Il est inhabituel, dans les relations entre les deux Congo, qu’un litige aille jusqu’à l’effusion de sang et le kidnapping de soldats. Il est tout autant inhabituel que la République Démocratique du Congo reconnaisse d’avoir mal agi et fasse amende honorable. C’est pourtant ce que les incidents de Makotimpoko du 26 août dernier ont permis d’avoir. Dans un monde de violence et de méfiance, la recherche de solutions apaisées et apaisantes n’est plus de mise depuis fort longtemps. Le Président Tshisekedi a bravé les interdits ; il est venu à Brazzaville dire que de tels actes d’un autre temps ne sont plus à perpétrer : «je regrette». Merci.
Le Président de la République Démocratique du Congo a promis de rencontrer les victimes de cet incident et d’indemniser les familles des disparus dans les affrontements qui avaient été déclenchés, semant confusion et désarroi surtout au Congo. Il est rassurant que deux pays qui partagent une longue frontière fluviale, n’en viennent pas aux mains à la moindre broutille ni ne laissent les morts et les disparus à l’abandon de l’histoire. Merci donc, Président Tshissekedi; merci de faire plus que tirer l’oreille à vos soldats : faire manger des sandales à des soldats, n’est pas la meilleure manière de garder une frontière !
Ceci dit, nous répétons que même en famille, on ne peut bâtir la paix et l’harmonie à coups de petits crimes ou de meurtres plus ou moins spectaculaires. Nous ne bâtirons aucune Afrique prospère en nous entourant de tensions sanguinolentes. La fraternité que nous vantons depuis les années 1960 est trop émaillée de cette multitude d’incidents qui ne font aucun bien au vivre ensemble en famille. Patrice Emery Lumumba nous traitait de «Petit Congo» (ce qui, dans l’absolu, n’est d’ailleurs pas faux !), mais qui, dans la montée des fièvres de cette époque-là, n’était pas flatteur pour nous. Crise des expulsions par Tshombé; crise à l’Ile Mbamou obligeant les présidents Mobutu et Ngouabi à jouer les pompiers; crise récente des expulsions dans le sens Brazzaville-Kinshasa («Mbata ya ba Nkolo»), etc… : cela commence à en faire beaucoup pour des peuples qui se disent frères.
Notre incompétence nous a réduits à un rôle de «gardiens du fleuve» que nous acceptons avec le sourire; mais il ne serait pas juste que nous soyons assimilés à des moins que rien. Et comme tels, que la promesse du Président Tshissekedi ne soit pas suivie d’effet. Sinon, nos peuples qui se côtoient tous les jours, se rappelleront toutes les péripéties passées, des flammèches pourraient alimenter les éventuels brasiers de demain.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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