Plus que quelques jours et nos enfants renoueront avec l’école. Comme toujours dans notre pays, les problèmes vont être les mêmes que ceux de l’an dernier et de l’année d’avant : manque de salles de classe, retard de paiement surtout pour les enseignants vacataires, cherté de la vie, pas de déploiement des enseignants à l’intérieur, absence de salaires pour les parents, etc… Nous en serons réduits aux bricolages de toujours et, donc, aux tricheries de toujours. La tendance n’a pas encore gagné du terrain, mais elle s’annonce ravageuse : il faut payer pour faire admettre son enfant dans un collège, surtout en cachant un bulletin scolaire valide.
Tout se passe comme si l’argent suppléait tout désormais; que la légalité ne veut plus rien dire. Pour faire passer son enfant en classe supérieure, quelques billets de banque suffisent. A la fin de l’année, le papa qui a sorti son chéquier pour financer les études de son fils paresseux sera tout heureux de dire : « mon fils, n’a fait que des moyennes exceptionnelles partout où il est passé » ! Ben, voyons ! Quelle moyenne exceptionnelle n’atteindrait-on pas dans ce Congo de magouilles ! Mais les parents se battront becs et ongles pour «infiltrer» leurs enfants dans tous les programmes du monde où se manifestera un peu de sérieux. C’est un tamis. Le filtre qu’ils n’ont pas pu faire faire par les études.
Je parle de l’école, mais j’aurais tout aussi bien pu parler des différents concours d’entrée aux différents cursus. Y faire accéder son enfant à la liste officielle des candidats relève désormais du parcours du combattant. Les sommes à sortir sont faramineuses. Même dans les écoles privées, il faut aligner des billets de banque, en plus des montants «normaux» fixés pour l’accès aux établissements ou aux différents concours. Tout se passe comme si l’école ne valait plus rien. Un simple moment d’ennui pour des gamins qui ne savent plus même écrire leur nom ou compter jusqu’à 10 !
Nous déployons des trésors de persuasion pour rendre chaque enseignant, chaque directeur d’école, les surveillants ou les censeurs et jusqu’à l’agent de nettoyage de l’établissement, perméables à la tentation de l’argent. J’imagine que dans quelques années, nous serons mis en face de personnages affichants des brevets de pilotage, mais ne sachant pas distinguer un hélicoptère d’un avion ! Nous devrions nous accoutumer à l’idée de ces médecins qui parlent un français boîteux, sous prétexte qu’ils n’ont pas suivi une filière littéraire : « Je leurs ai dit ». Nous aurons des diplômes ; pas forcément le savoir qui va avec.
Albert S. MIANZOUKOUTA
