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DISPARITION DE TSHALA MUANA : Le mutuashi orphelin de sa reine

DISPARITION DE TSHALA MUANA : Le mutuashi orphelin de sa reine

Le monde musical de la République Démocratique du Congo est de nouveau en deuil. Après le saxophoniste Kiamuangana Mateta Verckys, en octobre dernier, il vient de perdre une autre icône: la chanteuse Tshala Muana, surnommée la Reine du Mutuashi ou encore Mamu nationale (maman de la nation). La virtuose artiste a tiré sa révérence aux premières heures du samedi 10 décembre 2022, à Kinshasa. Des suites d’une longue maladie. Elle était âgée de 64 ans.

Originaire du Kasaï occidental, Élisabeth Tshala Muana Muidikayi a vu le jour le 13 mai 1958, à Élisabethville (aujourd’hui Lubumbashi). Deuxième d’une fratrie de dix enfants, la chanteuse est devenue célèbre pour avoir modernisé et donné ses lettres de noblesse au Mutuashi, le folklore du peuple Luba.
C’est depuis l’enfance que la petite Elise, élevée par sa mère après avoir perdu son père à l’âge de six ans, chante à l’église du Camp militaire Kibembe, à Elisabethville, En 1967, l’adolescente s’installe avec sa mère à Luluabourg (aujourd’hui Kananga), où elle fait ses études primaires et une partie de ses études secondaires. Elle s’intéresse à la danse et à la musique de son terroir, le Kasaï profond. En 1976, elle atterrit à Kinshasa. Et tombe sous le charme des jeunes danseuses qui accompagnent les groupes comme l’Afrisa international de Tabu Ley Rochereau (Rocherettes), l’OK Jazz de Luambo Makiadi Franco (Majorettes) ou Les Redoutables d’Abeti Masikini (Tigresses).
En 1977, Tshala Muana débute sa carrière à Kinshasa, comme danseuse/choriste dans le groupe Tcheke Tcheke Love de Mpongo Love. Peu après, elle quitte cet ensemble musical et s’essaie à la chanson, en travaillant avec Laurent Galans et Rachid King. Ses chansons sont composées en tshiluba. En 1978, elle fait la rencontre d’Abeti Masikini. Sortie victorieuse d’un concours de révélation organisé par Gérard Madiata, elle est recrutée comme danseuse et choriste dans le groupe de cette diva. Déterminée à exploiter son talent de danseuse, elle rejoint l’effectif du groupe Minzoto Wela Wela, né des cendres de l’orchestre Minzoto ya Zaïre créé par le Père Buffalo. Au début des années 1980, Tshala Muana récolte un grand succès à l’extérieur du pays. Grâce au Mutuashi, qu’elle manie à la perfection, l’artiste conquiert notamment la Côte d’Ivoire et l’Afrique de l’ouest. Elle s’impose désormais comme une artiste de talent et impose le «mutuashi».
En 1990, Tshala Muana est intronisée Reine du mutuashi par les chefs coutumiers du Kasaï.Les soubresauts de la transition politique commencée cette année l’obligent à quitter Kinshasa pour s’installer à Paris. Bénéficiant de l’apport de Jojo Kashama, Chico Mawatu et Bibi Den’s, la chanteuse enrichit son répertoire avec plusieurs titres comme ‘’Malu’’, ‘’Nguma yanyi’’ ou ‘’Muamba’’. Ayant opté pour le show-business, elle va sortir 19 albums et faire le tour des grandes salles en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord.
Après une vingtaine d’années passées en France, Tshala Muana regagne la RDC. Elle s’engage en politique, épaulée par le président Laurent-Désiré Kabila. Puis, elle fonde l’association Regroupement des femmes congolaises (REFECO). De 2000 à 2002, elle siège comme députée au sein de l’Assemblée constituante et législative du parlement de transition (ACLPT). En 2003, la chanteuse renoue avec la scène. Sous l’encadrement de son manager Claude Mashala, qui deviendra plus tard son compagnon. Et elle met sur pied son groupe: Dynastie Mutuashi.
Les œuvres qu’elle produit pendant la décennie récoltent un grand succès et lui valent plusieurs distinctions en R.D.C. et à l’étranger. Grâce à «Dinanga» (Amour), par exemple, l’artiste décroche, en 2002, la palme de Meilleure vedette féminine de la R.D.C, décernée par l’Association des chroniqueurs de musique congolais (ACMCO). «Malu» (Problème), son 21e album enregistré et produit à Paris, lui vaut le prix de Meilleur artiste féminin aux Koras, en 2003. En 2004, la reine du mutuashi se produit à Brazzaville et à Pointe-Noire.
Une année après, elle est sacrée Meilleure artiste féminine au Bénin.Le double album qu’elle sort en 2006 lui vaut le surnom de «Mamu nationale» (maman nationale). L’artiste devient ensuite présidente de la Ligue des femmes du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) créé en 2002 par le président Joseph Kabila Kabange.En 2011, elle est battue aux législatives dans la circonscription de Kananga.Le 16 novembre 2020, Tshala Muana est arrêtée à Kinshasa par les services de l’Agence nationale des renseignements (ANR), après la mise sur le marché d’«Ingratitude», une chanson dans laquelle elle fait allusion au Président Félix Tshisekedi, en le traitant d’ingrat vis-à-vis de son prédécesseur, Joseph Kabila Kabange, qui l’a fait président de la République.
Quelques mois après son élargissement, la Mamu nationale est hospitalisée à Kinshasa, suite à une crise d’hypertension artérielle.
Ce qui la pousse à s’éloigner de la scène. La disparition de Tshala Muana est une grande perte pour la musique congolaise et africaine.
Adieu la reine!

Véran Carrhol YANGA

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Editorial

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