Le Congo est membre de l’accord portant création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) depuis mars 2018. Les instruments de ratification ont été déposés auprès de la Commission de l’Union africaine, à Addis-Abeba, en Ethiopie, en 2019. Dans un entretien accordé à notre rédaction, le directeur général du Commerce extérieur, Alain Bayeni, nous éclaire sur l’évolution de la mise en œuvre de cet accord au Congo et présente l’intérêt que revêt ce marché commun africain pour le pays.

*M.le DG, pouvez-vous nous édifier sur les mesures traduisant l’application de l’accord sur la ZLECAF par le Congo?

**Le pays a d’abord ratifié l’accord pour s’engager légalement à le mettre en œuvre. Le dépôt des instruments de ratification auprès de la Commission de l’Union africaine a finalisé cet engagement. Ensuite, une commission nationale de suivi et d’évaluation de la mise en œuvre de la ZLECAF a été mise en place par décret du Premier ministre chef du Gouvernement. Ce document comporte trois structures: le Comité de coordination présidé par le Premier ministre; le Comité technique présidé par le directeur général du commerce extérieur et le Secrétariat permanent. L’Accord est effectif depuis le 1er janvier 2021, mais notre pays n’a pas encore ouvert ses frontières douanières. Nous avons obtenu auprès de la Commission de l’Union Africaine un moratoire pour un délai de dix ans, de 2021 jusqu’à 2031. Ce qui fait que les pays qui sont déjà prêts ne peuvent pas pour le moment venir vendre chez nous sans payer les droits de douanes.

*Quel est l’objectif principal de la ZLECAF?
**C’est supprimer progressivement les droits des douanes. Les Etats africains ne commercent pas suffisamment entre eux en raison de ces barrières, avaient constaté les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Africaine. Ces droits et taxes sont élevés. C’est pourquoi, ils ont décidé de créer des mécanismes pour que l’on casse ces freins, ces blocages. A côté de l’UE et des Etats-Unis, l’Afrique reste le seul continent où les échanges commerciaux ne dépassent pas les 30 %, quand bien même l’Accord de la ZLECAF a été signé en 2018 et est entré en vigueur en janvier 2021. Nous sommes en 2025, nos échanges commerciaux au niveau de l’Afrique n’ont pas encore dépassé les 30 %. L’objectif, selon les chefs d’Etat, c’est de faire en sorte que d’ici 2030 les échanges commerciaux intra–africains puissent dépasser les 30 %.

*Comment le pays peut-il être efficace au sein de ce marché africain?
**La République du Congo a élaboré sa stratégie nationale 2021–2030. Elle a pour objectif principal d’accroître le volume des échanges commerciaux du Congo avec le reste des pays africains. Le Congo doit beaucoup produire d’ici 2030, afin d’exporter vers d’autres pays africains. En 2030, lorsque nous ouvrirons les barrières douanières, les autres pays viendront vendre chez nous sans payer les droits des douanes. Si nous ne faisons pas en sorte de produire beaucoup, nous subirons les exportations des autres. Nous devons booster la production locale dans tous les domaines pour que les Congolais puissent vendre le surplus de ce que consomme le pays localement pour nous permettre de gagner des revenus. En produisant beaucoup, on crée des emplois.

*Comment vous y pensez-vous pour encourager la production et le développement des entreprises congolaises?
**Sur instruction du ministre d’Etat, ministre du Commerce, une démarche consistant à échanger avec les opérateurs économiques de notre pays a été mise en œuvre. Nous l’avons fait à Pointe-Noire et Brazzaville. Il nous reste d’aller dans la partie septentrionale, à Ouesso et Owando, notamment là où il y a aussi des opérateurs économiques pour leur dire que la population cible de la ZLECAF c’est eux qui produisent des biens et services. Le ministère du Commerce a élaboré la politique de l’Etat, il les accompagne dans la sensibilisation et la vulgarisation. Cette stratégie a un plan d’action qui implique non seulement le ministère concerné, mais aussi les autres ministères sectoriels dans l’augmentation de la production de biens et services. Le ministère du commerce a échangé avec la chambre de commerce à travers des journées d’échanges pour les sensibiliser à modifier leur modèle économique face aux exigences de la ZLECAF.

*Quel message d’espoir lancez-vous pour que les Congolais ne soient pas que des consommateurs des produits extérieurs?
**Le Gouvernement est en train de prendre un certain nombre de réformes. Dans son projet de société, le Président de la République a inscrit deux dossiers phares: l’industrialisation et l’agriculture. J’ai confiance que d’ici 2030 la tendance sera renversée.

Propos recueillis par
Philippe BANZ

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