A l’occasion de la commémoration du 55e anniversaire de la mort de Mgr Théophile Mbemba, premier archevêque congolais de Brazzaville, sœur Marie Brigitte Yengo, supérieure générale de la Congrégation de Notre-Dame du Rosaire, a animé le jeudi 11 juin 2026 en la Cathédrale Sacré-Cœur de Brazzaville, une conférence sur «Mgr Théophile Mbemba, premier archevêque congolais de Brazzaville: vocation, mission et témoignages».

Au cours de cette cérémonie agrémentée par la chorale Théophile Mbemba de la paroisse Saint Michel de Ngangouoni, sœur Marie Brigitte Yengo a fait la dédicace du livre qu’elle a écrit à ce sujet. C’était en présence de Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou, archevêque métropolitain de Brazzaville, des prêtres, des religieuses, des fidèles laïcs et des parents de l’archevêque défunt.

La couverture du livre

Dans sa communication, l’initiatrice de cette cérémonie dite «Journée portes ouvertes» a passé au peigne fin la vie de Mgr Théophile Mbemba, père fondateur de leur Congrégation, de la naissance, au séminaire jusqu’à l’épiscopat. L’objectif de cette Journée était de faire redécouvrir la vie, l’action, l’œuvre, la vision et la figure de ce grand bâtisseur aux générations actuelles et futures.
Publié aux éditions LMI de Pointe-Noire en mai 2026, cet ouvrage de 142 pages et préfacé par Mgr Anatole Milandou, archevêque émérite de Brazzaville est un condensé de onze témoignages, des enseignements et des homélies prononcées pendant son épiscopat. Il est composé de onze chapitres qui évoquent le parcours de Mgr Théophile Mbemba, de la naissance à la mort. La conférencière a fait un réquisitoire sur les vertus qu’incarnaient le premier archevêque congolais de Brazzaville, à savoir la vocation, la mission et le témoignage. Un pasteur plein de sagesse, de clairvoyance, de fermeté et de discrétion. C’est un ouvrage qui vient éclairer et approfondir l’héritage pastoral de ce grand bâtisseur de l’Eglise de Brazzaville, né le 6 mai 1917, dans le village Mpiaka (Mfilou) dans les encablures de Brazzaville, devenu aujourd’hui Ngamoukassa. De Joseph Bounkazi et de Marie Malounga, d’une fratrie de sept enfants dont il occupait le cinquième rang. Sœur Marie Brigitte Yengo décrit sa jeunesse, à commencer par ses études, jusqu’à l’épiscopat en passant par le sacerdoce. «Le jeune Théophile Mbemba fréquente l’école catholique de Kindamba puis l’école Sainte Jeanne d’Arc juste derrière la Cathédrale Sacré-Cœur à Brazzaville, à l’âge de 10 ans. Ses sacrements: (baptême, le 13 juin 1925; l’eucharistie, le 2 mai 1926 et la confirmation, le 30 juin 1926), son parcours au séminaire de Mbamou, d’Akono et de Yaoundé au Cameroun, de théologie au Gabon, en compagnie de Fulbert Youlou, Benoit Gassongo, Raphaël Ndangui et Louis Loubassou». De ces cinq prêtres, deux émergèrent vers de grandes responsabilités. Il s’agit des abbés Théophile Mbemba, premier archevêque noir du Congo Brazzaville et coadjuteur de Brazzaville, avec droit de succession de Mgr Michel Bernard, de 1961 à 1964; puis archevêque congolais de Brazzaville, de 1964 à 1971 et Fulbert Youlou empruntant d’autres chemins devient maire de Brazzaville, puis président de la République (1959-1963). Tandis que l’abbé Benoît Gassongo promu évêque auxiliaire de Mgr Emile Verhille de Fort-Rousset (Owando) fut sacré à Rome en 1965. Ensuite, sœur Marie Brigitte Yengo s’est appesantie sur les grandes œuvres qu’il a réalisées durant son épiscopat.
Mgr Théophile Mbemba, porteur d’une mission historique
Lorsque le Pape Jean XXIII appelle l’abbé Théophile Mbemba à l’épiscopat, l’objectif est clair: Préparer l’avenir de l’Eglise du Congo en favorisant l’émergence d’un clergé local, capable de prendre en main sa destinée. Mgr Théophile Mbemba s’est consacré avec détermination à la formation des prêtres, des religieux, des religieuses et des laïcs engagés. Bien que court, son épiscopat fut marqué par une vision pastorale audacieuse de grand bâtisseur.

Mgr Théophile Mbemba,
bâtisseur acharné de l’Eglise de Brazzaville

Bien que son épiscopat soit relativement court, il a réalisé plusieurs projets, notamment le développement de la briqueterie de la paroisse Notre-Dame du Rosaire de Bacongo; les fermes de Comba (actuel Kingoyi) et Mfilou; plusieurs villas locatives destinées à soutenir financièrement le clergé et les séminaires; l’imprimerie Saint-Paul, le garage de l’archevêché; la menuiserie de Kinsoundi; le nouveau séminaire Libermann de Kinsoundi, devenu aujourd’hui les grands séminaires de théologie Cardinal Emile Biayenda et de philosophie Mgr Georges Firmin Singha; l’instauration des ministres extraordinaires de la communion; le développement des messes anticipées du samedi soir; l’encouragement du mouvement œcuménique; le soutien aux catéchistes bénévoles; la création des centres de formation chrétiens pour les jeunes. Au niveau éducatif, avec la nationalisation des écoles confessionnelles en 1965, il a défendu avec force et détermination les biens de l’Eglise et le personnel enseignant religieux. Il crée le collège de Bacongo, afin d’accueillir les élèves exclus du système scolaire officiel (ce qui correspond aujourd’hui à l’école spéciale). De toutes ces réalisations, plus rien n’existe aujourd’hui. Au niveau sanitaire, il a accepté l’installation des Centres des polios et d’appareillage, ainsi que les dispensaires dirigés par les religieuses dans plusieurs villages notamment à Linzolo tenus par les sœurs de Saint Joseph de Cluny. Aussi, a-t-il favorisé l’entrée de nombreux jeunes dans les séminaires et encourager les vocations féminines.
Sa vision prophétique
La conférencière a ensuite relevé que l’héritage légué par Mgr Théophile Mbemba est avant tout spirituel, pastoral et missionnaire. Il crée deux Congrégations religieuses diocésaines: Religieuses congolaises du Rosaire et les frères de Saint Joseph et du Cœur Immaculée de Marie. Depuis le dernier chapitre tenu en 2023, les Religieuses Congolaises du Rosaire se nomme désormais Religieuses de Notre-Dame du Rosaire. Elles ont cinq écoles: Saint Théophile de Kintelé; séminaire Saint Jean de Kinsoundi (baptisé maison Mgr Théophile Mbemba); Paroisse Saint Théophile de Ngamoukassa (une concession familiale de Mgr Théophile Mbemba, légué par son neveu à l’Eglise). Aussi, a-t-il écrit trois lettres pastorales: La première, celle de novembre 1969 sur l’avortement, afin de préserver, de donner et de protéger la vie; la deuxième, celle de février 1970 sur le développement et la troisième, le 27 février 1971 sur les conditions de vie des veuves et des orphelins. Grand musicien, il a composé plusieurs chants, aujourd’hui fredonnés par de nombreuses chorales.
Pour clore sa communication, sœur Marie Brigitte Yengo a invité les prêtres, les religieux et religieuses, les fidèles laïcs engagés, à être des missionnaires, des visionnaires, des serviteurs de Dieu pour travailler en symbiose pour le partage, la solidarité et le respect mutuel. Aussi, a-t-elle interpellé la nouvelle génération de bien appréhender l’héritage laissé par Mgr Théophile Mbemba. Malheureusement, sa vision a été vite interrompue, puisqu’il a été rongé par la maladie qui l’a conduit à la mort. «C’est le lundi 14 juin 1971 que s’achevait le pèlerinage sur terre de Mgr Théophile Mbemba à l’âge de 54 ans, après avoir été admis à l’hôpital général de Brazzaville, le 13 mai 1971. Ses funérailles eurent lieu le 15 juin 1971 en la Cathédrale Sacré-Cœur après la messe célébrée par le Cardinal Joseph Malula, archevêque de Kinshasa (République du Zaïre). En présence de Mgr Emile Biayenda, archevêque coadjuteur de Brazzaville».
Pour sa part, l’abbé Christophe Maboungou, recteur du grand séminaire de philosophie Mgr Georges Firmin Singha, qui a eu le privilège de faire une critique de cette œuvre littéraire, a articulé son intervention sur trois axes: «La relecture historique de l’ouvrage (parcours sacerdotale jusqu’à l’épiscopat)»; «l’architecture de l’ouvrage avec ses onze chapitres et sa vision pour le développement de l’Eglise de Brazzaville»; «les clés herméneutiques ou grille de lecture».
Après la conférence et la dédicace du livre par l’auteure, Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou a adressé ses félicitations à la sœur Marie Brigitte Yengo pour cette œuvre dont les générations actuelles et futures se serviront davantage. Il a rendu hommage à ses prédécesseurs dans l’épiscopat, qui ont œuvré pour le développement de l’Eglise locale de Brazzaville. Enfin, il a invité et exhorté le peuple de Dieu présent à cette «Journée portes ouvertes» de répondre à l’appel aux dons à travers une souscription lancée pour la construction de l’église Cardinal Emile Biayenda à la montagne qui porte son nom, après la pose de la pierre le dimanche 22 mars 2026 lors de la commémoration du 49e anniversaire du don de sa vie pour l’aménagement du sanctuaire Emile Cardinal Biayenda. «Plusieurs fonds sont possibles selon la situation de chacun, résident au Congo ou à l’étranger. Les missionnaires ont fait leur époque en construisant des édifices un peu partout et qui font la fierté de notre Eglise locale et de notre pays, à l’instar du lycée Chaminade et bien d’autres structures. Aujourd’hui, Rome a fermé les vannes et les subsides d’autrefois ne sont plus disponibles. Donc, chrétiens de Brazzaville construisez votre propre Eglise en offrant divers dons. Les numéros de compte sont ouverts à l’Economat diocésain, situé à la Cathédrale; à la Mucodec (Compte Archidiocèse de Brazzaville); au Crédit du Congo (Compte construction sanctuaire Emile Biayenda); Par Mobile Money (Momo) sur 06 778 39 45; Airtel money (AM) sur 05 689 29 53; Par virement Bancaire: Mucodec, Crédit du Congo et par chèque.
Pour les chrétiens désireux et les personnes de bonne volonté, la souscription est à retirer au secrétariat de l’archevêché. Ces numéros sont accessibles sur WathsApp. Merci d’avance de votre générosité et de votre soutien», a-t-il indiqué.
Selon les témoignages recueillis au cours de cette «Journée portes ouvertes», le corps de Mgr Théophile Mbemba n’a jamais séjourné à la morgue de l’hôpital général de Brazzaville. Aussitôt décédé, sa dépouille a été exposée en la Cathédrale Sacré-Cœur pour la veillée, le recueillement, les chants et la prière. Le dernier prêtre ordonné par Mgr Théophile Mbemba fut l’abbé Denis Ngambanou, d’heureuse mémoire.
A signaler que sœur Marie Brigitte Yengo est supérieure générale de la Congrégation de Notre-Dame du Rosaire; présidente de la Fondation Cardinal Emile Biayenda (FOCEB); administratrice de la gestion des biens de la Cause de béatification et de canonisation du Cardinal Emile Biayenda; directrice générale des Centres des polios et d’appareillage de Brazzaville; présidente de l’union féminine des Congrégations autochtones de l’Afrique centrale (UFCAAC) et médecin de formation. Elle a fait ses études supérieures en France et aux Etats-Unis d’Amérique, notamment, à l’university of Health Sciences de Lombard-Chicago. Elle en sort avec le diplôme de Docteur en Chiropractie, Docteur Honoris Causa de Bénédictine University, USA, Dr en Sciences Humaines, Illinois, USA.
Depuis le 20 février 1977, sœur Marie Brigitte Yengo s’est consacrée à Dieu, dans la Congrégation fondée par Mgr Théophile Mbemba.

Pascal BIOZI KIMINOU

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