Élu dès le premier tour avec 94,82 % des suffrages exprimés, Denis Sassou-Nguesso s’apprête à prêter serment et à être investi comme Président de la République, Chef de l’État, après la proclamation des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle. Quels défis doit-il prioritairement relever pour que ce nouveau quinquennat ne se limite pas à une simple continuité de la précédente mandature ?
La lutte contre la corruption et la fraude demeure un défi majeur.
Parmi les priorités immédiates figurent la garantie d’un approvisionnement électrique durable et la résolution des pénuries récurrentes d’eau potable, la lutte contre le chômage des jeunes, l’amélioration du niveau de l’enseignement, le paiement régulier des pensions et des bourses étudiantes.
Le Premier ministre, que le Président nommera après son investiture, devrait être un technocrate, un homme d’action davantage que de promesses, un responsable de terrain plutôt que de bureau. Le peuple attend avec impatience de connaître ce choix. Le premier exercice démocratique du Gouvernement sera la présentation de sa politique générale au Parlement, politique qui devra s’appuyer sur le programme de société du Président, «Accélérons la marche vers le développement».
De nombreuses familles espèrent également un geste d’apaisement: l’amnistie. Il est coutume qu’un Président entrant exerce un acte de pardon en direction de compatriotes en conflit avec la justice. Beaucoup de Congolais, y compris des acteurs politiques, sont encore concernés par des procédures judiciaires; certains détenus attendent leur procès au-delà des délais légaux. Une grâce présidentielle accompagnée de remises de peines et de libertés contribuerait sans doute à détendre le climat socio-politique.
Après la formation du Gouvernement, un moment crucial pour la stabilité politique face à tant d’appétits , le Chef de l’État et son Premier ministre devront s’atteler rapidement à sortir le pays de la crise économique et financière. Ils devront lutter contre le tribalisme et le régionalisme, la discrimination, les enrichissements illicites, la gabegie et les détournements de fonds.
Il serait fâcheux que la troisième République démarre sous le signe des grèves: le Gouvernement privilégiera-t-il le dialogue social ou la répression? Le Président doit aussi mettre fin aux souffrances des populations du Pool, toujours marquées par les traumatismes des violences passées. Il est souhaitable que le Gouvernement s’attaque au quotidien des Congolais en réduisant le train de vie de l’État, en révisant le fonctionnement des institutions pléthoriques coûteuses, notamment les conseils consultatifs (femmes, jeunes, personnes handicapées).
Le nouvel exécutif ne jouira pas longtemps de l’état de grâce en matière socio-économique, par exemple. Il lui faudra revaloriser le pouvoir d’achat des agents de l’État, redynamiser les secteurs sociaux-éducatifs, la santé, la culture, la sport; soutenir l’artisanat, l’agriculture et l’entrepreneuriat, et accélérer la diversification de l’économie nationale en s’appuyant sur des actions concrètes et des bases déjà posées.
Pour atteindre ces objectifs, le Gouvernement devra mobiliser les financements nécessaires et démontrer une gestion transparente et efficace.
Sur la scène internationale, face aux critiques concernant le processus démocratique, le Congo devra renforcer sa diplomatie et son système de communication pour crédibiliser son action.
Cinq ans sont une période courte: le Président devra demander à son Gouvernement d’agir vite pour relancer une économie aujourd’hui au ralenti. Il est impératif de restaurer la confiance des investisseurs en rétablissant un climat propice aux affaires. Le Congo entre dans une nouvelle ère; il faut que le départ de cette mandature soit réussi pour éviter de retomber dans les pesanteurs du passé.
Les Congolais attendent un Gouvernement renouvelé, pas la répétition des mêmes visages dont certains ont montré leurs limites. Ils ne veulent pas d’un Gouvernement composé par affinités, mais d’une équipe d’union nationale, représentative de toutes les forces politiques et sociales qui ont soutenu la réélection du Président.
Cyr Armel YABBAT-NGO







