La Coupe du monde de football bat son plein dans les trois pays co-organisateurs. C’est une compétition inédite qui se déroule dans un contexte de tensions mondiales et sous la férule d’une série d’événements eux aussi inédits. Tensions ? Le mot est faible : guerre entre les Etats-Unis, pays co-organisateur et l’Iran, pays participant, dont les joueurs sont sommés de quitter le territoire états-unien à la fin de chaque match: inédit ! La police américaine de l’immigration fait le ménage dans les rues pour expulser les clandestins. Inédit aussi. Tout comme est inédit cet assemblage hétéroclite du Canada, du Mexique et des Etats-Unis pour organiser ces joutes.
L’image du sport unissant les nations sortira probablement écornée de cette compétition mondiale lorsque, le 19 juillet prochain, les deux pays finalistes recevront la coupe du vainqueur et celle du challenger. A peine la guerre entre eux finie, l’Iran et les Etats-Unis sont plongés dans d’âpres négociations destinées, assure-t-on, à ramener la paix dans la région tourmentée du Moyen-Orient. Quelle paix vivra ce monde après cette 23è Coupe de football, qui aura brassé 48 sélections nationales (dont 10 africaines) ? On le verra dans quatre semaines. Contentons-nous de ce que, même les dirigeants les plus retors dans un monde qui s’extrême-droitise, aient consenti à marquer une pause le temps de refroidir les grenades.
Le monde en avait bien besoin : le multilatéralisme a bel et bien volé en éclats. Les solidarités anciennes ont du mal à prendre la parole en public. Les conférences des experts sur les épidémies, les guerres ou la dette mondiale se terminent rarement désormais par des communiqués apaisants. Les nouvelles les plus anxiogènes courent les fora. Le droit international ne veut plus rien dire, ni le droit, pour chaque peuple, à disposer de lui-même. Tu es fort ? Mesure-toi à moi. Tu es faible ? Tu n’as même pas de terres rares pour te protéger, d’uranium, ou de pétrole ? Tant pis : le monde appartient aux seuls puissants. Ôte-toi du chemin, le cortège de gloire est fait pour les seuls triomphateurs. Et l’Afrique, faible des faibles, regarde et pleure sur elle-même.
En juillet prochain, nous saurons s’il existe au moins un droit des faibles à dribbler et à marquer des buts. Contre les puissants préférablement. Ou entre les faibles entre eux, sans que nous soit rappelé le devoir de nous taire devant les puissants. Dans l’Aventure ambiguë, Cheikh Amidou Kane parle de ceux qui ont appris à vaincre sans avoir raison. Nous sommes de ceux qui ne vainquent pas, et qui n’ont jamais raison de toute façon. C’est pourquoi des espaces comme celui qui, tous les quatre ans, organise une compétition sportive entre nations sont précieux. Pour souffler un peu.
Albert S. MIANZOUKOUTA
