A l’occasion d’une conférence de presse qu’elles ont coanimée le mercredi 31 juillet 2024 au Centre d’information des Nations unies, à Brazzaville, plusieurs organisations de la société civile; l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH), la Commission épiscopale Justice et paix du diocèse de Brazzaville et le mouvement citoyen Ras-le-Bol, ont demandé au Gouvernement de revoir ses pratiques sur la liberté de manifestation.

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Les journalistes

Cette conférence de presse fait suite à l’arrestation, le 26 juillet dernier à la Primature, de trois activistes du Collectif des jeunes du Congo et de la diaspora (CJCD) ayant organisé une marche pacifique dite «Marche contre la misère» appelant à «la démission du Gouvernement pour incompétence». Il s’agit de Cédric Castellin Balou, premier responsable du Collectif ; Melvin Louwamou, chargé à l’organisation et de René Manaka, secrétaire à la jeunesse. Ils avaient été conduits et détenus à la brigade territoriale de la Gendarmerie au Camp Milice avant d’être relaxés 72 h plus tard.
Dans son témoignage Cédric Castellin Balou a exposé le motif de leur manifestation publique et décrit les conditions de leur détention, qu’il a qualifiées de très difficiles. «Le Gouvernement a montré ses limites. La plupart des projets n’ont même pas encore atteint 10 % de leur réalisation. La population ne fait que plonger dans la misère. C’est ainsi que nous avons organisé cette marche», s’est-il indigné. Autre raison: le refus opposé par la Préfecture à leurs tentatives d’obtention d’une autorisation de manifester. Cependant, «les organisations proches du pouvoir obtiennent facilement les autorisations de manifester». La marche a eu pour objectif «de demander au Gouvernement de prendre des mesures idoines pour juguler le chômage, le respect à la lettre de l’adresse du Chef de l’Etat sur l’année de la jeunesse».
Pour les responsables des organisations de défense des droits humains «cette arrestation et ces intimidations ne sont pas des faits isolés». Ils ont déploré que «plusieurs autres acteurs de la vie civile soient victimes, d’autant plus que la préfecture de Brazzaville ne délivre jamais les autorisations des marches, sauf pour les motions de soutien au Gouvernement».
Pour eux, «cette pratique honteuse des autorités traduit leur indifférence face aux principes démocratiques et leur volonté de réduire l’espace civique et de museler les défenseurs des droits de l’homme».
Dans leur déclaration, les organisations de la société civile ont recommandé au Gouvernement, entre autres, de revoir ses pratiques sur la liberté de manifestation afin d’accorder aux citoyens qui justifient d’un intérêt, des autorisations nécessaires et d’assurer la sécurisation du mouvement par la force publique. Elles ont aussi appelé les partenaires et missions diplomatiques à rappeler au Gouvernement ses engagements en matière de promotion des droits humains. «Nous, organisations de la société civile œuvrant dans la protection des droits de l’homme, avons pensé que c’était injuste que ces activistes subissent de tels faits. Il y aura une suite d’activités qui se feront en concertation avec toutes les organisations signataires de la déclaration», a fait savoir la directrice par intérim de l’OCDH, Nina Cynthia Kiyindou Yombo. «Nous allons travailler pour éveiller les consciences des Congolais pour que les gens sortent pour revendiquer leurs droits», a affirmé pour sa part Bertrand Ménier Kounianga, coordonnateur du mouvement citoyen Ras-le-Bol. La Commission épiscopale Justice et paix était représentée par son chargé des programmes, Estani Ikia.

Philippe BANZ

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