Il n’y a pas jusqu’au nom qui n’induise à la polémique. Dans l’opération vigoureuse en cours contre les «kuluna», une émotion particulière s’est saisie de l’opinion lorsque le ministère du Commerce a décrété l’interdiction de vente des machettes devenues instruments de mort aux mains des jeunes délinquants. Le ministère a aussi décrété la fin momentanée de la vente des motos. L’une dans l’autre, ces deux mesures ont introduit une confusion ajoutant à la perplexité devant cette opération fortement critiquée par les défenseurs des droits de l’homme qui s’inquiètent de dérives éventuelles.
Interdire l’achat des machettes pour éradiquer les violences urbaines ? Etouffer ainsi ces spectacles horrifiants d’adolescents cachant sous leur tenue scolaire une machette qui sera dans la cour de récréation, et contre les camarades et même les professeurs, instrument de mort? La situation, disent les défenseurs des droits de l’homme, est grave mais il ne faut pas l’aggraver davantage. Ce n’est pas parce que les vies de nos jeunes sont à la dérive qu’il faut tout se permettre, y compris s’adonner à la délation ou tuer en public !
Le mal de la délinquance juvénile contre laquelle il fallait sans doute employer de grands moyens ne nous empêche pas de penser à ce que sera demain. Interdire la vente des machettes, commençait à murmurer l’opinion, n’était-ce pas confondre dans une même condamnation l’outil et l’arme. Si la machette est aussi appelée coupe-coupe, cela ne doit pas induire à confondre. Combien de cadres de ce pays ne se sont-ils pas élevés grâce à la machette d’un agriculteur de père? Quant aux motos, combien seulement de jeunes hommes ont soulagé la vie des contrées enclavées en les transformant en moyen de transport rapide et peu couteux !
Fort heureusement, les éclaircissements du ministère du Commerce sont venus apporter la lumière et dissiper les ténèbres. Le petit agriculteur pourra conserver sa machette et le petit artisan du village aura tout loisir d’acheter ou faire réparer sa moto. Sont exposés à la curiosité vigilante de l’Autorité, les achats en masse. D’ici quelques semaines, nous assure-t-on, le ministère de l’Intérieur et celui du Commerce vont harmoniser leurs violons. Car, insiste-t-on, ce qui importe, c’est la quiétude des populations. Il ne faut donc pas entretenir la confusion à des fins de trouble.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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