Auteur prolifique d’articles de presse, dont bon nombre ont été publiés dans ‘’La Semaine Africaine’’, et d’un opuscule sur Savorgnan de Brazza (Pierre Savorgnan de Brazza, Totem et Tabous, MédiAfrique Editions, 2021), Lecas Atondi-Monmondjo, décédé samedi 14 juin 2025 au CHU de Brazzaville et inhumé mercredi 2 juillet à Owando. Il avait 85 ans. Ancien membre du Comité central du PCT sous la présidence Marien Ngouabi, ce fut une des figures marquantes de la Gauche congolaise des années 1970. Nous publions ici, l’hommage de Jean José Maboungou qui l’avait rencontré à son domicile de Moungali III, peu de temps avant son décès.

Je fis la connaissance de Lecas Atondi-Monmondjo, cet homme de conviction, au début des années 1970, du temps où celui-ci vivait à Brazzaville avec son épouse française Jane Molia. Il était entré au Comité central du Parti congolais du travail (PCT), après la tentative de coup d’Etat de Pierre Kinganga de Mars 1970 et s’affirma d’entrée de jeu comme une des figures marquantes de l’aile gauche de cette formation politique. A cette époque, si je ne me trompe pas, Lecas Atondi-Monmondjo, Camille Bongou, Benoît Moundélé-Ngollo, Alphonse Foungui, Jean-Pierre Assoua et quelques autres, formaient un groupe d’amis qui ne cessaient de se retrouver pour discuter de l’actualité politique ou pour résoudre un problème particulier qui pouvait se poser à l’un ou l’autre des membres du groupe. Nous qui étions leurs cadets, les observions avec une certaine admiration et je ne crois pas m’abuser, si je disais qu’ils apparaissaient à nos yeux comme un modèle de vie dont il convenait de s’inspirer.
Quand je revins à Brazzaville en 1985, après un assez long séjour en France, j’allai lui rendre visite alors qu’il était directeur général de la Librairie populaire. Nous discutâmes d’un peu de tout et il me posa la question de savoir s’il n’était pas préférable pour moi de rentrer en France, vu que les portes de la Fonction publique étaient désormais quasiment fermées pour la majeure partie des diplômés sortis des universités et autres établissements supérieurs, du fait de la mise en œuvre des nouvelles politiques d’ajustement structurel. «Je verrai bien avec le temps s’il me faut retourner en France», lui répondis-je sur le champ… Et au fil de la conversation, il me fit comprendre qu’il lui était impossible de me recruter à la Librairie populaire, vu que celle-ci fonctionnait à flux financiers tendus. Il me proposa cependant, en attendant des jours meilleurs, un poste de consultant moyennant une rémunération certes modeste mais qui me permettrait de subvenir à certains de mes besoins, et d’occuper mes journées plutôt que de languir dans un désœuvrement générateur d’angoisse et de désespoir. J’entrai donc à la Librairie populaire comme consultant. Mon travail consistait pour l’essentiel à éplucher les catalogues des éditeurs de France, afin de sélectionner les ouvrages susceptibles d’intéresser notre clientèle et de déposer les listes de livres au service commercial chargé de passer les commandes.
Je suis resté à la Librairie populaire durant plusieurs mois, accomplissant ma tâche dans un bon climat de travail, jusqu’en juillet 1987, date à laquelle Lecas-Atondi fut arrêté avec plusieurs cadres Kouyou, dont Jean-Michel Ebaka, ancien membre du CMP (Comité militaire du parti) et le colonel Henri Eboundit, pour participation à un présumé complot politique ayant pour chef de file le capitaine Pierre Anga qui, lui aussi, était un ancien membre du CMP. Cette arrestation entraîna de facto la fin de mon poste de consultant à la Librairie populaire.
Lecas-Atondi était à mes yeux un personnage authentique; il ne faisait pas partie de ces mignards, qui passent leur temps à vous séduire à travers les mots. Dans une discussion sérieuse, il évitait autant que faire se peut les contorsions et vous disait droit dans les yeux ce qu’il pensait. C’était un intellectuel engagé au sens exact du mot et un éveilleur de conscience, doublé d’un débatteur percutant et réfléchi, toujours respectueux de ce que l’autre pensait avec, par moment, des pics d’ironie et de saine provocation dans le flux des mots.
Il prit une part active au coup d’Etat de février 1972, comme on le sait, et sa participation n’avait pas été le résultat d’un acte irréfléchi, loin de là; à l’instar de nombre de ses compagnons politiques, il crut avec sincérité que l’insurrection de février 72 était un mouvement légitime du point de vue de l’option socialisante du PCT, parce qu’elle ouvrirait la voie à plus de justice sociale dans le pays. Et si, dans les jours qui suivirent l’échec de l’action de février 1972, il tenta de restreindre sa part de responsabilité dans l’organisation du coup d’Etat, ce fut-là, par pur réflexe de survie. Au reste, on ne comprendra jamais cette attitude, si on ne prend pas en considération le climat de terreur politique qui s’instaura après l’échec de l’insurrection de Diawara et de ses compagnons. Des années plus tard, il soutiendra l’idée selon laquelle l’action du 22 février 1972, s’était avérée légitime au plan politique.
Après 1972, il entre dans ce qu’on pourrait nommer une longue période d’hibernation politique qu’il va sagement mettre à profit: professeur de CEG de métier, il se remet aux études et décroche une licence en lettres modernes, laquelle sera suivie d’un diplôme d’études approfondies, obtenu à l’Académie de Rouen en France.
Il ne refera son apparition dans l’espace politique qu’à la Conférence nationale souveraine de 1991 aux côtés des membres de l’UP (Union pour le progrès) de Me Jean Martin MBemba. Le forum achevé, il émergera parmi les principaux animateurs des Forces du changement, la coalition de groupes politiques qui soutenait l’action du gouvernement d’André Milongo durant la période de transition (juin 1991-août 1992).
L’échec de la construction nationale dans notre pays occupe une place centrale dans la pensée politique de lecas Atondi-Monmondjo. Pour lui, la guerre civile de février 1959 eut pour conséquence de créer un traumatisme dans les populations, qui alimente la rivalité Nord-Sud et joue par conséquent en défaveur de la construction nationale.
Faisant allusion dans les colonnes même de ce journal (voir la livraison n° 4047 du 13 avril 2021), aux vociférations des miliciens nsilulu de Frédéric Bintsamou, alias Pasteur Ntumi, qui étaient entrés dans les quartiers Sud de Brazzaville en décembre 1998,
«… Nous allons battre à plate couture les combattants du Nord, comme lors de la guerre de 1959», Lecas Atondi remarque à bon escient: «La référence à cette guerre de 1959 par des jeunes, qui n’étaient même pas nés à l’époque, souligne combien dans les cerveaux, ce traumatisme a marqué la population congolaise et particulièrement entretient la rivalité Nord-Sud.»
A l’instar de nombre de dirigeants congolais ayant adhéré au marxisme-léninisme sous les régimes du MNR (Mouvement national de la révolution) puis du PCT, Lecas Atondi avait rompu avec la religion; une rupture qui se produisit dans un contexte idéologique, où se réclamer de la révolution prolétarienne et se rendre à l’église le dimanche pour y prendre l’hostie, apparaissaient comme une insoutenable incongruité, si on peut dire. Mais les années passèrent et c’est en catholique pratiquant imbu de piété qu’il a quitté ce monde.

Jean José
MABOUNGOU

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