Au moment où se tenait à Brazzaville le Salon des métiers du bois (SAMEB), ‘’La Semaine Africaine’’ a rencontré Achille Tsiéta, consultant et point focal de la société CIB OLAM (qui existe depuis plus de 50 ans), leader de l’industrie du bois au Congo, un secteur en constante évolution et qui intègre de nouvelles technologies. Dans l’interview qu’il nous a accordée, il parle des métiers du secteur; estime que l’Etat ne fait rien contre les exploitants non agréés qui s’emparent des marchés locaux; se plaint de ce que les Congolais préfèrent encore les produits importés et plaide pour l’allègement de la parafiscalité.
*Comment développez-vous les métiers du secteur du bois au Congo?
**Nous avons une politique qui consiste à mettre en valeur l’exploitation forestière, la transformation du bois et la commercialisation des produits dérivés. La CIB (La Congolaise industrielle de bois) s’attèle à la transformation de sa production en mettant en place les unités de troisième transformation. Nous sommes arrivés à un niveau de transformation très poussé du bois. Malheureusement, l’absence de marchés nous conduit au surstockage. Le marché intérieur est faible. Par ailleurs, le coût de la certification ne permet pas de rendre nos produits compétitifs sur le marché local; il y a aussi la concurrence déloyale qui constitue un frein. Les besoins du marché local ne sont pas non plus connus par les grandes entreprises forestières.
*Que faites-vous pour développer l’attractivité des métiers de la forêt et du bois?
**La filière forêt-bois est une source importante d’emplois locaux et de revenus. Il y a des activités connexes. Nous mettons en place des initiatives pour améliorer la visibilité et l’attractivité des métiers, notamment auprès des jeunes, afin de susciter des vocations et d’attirer des nouveaux talents. Nous avons des écoles de formation sur place. La CIB accepte les stagiaires qui viennent se perfectionner. Tous ceux qui s’intéressent aux métiers du bois sont libres de postuler.
*Quelles activités organisez-vous pour promouvoir les métiers du bois?
**Le secteur comprend de nombreux métiers. Dans les sites de transformation des industries du bois, on trouve tous les métiers convergents. Vous trouvez des menuisiers et bien d’autres. Il y a tout un arsenal de professions autour de l’activité forestière.
*Quand vous proposez des meubles sur le marché, les Congolais sont-ils volontiers consommateurs?
**Cela est un problème. Cette phase intègre le marché intérieur du bois évoqué plus haut. Toutes les étapes de l’exploitation forestière d’une gouvernance de taille comme la CIB-Olam engage un coût différent de celui du bois abattu illégalement. Exemples: il y a un marché important des cercueils à Brazzaville. Il n’est pas alimenté par des entreprises industrielles, mais par des coupeurs non agréés qui cassent le prix du marché avec du bois illégal. Cela affecte le marché. La plupart des hôtels par exemple ont des meubles commandés en France. L’Etat peut faire une recommandation pour que les professionnels qui sont ici puissent acquérir des meubles fabriqués localement. Nous avons un bois de qualité pour faire de bons meubles et privilégier la consommation locale. A la 4e édition du salon des métiers du bois, on a tout exposé. On n’a pas reçu des commandes.
*Comment pouvez-vous rapprocher vos produits, jugés chers, de la bourse du Congolais moyen?
**Nous pouvons revoir notre politique, mais l’Etat doit prendre ses responsabilités. Nous avons du bois que nous pouvons mettre sur le marché local et pas sur le marché à l’exportation. L’Etat peut mettre en place une parafiscalité, de façon à créer un coût convenable. C’est-à-dire réduire le coût de production pour que ce bois soit prenable sur le marché local. Sachez que le bois légal coûte cher sur le marché local.
*Quel message adressez-vous aux pouvoirs publics ?
**C’est de rendre la loi flexible. Il faut une gouvernance appropriée au secteur forestier, parce que l’exploitation forestière engage beaucoup de coûts. Il faut encourager les entreprises qui sont dans un standard de légalité, de même encourager les Congolais à consommer local.
Propos recueillis par Philippe BANZ
