L’Association technique internationale des bois tropicaux (ATIBT) œuvre depuis plus de 70 ans à la promotion de la gestion responsable des bois tropicaux, de la forêt jusqu’au marché. L’ATIBT se porte bien, a rassuré son Représentant au Congo, Alain Bertin Tiotsop, dans une interview à La Semaine Africaine.
*Peut – on savoir comment se porte votre organisation ?
**Nous disons humblement que l’Association se porte très bien. Son siège est à Paris en France. Grâce à l’accord de siège signé en mai 2015 avec la République du Congo, nous avons pu ouvrir nos bureaux à Brazzaville. Nous avons démarré nos activités au Congo au cours du troisième trimestre de l’année 2018. Jusqu’à ce jour, les activités se déroulent très bien. Nous avons mené beaucoup d’actions d’appui technique au secteur privé en termes de communication/marketing, de veille juridique et informationnelle, de sensibilisation, de formation et de coaching et de plaidoyer. Sur le plan international, l’association se porte également à merveille, car le nombre de membres va de plus en plus croissant. A ce jour, l’organisation compte environ 165 membres à travers le monde. Il faut préciser que parmi les membres, il y a les Etats, dont la République du Congo. En Afrique, on compte également la Côte d’Ivoire, la République Centrafricaine et la République du Gabon. En plus des Etats, l’ATIBT compte parmi ses membres, divers acteurs de la filière bois, notamment : les entreprises forestières certifiées tierce partie (respectueuses de bonnes pratiques), les organisations de la société civile, les bailleurs de fonds, les bureaux d’études.

*En Afrique, on ne compte que ces pays ?
**Il faut dire que pour l’instant ce sont les principaux membres en tant qu’Etats. Ce n’est pas facile pour un pays d’intégrer une association, fut-elle internationale. C’est même une grande première. C’est assez rare parce qu’à la base, c’est une association technique qui regroupe les structures qui sont dans domaine purement technique. Aujourd’hui, le politique accompagne le technique. C’est une question de souveraineté gouvernementale. L’ATIBT entretien de bons rapports avec l’ensemble des Etats de la sous-région, au travers ses membres qui y sont présents. D’ailleurs, l’ATIBT mène les activités dans pratiquement tous les pays du bassin Congo. Au Cameroun par exemple, l’ATIBT est dans une démarche pour ouvrir les bureaux, pour permettre une bonne mise en œuvre des projets. L’ATIBT compte quelques membres en RDC. Les Etats de la sous-région Afrique centrale sont régulièrement conviés aux réunions stratégiques, via les ministères de tutelle en charge des forêts.

*L’ATIBT a quels rapports avec les processus qui se développent au Congo comme l’APV/ FLEGT et les autres processus ?
**L’ATIBT est un acteur clé de la mise en œuvre de l’accord de partenariat volontaire (APV) avec les pays du Bassin du Congo et l’Union européenne. L’une des missions principales de l’ATIBT est de fédérer l’ensemble des entreprises forestières via les syndicats existants pour leur meilleure implication dans le processus de mise en œuvre de l’APV-FLEGT. Contribuant ainsi à l’amélioration de la gouvernance forestière, à la gestion responsable des ressources forestières de manière inclusive, participative et transparente. Le secteur privé forestier et la société civile sont des acteurs incontournables du processus APV-FLEGT.

*Au regard du rythme de l’exploitation forestière, est-ce que les bois tropicaux connaissent une diminution?
**Au niveau du Bassin du Congo, le secteur forestier compte parmi les secteurs dont les activités sont encadrées par les lois et réglementations. Le cadre réglementaire évolue régulièrement en fonction des enjeux tant au plan national qu’international. Le rôle de l’ATIBT, étant de promouvoir la gestion durable et responsable des forêts tropicales sur toute la chaîne, nous pouvons vous rassurer sans risque de nous tromper que grâce à l’ATIBT et d’autres acteurs, les forêts tropicales continuent à être gérées de manière durable et responsable, si l’on s’en tient au nombre d’arbres sur pied prélevés à l’hectare (exploitation sélective, avec environ 2 pieds/ha). Pour le cas de la République du Congo, six entreprises forestières sont certifiées gestion durable et légalité, pour une superficie forestière d’environ 5 200 000 ha (ce qui représente un record absolu), d’autres entreprises sont engagées dans le processus d’aménagement et de certification de leurs concessions forestières. Donc, cette superficie devrait évoluer rapidement au cours des prochaines années. Le processus d’aménagement forestier, de gestion durable des forêts et certification, contribue à une meilleure conservation et préservation des écosystèmes forestiers.

*Quel est l’intérêt des forêts tropicales pour l’humanité ?
**Les intérêts sont énormes. C’est pour cette raison que nous insistons sur la notion de gestion durable et responsable des forêts. D’ailleurs, les forêts tropicales sont souvent considérées comme les « poumons verts de la terre », car elles produisent environ 20% de l’oxygène mondial.
Voici quelques intérêts clés :
– Sur le plan culturel les forêts tropicales représentent un foyer pour les communautés indigènes (peuple autochtone), qui dépendent de ces écosystèmes pour leur subsistance et leur culture ;
– Les forêts tropicales sont une source importante de bois, de nourriture, de médicaments et d’autres produits forestiers, notamment les Produits Forestiers non ligneux (il s’agit en effet des feuilles, des fruits, des écorces prélevées soit pour la consommation, soit pour la pharmacopée, soit pour la commercialisation) ;
– Sur le plan environnemental, les forêts tropicales absorbent et stockent le carbone, permettant ainsi de lutter efficacement contre les changements climatiques ;
– Les forêts tropicales abritent plus de 50% des espèces vivantes de la planète. Le potentiel des forêts tropicales n’est plus à démontrer.

* Votre association a organisé à la dernière semaine du mois de janvier 2026 à Pointe-Noire, un atelier réunissant les principaux acteurs de la chaîne de valeur du bois domestique, ainsi que les administrations concernées pour la construction d’un marché intérieur du bois légal et durable au Congo avec le financement de l’Union européenne. Cette rencontre a été inscrite dans quelle perspective ?
**Dans la dernière semaine du mois de janvier 2026, nous avons organisé un atelier à Pointe-Noire, regroupant l’ensemble des parties prenantes, les acteurs de la chaîne de valeur bois domestique dans le cadre d’un projet que l’ATIBT mis en œuvre en République du Congo, dont je suis le chef de ce projet. Il s’agit du projet « Appui au secteur privé, Marché Intérieur du Bois », financé par l’Union européenne qui vise à améliorer la compétitivité et la durabilité de la filière bois domestique. De manière générale, ce projet vise à rendre attractif et compétitif le marché intérieur du bois au travers la structuration de la filière bois domestique et le renforcement des capacités des acteurs de la chaîne de valeur. L’atelier multi-acteurs visait à mettre en place une stratégie pour construire un marché du bois légal et durable. Plus spécifiquement, favoriser les connexions entre les grandes entreprises forestières, les petites et moyennes entreprises, y compris les artisans menuisiers pour établir les partenariats gagnants-gagnants, afin d’améliorer l’approvisionnement du marché domestique en produits bois légal d’une part et d’autre part, encourager l’exploitation et l’utilisation des essences moins connues. Il est important de faire la promotion des essences peu connues pour encourager les artisans menuisiers à valoriser d’autres essences, afin de diminuer la pression sur les essences classiques/traditionnelles. D’où l’intérêt pour l’ATIBT de mener les recherches pour améliorer les connaissances sur les caractéristiques et les usages des essences peu ou pas connues, afin de diminuer la pression sur les essences commerciales. Le projet a une durée de quatre ans, mais nous avons déjà démarré la deuxième année de projet. Ce projet Marché Intérieur du Bois est une étape clé pour bâtir une filière bois nationale durable, compétitive et inclusive.

Propos recueillis par Philippe BANZ

Abonnez-vous à notre bulletin d'information

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici