Chaque jour qui passe, nous confirme que la violence, surtout juvénile, gagne du terrain. De jour en jour, nous devenons étrangers à nos rues, à nos enfants, à nos quartiers. Il est des moments où on se fait littéralement détrousser en plein jour, et où, oser se rebeller, c’est s’exposer à des exactions et à des humiliations violentes. Il est des rues ou des quartiers où, se promener ostensiblement avec un portable moderne, c’est presque signer son arrêt de mort. Brazzaville, surtout, se laisse gangréner par une violence d’autant plus inouïe que même les autorités publiques en sont réduites à n’en faire qu’un sujet d’échanges matinaux entre voisins, au pas de leur porte.
Et pendant ce temps, le mal ronge.
Nous ne connaissons pas ces phénomènes de gangs que nous découvrions au cinéma chez les autres. Il n’y a pas longtemps encore à la nuit tombée, aller de Kinsoundi à Talangaï ne relevait absolument pas d’aucune témérité. C’était normal. Aujourd’hui, cela friserait la folie pure ! A moto, en voiture et surtout à pied, le premier observateur vous dissuadera de ne pas tenter l’aventure. Vous cherchez une maison à louer? Renseignez-vous : à combien de kilomètres se situe la station de police ? L’hôpital et même, on ne sait jamais… la morgue ! Brazzaville de «harlemise» rapidement et chaque rue sombre se transforme en coupe-gorge décomplexé.
Pourtant, de temps en temps, la police tente quelques raids qui finissent pas démanteler quelque bande de fumeurs de chanvre, de trafiquants de tramadol ou de transformation des drogues dures. Vendues en pharmacie ou fabriquées localement, il y a dernière cette floraison de drogues pour la délinquance un florissant business, alimenté par une pauvreté qui ne veut pas dire son nom. Chacun veut en tirer sa part en numéraire pour améliorer le quotidien. Il y aura une première fois où son enfant, fille ou garçon, sera surpris en train de fumer; rentrera à la maison à une heure tardive; une première fois où il ou elle exhibera un téléphone de grand standing ou un sac de luxe voire une liasse de billets; une première fois où il fournira à manger à toute la famille et ce sera l’amorce de l’engrenage. On en oubliera la machette aiguisée sous son lit…
Albert S. MIANZOUKOUTA
