En Afrique francophone, l’habitude est prise. L’émulation entre les dirigeants joue à fond. Et pourtant, dans le cas du Sénégal, étudiant la vie du Président Senghor que j’ai dénommé «le démocrate mal aimé», je remarquai que bien qu’il fut moqué par quelques artistes et écrivains engagés comme David Diop et Wole Soyinka parce que chantre de la négritude, il fut aussi le premier des pères fondateurs à mettre son pays, le Sénégal, sur la rampe de la «démocratie». Il n’a pas attendu le discours de La Baule et les injonctions du Président Mitterrand.
Mais il avait choisi de borner cette démocratie en limitant d’office le nombre des partis politiques. Inspiré peut-être par l’exemple américain. Il n’autorisa que trois partis. Ce qui relevait d’une certaine sagesse pour ne pas courir trop vite mais surtout pour éviter ces partis alimentaires ou ethnico-claniques pléthoriques qui pullulent dans de nombreux pays d’Afrique.
Certes, l’Afrique est diverse et variée et plusieurs Etats membres, surtout anglophones et lusophones, ont réglé le problème de façon satisfaisante, à leur manière, selon leur histoire, leurs coutumes, leurs traditions et leur niveau de développement.
Je pense au Botswana, à l’Ile Maurice, à Madagascar, au Ghana, à l’Afrique du Sud, au Nigeria et à une dizaine d’autres à peine. Dans mon livre «20 ans au service de l’Afrique. Ecrits et témoignages», j’ai cité un cas insolite. C’est celui de la Zambie post Kenneth Kaunda. Le Président Frederick Jacob Titus Chiluba qui voulait un troisième mandat en 2002, avait été combattu par des membres de son gouvernement et de son parti le Mouvement pour la démocratie multipartite (MDD), mais surtout des femmes. Des femmes ministres qui ne craignaient pas d’organiser des rassemblements populaires au grand jour pour s’exprimer sur la question et dénoncer cette tentative de leur patron. Leur courage et leur intégrité m’avaient impressionné ainsi que leur loyauté envers les institutions et le respect de la loi suprême, la Constitution, d’autant plus que leur action était désintéressée et n’avait pour soubassement que leur patriotisme.
Aucun de ces combattants et militantes pour le respect de la Constitution ne tira profit de la victoire, puisque le Président Chiluba recula et quitta le pouvoir à la fin de son mandat légal. Ce fut un opposant, Levy Patrick Mwanawasa qui lui succéda en 2002, avec plus ou moins de bonheur. Mais depuis, la règle des deux mandats est toujours respectée à Lusaka.
Il faut reconnaître que dans le monde, la tentation du 3ème mandat reste omniprésente. Parions que les Sénégalais félicités et donnés en exemple comme de bons élèves de la «Démocratie» ne vont pas se désavouer!

Gustave Pana ZOULA

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