Ancien président des orchestres Bantous de la capitale et Bantous Monument de Brazzaville, et grand mélomane, Didier Kabala ‘’Hrubesh’’ réside depuis quelques années en France. Nous l’avons rencontré pour qu’il nous parle de sa passion pour la musique, des grandes actions menées dans les Bantous, avec quelques révélations, ainsi que sur ce qu’il pense de la musique congolaise actuelle.

*Didier Kabala ‘’Hrubesh’’, expliquez-nous, comment avez-vous contracté le ‘’virus’’ de la musique?
**Tout petit, je supportais l’orchestre Negro Band, mais tous mes frères étaient eux Bantous, voilà comment je suis devenu encore plus Bantous qu’eux. Tous les samedis soirs, je sortais de l’Ecole général Leclerc pour faire le ‘’ngembo’’ à la Cabane Bantous, au Plateau des 15 ans, un quartier de Moungali. Ma passion pour ce groupe, m’a conduit plus tard à en devenir président de 1982 à 1988, avant d’aller former l’orchestre Bantous Monument avec pratiquement les anciens musiciens des Bantous de la capitale, sauf Nino Malapet, Pandi Ben Saturnin et Nona Arthur.

*Pouvez-vous nous dire un mot sur l’orchestre Bantous Monument?
**Bantous Monument commence ses répétitions au mess des sous-officiers en 1989 et entre en scène en 1990. Il y a des choses que je ne peux pas dévoiler au risque de m’attirer la foudre de ma famille. Ce qui est sûr, je me suis très bien occupé de cet orchestre et des artistes. Exemple, pour Jerry Gérard qui avait quitté les Bantous pour Hydro Music, pour qu’il revienne, j’ai dû lui trouver du boulot à l’Intendance militaire, à la boulangerie militaire comme personnel civil à l’armée. J’ai fait de même pour Michel Moumpala ‘’Mick Michel’’ et Pambou Célio, celui-là même que nous avions découvert comme excellent chanteur dans les chansons de Papa Noël Nedule comme ‘’Bon samaritain’’, sans compter dans les enregistrements divers.

*Concrètement, qu’est-ce qui a été à l’origine de la création des Bantous Monument, et qu’en est-il de ses premiers pas?
**Bantous Monument est en chantier en 1989 et fait sa première sortie officielle en 1990 chez le général Yhomby-Opango après avoir lancé l’album ‘’Le divorce est consommé’’. La raison est simple, nous comité directeur, avions demandé au chef Nino Malapet de se débarrasser de certains musiciens pas à la hauteur des Bantous. Devant son refus, nous avions pensé le laisser avec ces musiciens. Ce que les gens ne savent pas c’est avec la bénédiction des co-fondateurs de l’orchestre Bantous et Pamélo que cela a été possible. Mais, avec Nino nous n’avions eu aucun problème, car c’était un grand monsieur avec qui j’entretenais des relations de fils à père ou de père en fils. En plus, nous avons fait de très bonnes choses ensemble, certaines ne sont connues que par les amis du bureau de cette époque. Je n’en dis pas plus.

*Quelles grandes actions avez-vous entrepris à la tête des Bantous Monument?
**C’est moi qui ai acheté les instruments de l’orchestre, qui payais les loyers des musiciens, qui entretenais certains musiciens. Bref, c’est trop de choses. J’ai produit trois albums avec le groupe ‘’Amour éternel’’; ‘’Hyppo’’; ‘’Le divorce est consommé’’; ‘’Batracien’’; ‘’Chimène’’; ‘’Lokoso Jeannot’’ et j’en passe!

*Souhaiteriez-vous un jour revivre cette exaltante aventure?
**Revivre cette expérience, c’est bien possible, mais pas maintenant. Je suis Bantous et je le reste. Nous sommes très unis les anciens de Bantous Monument, malheureusement beaucoup d’entre nous sont morts.

*Quels rapports entretenez-vous avec les Bantous actuels?
**Ils sont trop loin de nos attentes, et je les regarde de loin. Je te réserve une grande surprise d’ici la fin de l’année avec un artiste-musicien, ancien des Bantous Monument vivant en France, mais qui a séjourné à Brazzaville. Il s’agit de Saint Petro, qui a été produit par Ngapy et dont le produit est déjà sorti dans le style Bantous que nous affectionnons. Tu peux te rapprocher de lui et discuter avec lui, en écoutant ce produit. Tu m’en diras quelque chose. Tu auras d’ailleurs la primeur de la chanson qu’il a composée pour les 80 ans de Kosmos Moutouari, avec lequel il a fait un duo dans deux de ses compositions.

*Quel est votre point de vue sur la musique congolaise actuelle ?
**Je dirais simplement que, si la musique congolaise perd son originalité avec les Bantous de la capitale, ce sera la fin de notre musique.

Propos recueillis par
Alain-Patrick MASSAMBA

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