Son lancement officiel sera consacré par un séminaire, le jeudi 22 octobre 2026 au Kempinski Hotel, autour d’une question décisive pour le pays : comment passer de la rente pétrolière à la rente climatique et forestière ? Le paysage intellectuel congolais s’enrichit d’une nouvelle institution. Fondé et présidé par Aimé Dieudonné Mianzenza, docteur d’État ès sciences économiques et Président du Centre d’Études Stratégiques du Bassin du Congo (CESBC), l’Institut Congolais pour l’Économie du Climat (ICEC) entend faire de l’économie climatique et forestière du bassin du Congo un champ de souveraineté scientifique et de décision congolaise. Sa devise tient en trois verbes : «Penser, former, négocier».

La fin annoncée d’un modèle
Depuis des décennies, les économies d’Afrique centrale reposent sur une architecture rentière adossée aux hydrocarbures et aux industries extractives. Ce modèle, bien décrit par la théorie de l’État rentier (Beblawi, Luciani) et par les analyses du «syndrome hollandais», a produit une croissance volatile, une diversification limitée et une vulnérabilité chronique aux cycles des cours mondiaux des matières premières.
Or le bassin du Congo détient un actif d’une tout autre nature. Deuxième massif forestier tropical de la planète, il constitue un puits de carbone déterminant pour l’équilibre climatique mondial. La montée en puissance des financements climatiques internationaux (REDD+, Initiative pour la forêt de l’Afrique centrale – CAFI, marchés du carbone, échanges dette-nature, Tropical Forest Forever Facility lancée à la COP30 de Belém) ouvre la voie à ce que le fondateur de l’ICEC appelle une «rente carbone-forestière», susceptible de prendre progressivement le relais d’une rente pétrolière déclinante.
La République du Congo occupe dans cette transition une position singulière : pays pétrolier historique, elle est aussi une puissance forestière. Mais le basculement ne se fera pas spontanément. Il exige une capacité scientifique propre à la sous-région, capable de produire une connaissance rigoureuse, de peser dans les négociations internationales et de former la relève. C’est cette capacité que l’ICEC ambitionne d’incarner, afin que les décisions engageant l’avenir du bassin du Congo ne reposent plus uniquement sur une expertise extérieure.

«Faire de l’économie climatique et forestière du bassin du Congo un champ de souveraineté scientifique et de décision congolaise, au service d’une transition vers une économie diversifiée et durable.»
La vision de l’ICEC

Une approche résolument économique
Là où la plupart des acteurs abordent la forêt et le climat sous l’angle de la conservation ou de la biodiversité, l’ICEC les traite comme des variables de politique économique : rente, fiscalité, financement du développement, absorption du capital. L’institut revendique une niche précise, l’analyse économique de la transition de la rente pétrolière vers la rente climatique et forestière dans les économies rentières d’Afrique centrale.
Il introduit notamment une distinction encore rarement formalisée dans la sous-région : la rente forestière classique rémunère l’exploitation (bois, filières), tandis que la rente climatique rémunère la conservation (carbone évité, paiements pour services environnementaux, conversion de dette). L’arbitrage entre ces deux rentes, dans les politiques d’aménagement et de zonage, constitue l’un des axes de recherche propres à l’institut.
Institution scientifique et de plaidoyer à but non lucratif, l’ICEC se situe à la charnière du monde académique et de l’action publique. Il se veut une expertise indépendante, complémentaire de l’action de l’État sans lui être subordonnée, et partenaire scientifique des bailleurs plutôt que simple prestataire. Sa gouvernance – statuts, manuel de gouvernance, politique de genre et d’inclusion – a été conçue pour garantir son indépendance vis-à-vis de ses financeurs et pour pouvoir s’étendre, à terme, aux six pays de la COMIFAC.

Quatre missions, trois axes
L’institut articule son action autour de quatre missions : l’étude et la recherche, le plaidoyer, la formation et la publication. Ses travaux s’organisent selon trois axes thématiques.
Le premier porte sur la transition de la rente pétrolière vers l’économie climatique : analyser les conditions macroéconomiques et institutionnelles du basculement, à partir de l’expérience comparée du Congo, du Gabon, de l’Angola et de la Guinée équatoriale.
Le deuxième concerne la finance climatique et les mécanismes innovants : documenter les instruments mobilisables pour le bassin du Congo et accompagner les pouvoirs publics dans leur négociation et leur mise en œuvre.
Le troisième est consacré à la gouvernance publique et à l’exécution du Plan national de développement (PND) : sécuriser le taux d’exécution, le suivi budgétaire et la redevabilité des politiques publiques qui engagent la transition.

Un institut qui ne part pas de zéro
L’ICEC ne naît pas d’une simple annonce. Il s’adosse à un écosystème déjà constitué : le Centre d’Études Stratégiques du Bassin du Congo (CESBC), fondé en 2005, et sa maison d’édition CesbcPresses. Surtout, il peut se prévaloir d’un socle intellectuel publié entre mai et septembre 2026 : six ouvrages consacrés à la gouvernance climatique dans le bassin du Congo, à l’économie du palmier à huile face aux marchés mondiaux (deux volumes), à l’absorption du capital en République du Congo, à l’agriculture dans les économies de rente (Gabon, Congo, Angola, Guinée équatoriale), publié en français, en espagnol et en portugais, et aux famines en Afrique.
Des collections éditoriales structurées («École congolaise d’économie», «Femmes, Droits & Sociétés»), une note conceptuelle de type GCF Readiness adaptée au contexte congolais et des travaux doctoraux en cours sur une Banque congolaise d’investissement et de développement complètent ce dispositif. Ces six ouvrages seront présentés et dédicacés la veille du lancement, le mercredi 21 octobre, formant avec le séminaire un événement scientifique et institutionnel de deux jours.

Le 22 octobre, trois panels au Kempinski
Le séminaire de lancement se tiendra le jeudi 22 octobre 2026, de 9 h à 16 h, au Kempinski Hotel de Brazzaville. Après la cérémonie d’ouverture officielle, trois panels thématiques déclineront les axes de l’institut.
Le panel 1, «Transition de la rente pétrolière vers l’économie climatique», posera une question centrale : cette transition peut-elle s’opérer sans reproduire les pathologies de l’économie pétrolière – captation externe de la valeur, faible absorption du capital, fragilité budgétaire – ou constitue-t-elle au contraire une occasion de rupture? Les échanges dette-nature du Gabon (2023) et l’opération congolaise annoncée à la COP30 serviront de repères.
Le panel 2, «Finance climatique et mécanismes nnovants», interrogera l’écart persistant entre les engagements annoncés et les décaissements effectifs, ainsi que les conditions de crédibilité des échanges dette-nature, des marchés du carbone et de l’article 6 de l’Accord de Paris.
Le panel 3, «Gouvernance publique et exécution du PND», examinera pourquoi les plans nationaux de développement souffrent d’un faible taux d’exécution et à quelles conditions un pilier «rente climatique» pourrait être effectivement sécurisé, suivi et rendu redevable.

Un fondateur rompu aux questions de planification
Docteur d’État ès sciences économiques de l’Université de Clermont-Ferrand (1980), Aimé Dieudonné Mianzenza a notamment servi au Commissariat général au Plan, puis comme directeur des études et de la planification au ministère des Finances et du Budget, et comme conseiller de ministres. Enseignant à l’Université de Brazzaville de 1981 à 1995, il a également été consultant international pour la Banque mondiale, le FIDA et l’UNOPS. Ses recherches récentes portent sur le passage de la rente pétrolière à la rente carbone-forestière en Afrique centrale.

Un appel aux partenaires
Autorités gouvernementales, corps diplomatique, partenaires techniques et financiers, universités, confessions religieuses, société civile et organisations environnementales sont invités à prendre part à ce rendez-vous. L’ICEC y sollicitera une reconnaissance institutionnelle, des partenariats scientifiques et académiques, le financement de ses programmes et le relais de ses travaux auprès des réseaux internationaux spécialisés.
Pour ses promoteurs, la cérémonie du 22 octobre marquera un point de bascule : le passage d’une initiative scientifique portée par son fondateur à une institution publiquement reconnue, au service d’une transition vers une économie congolaise diversifiée et durable.

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