Le Président de la République a eu la bonne idée de rappeler que ce que nous disons doit être suivi d’effet. Et que nos intentions les plus ferventes se heurteront toujours à la dureté de la réalité. Oui : proclamer que l’indépendance n’est pas seulement le fait de couper des entraves historiques ou diplomatiques ; elle doit être nourrie par le concret de la vie. Parler est un fait, mais proclamer que nous devons produire nous-mêmes ce que nous consommons pour être véritablement indépendants ne s’arrête pas là. Chaque année, nous importons en masse ce que nous mangeons, alors que l’étendue de nos terres est insolente de disponibilité. Depuis le temps que nous le scandons, nous devrions avoir intériorisé qu’acheter à tout-va, jusqu’à la moindre aiguille alors que nous parlons de nous développer, et même de le faire à cadence soutenue, ne veut rien dire si nous lançons des slogans et que nous dormons le ventre vide.
La fête de l’indépendance, le 15 Août, va entrer dans le rituel de la répétition. Cette année encore, nous nous gargariserons de belles paroles, à défaut d’une conscience nationale qui soit autre chose que des slogans de soutien au Président de la République et à sa majorité. Nous ne sommes visiblement pas encore sevrés de l’asoviétisation des esprits ; nous continuons à tout attendre de l’Etat. Et dans cet esprit, même le producteur de manioc, de banane ou de safou en viendra bientôt à réclamer un droit d’entrée dans le Plan national de développement. Déjà handicapée par un manque visible d’infrastructure, la production de haricot ou de banane continuera à pourrir sur pied.
Nous le disions la semaine passée : qu’est-ce qui distinguera cette année de l’année dernière ? Le Président de la République a eu la présence d’esprit de rappeler les projets non-aboutis de notre candeur révolutionnaire. « Autosuffisance alimentaire d’ici à l’an 2000 » : il n’en a rien été, 26 ans plus tard. Nous n’en prenons pas même le chemin. Nous aurons beau nous gaver de slogans, nous continuerons à marquer le pas tant que notre agriculture en restera à ne pas nous nourrir à grande échelle. Un peuple qui ne produit pas ce qu’il consomme n’est pas libre. Puisque nous ne produisons pas ce que nous mangeons, nous ne sommes pas libres. L’indépendance en battant le pavé, nous connaissons, il nous faut maintenant passer aux foires agricoles effectives et à l’engagement du secteur privé congolais dans l’agriculture.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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