Le 11 janvier 1994 eut lieu la première dévaluation du franc Cfa. Cette monnaie créée en 1945, héritée de la colonisation et regroupant 14 pays africains, a été de 50 %, à Dakar, au Sénégal. Elle avait perdu la moitié de sa valeur à la suite des mois de tractations. Le but visé était de faire gagner plus de compétitivité aux économies qui étaient en déclin pour trouver des solutions et encourager la consommation des produits locaux.

La plupart des pays africains étaient réfractaires, mais la France en tant que marraine de cette monnaie y tenai. Un franc Cfa valait désormais, non 50 francs Cfa, mais 100 francs Cfa adossé ensuite à l’euro. Pour les analystes, cette opération a été caractérisée par plusieurs facettes, les populations urbaines souffrent de la baisse de leur pouvoir d’achat et une hausse du pouvoir d’achat des paysans. Au regard du bilan, est-ce que cette dévaluation a eu des effets positifs pour le portefeuille des consommateurs africains ou pour les commerçants? Certains économistes estiment que la principale raison de cette dévaluation a été provoquée par l’absence de réserves des pays membres de la zone franc dans le compte d’opération à la banque de France ; la France n’avait pas joué son rôle de garante, qui est un rôle statutaire au sein de l’institution franc Cfa. Au cours des années 80, les coûts des matières premières étaient orientés à la baisse. Le dollar avait également connu une baisse, les taux d’intérêt avaient augmenté. Les Etats n’arrivaient plus à rembourser leurs dettes. Il fallait donc trouver une solution parce que la garantie du franc Cfa n’avait pas fonctionné. C’est à ce titre que d’autres économistes affirment qu’il est possible que le franc Cfa disparaisse un jour. La monnaie n’a plus aucune légitimité populaire et de crédibilité, même si on la défend. La dévaluation a coupé des ailes à cette monnaie. Les discussions de la dévaluation n’avaient pas mis du temps pour donner un caractère africain au franc Cfa. Certains économistes persistent qu’il est vital aujourd’hui que le franc Cfa acquière son autonomie. Les économies des pays de la zone franc sont très vulnérables. Les effets provoqués par le mécanisme de fonctionnement sont asymétriques, en faisant la lumière sur les dégâts dans les Etats membres de la zone franc, en raison de l’indexation de leur monnaie sur le franc français, aujourd’hui euro. Ainsi, on peut s’interroger si le franc Cfa n’est pas en perte de vitesse. Pourtant, avec le projet de l’éco, une monnaie que voulait lancer l’Afrique de l’Ouest, celle-ci devait fonctionner comme un francs Cfa, mais avec les pays qui n’appartiendraient pas à la zone Cfa. Ce projet ne doit pas intégrer la banque de France et il était hors de question pour les pays anglophones d’être arrimés à l’euro par une parité fixe. Le 32e anniversaire de la dévaluation dégage aujourd’hui des avis divers et même divergents sur la monnaie commune.
Philippe BANZ
