Une fois de plus la diplomatie congolaise vient s’affirmer comme étant au service du bien. L’annonce par le Président de la République d’une exemption de visa d’entrée pour les étrangers africains voulant venir au Congo à partir du 1er janvier 2027 est tout simplement quelque chose de bien. Nous ne pouvons pas, à longueur de fora, crier à la fraternité et à la solidarité africaines sans les mettre en actes, au moins de temps en temps. Il y a une certaine grandeur qui se dégage des pays qui pratiquent déjà une telle ouverture contrôlée des frontières en Afrique.
La RDC, le Maroc, le Ghana, le Rwanda, le Kenya, le Bénin, le Gabon, le Cameroun (dans la CEMAC) et bien d’autres ont activé cette solidarité responsable. Dans un monde qui ne vit plus de cette fraternité et de cette solidarité prônées avec vigueur par le Pape Léon XIV notamment, mais considérées par certains occidentaux comme un manque de réalisme, il n’est pas inutile de rappeler que nous sommes hommes et femmes ayant vécu le même destin de chaînes et de crachats, chosifiés au point de nous distinguer à peine des choses et des bêtes. C’est preuve de responsabilité que de dire aux autres frères et sœurs que nous pouvons vivre une humanité sans frontières. Et partager notre misère.
Mais dans le même temps, ce trait d’humanité insigne invite aussi à tourner notre regard vers nous-mêmes. A l’intérieur. Geste de grandeur qui ne doit pas être réduit par les lamentations de citoyens. Pas de ceux qui gémissent à l’extérieur du pays et qui ne reçoivent pas l’assistance attendue d’une représentation nationale affirmée. A l’intérieur du pays, l’obtention du document de voyage, le fameux passeport, est d’une telle difficulté que bientôt il sera difficile de distinguer en quoi le Congolais peut jouir de son droit de citoyen au Congo. Déjà, à la descente de l’avion à Maya-Maya on vit la frustration de se voir traités pour moins que rien devant les étrangers fortunés qui ont la préséance.
Que cela ne nous arrête pas dans l’élan d’être de tous les combats pour fonder et consolider notre Afrique. Hier, c’était pour la lutte contre l’apartheid et la libération de Nelson Mandela. Aujourd’hui c’est pour la matérialisation de la ZLECAF: il nous faudra poser les jalons de sa mise en œuvre, pas seulement de proclamer les slogans vers son lancement. Mais, dans le même temps, ne négligeons pas le Congolais qui devrait être au centre de cette générosité. Attendre son tour au guichet d’un hôpital ; être reçu avec amabilité dans un commissariat de police; ne pas devoir jouer des coudes ou du portefeuille pour faire figurer le nom de son fils sur une liste de concours ; ne pas attendre un an pour un passeport ou une carte d’identité : tout cela passe par la reconnaissance de la dignité reconnue au citoyen. Il nous faut tenir parole et respecter le Congolais chez lui.
Albert S. MIANZOUKOUTA
