lesquels la BAD et les autres bailleurs investissent énormément contribuant à l’amélioration des infrastructures.
.. La BAD en que conseiller technique des Etats africains, que dites-vous à propos du surendettement des pays africains ?
… La question de l’endettement de nos pays, est une question qui est traitée avec la plus grande diligence. Je pense que les pays en sont conscients. La Banque africaine de développement a fait beaucoup dans ce domaine en conseillant nos pays et en proposant des modalités de financement beaucoup plus innovants qui vont faire de sorte que la dette africaine ne soit plus une contrainte. Il y a beaucoup d’actions que nous menons dans ce sens-là pour aider les pays. Il faut un recyclage d’investissements de l’Etat dans les infrastructures publiques. Il est vrai qu’il y a beaucoup d’épargnes en Afrique par exemple les ressources dans les fonds des pensions, des assurances etc. Le Fond africain de développement (FAD) va nous aider à mobiliser et à capter ces ressources et à les diriger vers les activités productives pour que les Etats soient aussi désengagés et soulagés dans les programmes des investissements publics.
Propos recueillis par Philippe BANZ







