Le Pape a été élu. Son nom annonce l’ébauche des centres d’intérêt vers lesquels vont porter son magistère. Le Pape Léon XIV va s’inscrire dans la tradition catholique, nous habituer à sa gestuelle, à ses sujets de prédilection, ses voyages et orienter notre Eglise vers les horizons que lui inspire le Saint-Esprit. Finies les supputations et les interrogations inutiles: pape, il sera le berger que souhaitent les peuples des Nations.
Nous avons un Pape. Suivant la tradition millénaire de l’Eglise, il cesse d’être Américain et Péruvien: il appartient à l’Eglise entière. De même qu’il couvrira de sa sollicitude pastorale nous tous, baptisés et non, qui avons besoin de l’éclairage inspiré dans un monde où nos dieux multiples ne sont pas toujours altruistes. Il sera Pape au-dessus des contingences, pour le service de l’homme et de tout l’homme.
Ce n’est pas un changement de tour de garde qui s’est opéré au Vatican le 8 mai dernier. C’est un changement dans la rupture. Et d’abord avec le choix du nom: Léon pour poursuivre l’attention de l’Eglise aux questions sociales comme le fit au début du 20e siècle son devancier, le Pape Léon XIII, le père de la Doctrine sociale de l’Eglise précisément.
Ses premiers mots ne trompent pas sur cette volonté d’engager l’Eglise vers la prise à bras-le-corps des questions sociales (sociétales?) qui agitent notre monde au point de représenter la ligne de démarcation entre l’Eglise «progressiste» et la fange «conservatrice», arcboutée, paraît-il aux oripeaux d’un monde crépusculaire. Que dira l’Occident des choix qu’opérera le nouveau Pape sur les thèmes aussi clivants que l’homosexualité, le célibat des prêtres, l’ordination sacerdotale des femmes ou la polygamie…?
Plus que tout, c’est de nous qu’il faudra attendre le virage (s’il y en a) qui s’opérera et qui interrogera la nouvelle mue dans l’Eglise. Nous, en Afrique, sommes en train de devenir une part non négligeable du poids de l’Eglise catholique. En sommes-nous conscients? Si oui, notre Eglise africaine a-t-elle librement tranché les questions de syncrétismes, des croyances hybrides et de cette pauvreté qui nous colle à la peau, nous faisant passer pour de seuls «réciteurs» de prières incapables de s’ébrouer des pesanteurs qui empêchent notre développement.
Ce n’est pas le Pape qui fait l’Eglise et la nouvelle ère dans laquelle nous entrons avec Léon XIV ne se fera pas sans nous.
Albert S. MIANZOUKOUTA

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