Prêtre de l’archidiocèse de Pointe-Noire, l’abbé Benjamin Samanou a soutenu avec succès, samedi 13 décembre 2025 à Brazzaville, une thèse de doctorat unique en philosophie de l’éducation, consacrée à l’analyse critique de la rationalité communicationnelle du philosophe allemand Jürgen Habermas. La soutenance s’est déroulée à l’Université Marien Ngouabi, devant un jury international, dans un contexte académique marqué par les débats contemporains sur la crise de la rationalité éducative et la nécessité de refonder les finalités de l’éducation.
Intitulée «Jürgen Habermas et la controverse épistémologique contemporaine sur rationalité et éducation. Une contribution à l’analyse des fondements de l’éducation», la thèse de l’abbé Benjamin Samanou s’inscrit pleinement dans le champ de la philosophie de l’éducation. Elle propose une réflexion approfondie sur les fondements théoriques et épistémologiques des pratiques éducatives à partir de la pensée habermassienne.
Partant du constat d’une crise de la rationalité dans les systèmes éducatifs contemporains, dominés par une logique instrumentale, technoscientifique et utilitariste, le nouveau docteur soutient que l’éducation tend à se réduire à une simple transmission de compétences techniques, au détriment de la formation intégrale de la personne humaine. Face à cette dérive, la recherche mobilise la théorie de l’agir communicationnel de Jürgen Habermas comme cadre critique et alternatif.
Selon l’auteur, la rationalité communicationnelle, fondée sur le dialogue, l’argumentation et la recherche du consensus intersubjectif, offre des ressources théoriques fécondes pour repenser les finalités de l’éducation, la relation éducative et les processus d’apprentissage. L’éducation apparaît ainsi comme un espace de construction de sujets autonomes, critiques et responsables, capables de participer activement à l’espace public démocratique.
Adoptant une approche philosophique et herméneutique, la thèse met en évidence les enjeux épistémologiques, éthiques et sociaux de l’éducation dans les sociétés contemporaines. Elle montre que l’école ne peut être pensée uniquement comme un lieu de performance ou d’adaptation économique, mais comme un espace de socialisation démocratique et de formation citoyenne.
Si un apport original du travail de l’abbé Benjamin Samanou réside dans la critique interne de la pensée de Habermas, l’auteur reconnaît cependant la portée émancipatrice de la rationalité communicationnelle. Il souligne que celle-ci tend à négliger la place de l’enfant comme sujet pleinement reconnu de la rationalité. La thèse plaide ainsi pour une éducation fondée sur la parole, la participation et la reconnaissance de l’enfant comme interlocuteur à part entière du processus éducatif.
En dialogue avec les traditions éducatives africaines, notamment l’art de la palabre, la recherche propose une vision inclusive et contextualisée de l’éducation. Elle montre que ces traditions constituent des espaces de rationalité communicationnelle déjà à l’œuvre, susceptibles d’enrichir les modèles éducatifs contemporains et de répondre aux défis spécifiques des sociétés africaines.
La soutenance a eu lieu devant un jury présidé par le Professeur Charles Zacharie Bowao, Pr des universités. La direction de la thèse était assurée par le Pr Augustin Mutuale de l’Institut catholique de Paris (France), avec la codirection du Dr Laurent Gankama, maître de conférences à l’Université Marien Ngouabi. Les rapporteurs externe et interne étaient le Pr Roger Mondoué de l’Université de Douala (Cameroun) et le Dr Michel Emile Mankessi de l’Ecole normale supérieure de Brazzaville. Le Dr Ghislain Thierry Maguessa Ebomé, maître de conférences à l’Université Marien Ngouabi, a également siégé au sein du jury comme examinateur.
Après délibération, le jury a unanimement décerné à l’abbé Benjamin Samanou le grade de docteur en philosophie de l’éducation, avec la mention très honorable assortie des félicitations du jury, saluant la rigueur scientifique, l’originalité et la portée intellectuelle du travail présenté.
Par cette thèse, Benjamin Samanou apporte une contribution significative au renouvellement critique de la philosophie de l’éducation, en montrant que la pensée de Jürgen Habermas, enrichie par les traditions africaines du dialogue, offre des perspectives solides pour une refondation humaniste et démocratique des pratiques éducatives contemporaines. Parmi les personnalités présentes, il y avait Mgr Abel Liluala, archevêque de Pointe-Noire et Mgr Urbain Ngassongo, évêque de Gamboma, vice-président de la Conférence épiscopale du Congo.
Gaule D’AMBERT et Darchevie Kette BONAZEBI (Stagiaire)

