Faisant partie des Invités de la phratrie congolaise qui s’est déroulée du 28 au 31 octobre 2025 à Brazzaville, l’écrivain Emmanuel Boundzeki Dongala qui réside actuellement en France, nous a accordé une interview dans laquelle, il évoque son actualité, ses projets et prodigue des conseils aux jeunes qui veulent devenir écrivains.

*Que retenez-vous du déroulement de la phratrie congolaise ?

Emmanuel Boundzeki Dongala
Emmanuel Boundzeki Dongala

**Je crois que c’est un évènement qui a réussi. Le noyau de tout ça c’était autour de Sylvain Bemba et Sony Labou Tansi, et autour de ça, nous avons agrégé tous les autres qui ont constitué la phratrie, c’est-à-dire les aînés comme les Tchicaya Utam’si, et puis ceux qui les ont suivis comme les Tati Loutard, Henri Lopès, Guy Menga, Maxime Ndebeka, Letembet Ambily, Pindy Mamonsono, etc. Donc ça a été vraiment une grande célébration, et j’ai été très honoré que les organisateurs aient bien voulu m’associer à ça, et m’inviter.

*Résidez-vous toujours aux Etats-Unis, et continuez-vous à dispenser des cours à l’université?
**Je suis vieux maintenant, j’ai pris ma retraite il y a trois ou quatre ans je crois. Pour le moment, je me suis installé pendant quelques moments en France, et puis bon, pour me lancer dans certains projets, donc voilà. Je continue à travailler même si je suis vieux et voilà. Je suis en train de regarder avec bienveillance, de suivre ce que fait la jeune génération, écrivains et artistes. Je ne vais pas vous donner mon âge, je vais vous donner l’âge que j’aurais l’année prochaine comme ça, ça sera plus important. Eh bien, l’année prochaine, même si vous ne croyez pas j’aurais 85 ans, je suis né en juillet 1941,

*Que devenez-vous?
**Physiquement je vieillis comme tout le monde, j’essaye de vieillir, mais pas de trop de souffrances quoi. Mais, littérairement, je crois que je vais continuer à travailler jusqu’au moment où je ne pourrais plus. En ce moment, je prépare quelque chose que j’espère finir cette année, pour que ça paraisse l’année prochaine.

*Et quel est votre dernier ouvrage en date ?
**C’est ‘’La sonate à Bridgetower‘’, c’est le dernier que j’ai écrit. Moi, je n’écris pas beaucoup, il y a des gens qui tous les deux ans sortent un livre, mais moi, je sors un livre, tous les trois, quatre et même cinq ans.

*Que pensez-vous de la littérature congolaise actuelle?
**Il n’y a plus rien à dire, c’est reconnu, c’est célébré, et nos écrivains sont traduits dans toutes les langues. Moi, par exemple, je suis traduit dans une douzaine de langues, donc, la littérature congolaise a vraiment sa place aux côtés de la littérature universelle.

*Auriez-vous un conseil à l’endroit des jeunes écrivains, où à tous ceux qui veulent se lancer dans l’écriture?
**Le conseil est simple, je n’aime pas donner des conseils, mais là comme c’est vraiment minimum, je dois leur dire: de lire beaucoup, lire les autres; travailler; travailler; travailler. Quand on a son manuscrit, le relire, le revoir, etc. L’inspiration c’est bien, mais c’est juste une petite part, le reste c’est le travail. Si non tout le monde est inspiré, si tu as une idée, et tu ne te mets pas à l’écrire, et bien rien ne sortira, si non, le travail c’est devant ton ordinateur, et devant ta feuille de papier. Voilà les deux conseils, beaucoup lire, partager ce que l’on fait avec les autres, et retravailler ses textes, les revoir.

*En guise de conclusion, que diriez-vous?
**Je déplore tout simplement que les officiels de la culture de notre pays, ne se soient pas impliqués dans cette fête de la phratrie congolaise. C’est un peu dommage, parce que ça aurait été une très grande fête. Je souhaiterais qu’on continue à célébrer la phratrie, pas peut-être sous la même forme, mais sous d’autres formes. Il y a plusieurs formes: on peut faire un festival uniquement dédié au théâtre, à la littérature, le mélange de poésie, de chants. Je souhaite que ça continue, et que les jeunes puissent avoir le courage de faire cela. En fait, la volonté est là, mais ce sont les moyens qui font défaut, parce que sans les moyens de l’IFC, je ne pense pas qu’on aurait organisé cet évènement. Bon, on critique, on défend les Français d’accord, mais, si nous ne mettons pas les moyens par exemple-là, il sera difficile de réaliser un tel projet. Voilà!

Propos recueillis par
Alain-Patrick MASSAMBA

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