Condamné samedi 9 août dernier à 20 ans de prison ferme et à verser un milliard de francs CFA de dommages et intérêts à l’Etat tchadien, l’ancien Premier ministre et leader du parti d’opposition Les Transformateurs, Succès Masra, a adressé un message empreint de détermination à ses partisans: «Je vous retrouve très bientôt».
Le verdict du tribunal a reconnu l’opposant coupable de «diffusion de messages à caractère raciste et xénophobe» et de complicité de meurtre dans le cadre des violences intercommunautaires de Mandakao, survenues le 14 mai 2025 et ayant causé la mort de 42 personnes. Ses avocats dénoncent une «parodie de justice», tandis que le gouvernement insiste sur l’indépendance de l’appareil judiciaire et appelle au respect des décisions rendues.
A l’annonce de la sentence, Succès Masra a gardé son calme et affiché un sourire. Au siège de son parti, surnommé le Balcon de l’espoir, drapeaux, chants et pleurs se mêlaient à l’hymne national. La vice-présidente Claudia Hoinaty a lu une lettre du leader du parti: «Je suis en prison et je vous retrouve très bientôt. Je ne suis pas loin de vous. Que Dieu vous guide dans la sagesse». Succès Masra y précise que, durant son absence, la direction du parti sera assurée de manière collégiale autour de Bedoumra Kordjé, ex-vice-président de la Banque africaine de développement et ancien ministre tchadien de la Planification et de l’économie.
Les discours se sont succédé, souvent ponctués de références bibliques. «Ne soyez pas tristes. N’ayez pas peur des militaires qui nous entourent», a dit en substance le vice-président Sitack Yombatina, relatant une conversation entendue à la sortie du tribunal: «Vous allez régler ça entre vous, les politiques».
Interrogé sur les implications politiques de cette condamnation, Remadji Hoinathy, chercheur principal à l’Institut d’études de sécurité (ISS), évoque deux scénarios: «D’abord, un coup dur pour Les Transformateurs, privés de leur figure fondatrice et charismatique. Ensuite, la question de la perception du procès: sera-t-il vu comme une procédure injuste et politique? La détention de Masra pourrait-elle, paradoxalement, raviver la sympathie populaire à son égard, malgré une popularité qui semblait en déclin»?
Gaule D’AMBERT







