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MUSIQUE SACREE : «Au cœur de la messe» de l’abbé Jhudel Divin Malanda

Je propose ici une analyse de l’album «Au cœur de la messe» de l’abbé Jhudel Divin Malanda, prêtre de l’archidiocèse de Brazzaville, préparé et enregistré sous la direction d’Adrien Benaud Massamba.

D’emblée, chaque morceau est unique. De plus, l’ensemble, construit autour d’un ordinaire de la messe, présente une grande diversité, notamment grâce à la précision des voix et à la qualité du chœur réunissant des choristes de Brazzaville.
Les chants s’inscrivent pleinement dans leur vocation liturgique, avec des textes, des musiques et des arrangements adaptés à chaque moment, qu’il s’agisse de la prière (Kyrie, Agnus Dei) ou de la louange et de l’action de grâce.
Par ailleurs, les musiciens démontrent une belle entente en termes d’accords en privilégiant le collectif plutôt que la performance individuelle. Un point remarquable réside dans la construction orchestrale. En effet, certains accords répétés (ostinato harmonique) se superposent discrètement à l’harmonie du chœur parfois légèrement différente, créant ainsi une dynamique subtile sans altérer la qualité du chant. Cet équilibre transparaît particulièrement dans l’Agnus Dei avec un lead vocal bien réussi de l’abbé Jhudel («Mwan Meme», mon chant préféré) où la progression musicale I V II VI captive l’écoute et incite à la prière.
Il convient en outre de mettre en avant l’énorme contribution du trompettiste de renom May’s Bantsimba, tout comme le remarquable talent de Féodor Hervelin Locko, dont la place mérite d’être soulignée parmi les autres musiciens professionnels ayant enrichi cet album.
Féodor assure de brillantes parties d’orgue, de synthé et de piano. Ses arrangements raffinés subliment l’ensemble sans jamais l’alourdir. Ma méthode d’amplification progressive, que je lui ai récemment transmise pendant l’enregistrement de l’album Bariki Bwana, est parfaitement maîtrisée: ainsi, les instruments entrent graduellement, évitant toute lassitude.
Ces arrangements novateurs et variés s’inscrivent parfaitement dans l’élan d’ouverture que je souhaite voir grandir au sein de nos chorales du Congo-Brazzaville. C’est ainsi que l’avenir de notre Eglise pourrait s’inscrire dans une musique à la fois attentive aux besoins spirituels des fidèles et respectueuse de la liturgie. Par exemple, le chant «Gloria in excelsis Deo» illustre comment le latin peut s’articuler avec des rythmes modernes, comme le démontre déjà le chœur des Amis du grégorien de la paroisse Notre-Dame du Rosaire.
Dans cette perspective, le chant liturgique se conjugue avec les techniques de la chanson chrétienne, sans s’enfermer dans la nostalgie d’un passé idéalisé ni s’attacher à un conservatisme rigide. L’Eglise intègre ainsi différentes formes musicales à travers l’inculturation, en associant la musique classique, le chant grégorien, les traditions populaires ainsi que des éléments de pop louange et de jazz.
Il convient enfin de souligner le rôle essentiel joué par la prise de son et la post-production, œuvre des ingénieurs du son Guy Noël Kombo et Freddy Massaki. La qualité du mixage et du mastering renforce la cohésion entre les voix et les instruments, sans jamais éclipser le chœur ni étouffer les paroles.
Pour toutes ces raisons, je recommande vivement cet album, une référence pour nos chorales et nos assemblées liturgiques, et j’encourage chacun à poursuivre l’excellence musicale, «pour la gloire de Dieu et le salut du monde».

Abbé Fred Olichet BIYELA
Anthropologue et ethnomusicologue
Université de Neuchâtel (Suisse)

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