POINT DE VUE : La paix dans un monde changeant et multipolaire

0
30
Abbé Rostand Boukaka-Nsadi

Nous vivons dans un monde en mouvement. La photophobie règne dans les cœurs des hommes et femmes. La paix est devenue un mythe ou un mystère. Ce monde rempli d’intellectuels, de hauts responsables, qui sont dans nos institutions internationales, qui prônent à sauvegarder la paix dans le monde, mais qui sont incapables de faire respecter les lois internationales. Avec les guerres (en Ukraine, Gaza et surtout les tensions entre Israël et Iran), l’homme devient un fardeau pour l’autre. Les grandes puissances se contredisent entre elles, chacune joue avec ses intérêts. Du coup les plus faibles payent le prix de la souffrance.
En effet, depuis longtemps, le monde est dans la perspective de la paix, signe de la dignité et de la liberté de l’homme en tant que créature du Dieu unique et souverain. Aujourd’hui nous constatons que nos institutions mondiales ne s’appliquent qu’aux faibles tandis que les forts en profitent pour détruire les biens des autres. La paix est devenue un slogan au quotidien, et pourtant la paix exige le respect, et se définit par preuve d’attention à la personne vivante en fonction de sa dignité. A l’ouverture de l’année du centenaire de l’évangélisation du Congo, Mgr Barthélemy Batantou avait rappelé que l’Eglise a toujours un mot à dire, sur les questions éthiques et morales concernant la dignité humaine. Cela stipule: «La dignité de l’homme, dans notre pays et dans le monde, a toujours été un souci profond de l’Eglise qui proclame la Bonne Nouvelle. L’Eglise, maîtresse en humanité, ne pourrait prétendre de porter le salut du Christ à l’humanité si elle n’avait à cœur la dignité et l’épanouissement de la personne humaine».
L’Eglise par sa doctrine sociale est bien placée, pour mettre l’ordre dans un monde multipolaire. Pour rétablir la paix dans le monde, la communauté internationale doit jouer un rôle de protection des citoyens au sein de chaque Etat. La démocratie a entraîné des bouleversements incalculables, chaque Etat et régime au pouvoir tente de dominer les faibles et de détruire la personne humaine. Saint Jean Paul II affirme: «Personne en aucune circonstance ne peut revendiquer pour soi le droit de détruire directement un être humain» . Ces Etats doivent inculquer les modalités d’instruire le peuple dans le domaine de la paix, par la discipline, le travail, le respect des dirigeants envers les citoyens, toutes ces valeurs doivent être enseignées et pratiquées par le peuple sous l’œil de l’Etat. C’est pourquoi il est le premier répondant devant les institutions internationales en cas des crimes ou crises contre l’humanité.
La paix ne se limite pas à un problème de désarmement, de cessation des hostilités, mais elle concerne aussi la vie des populations. La communauté internationale doit promouvoir l’abondance d’une vie sans guerre et sans pauvreté. C’est pourquoi l’Eglise a intérêt à suivre de près la source des problèmes qui minent la paix au niveau mondial. Nous connaissons tous, de façon générale, plusieurs maux qui bloquent la joie, suscitent des conflits aux conséquences très destructrices. Ces problèmes qui troublent souvent la paix sont liés, à l’exercice du pouvoir par les hommes politiques dans notre monde actuel, à la propriété des richesses, la gestion des ressources naturelles, la manipulation des référents identitaires, la faillite des institutions politiques et de l’Etat de droit, l’ingérence des puissances étrangères, la montée du pouvoir des organisations criminelles locales, nationales et internationales, la question de la gouvernance, l’ethnicisation du pouvoir dans le milieu politique, la corruption et l’impunité. L’Eglise s’est engagée, pour comprendre les crises et à dénoncer le mal, et à interpeller ceux qui en sont commanditaires, elle vient secourir les victimes. Les messages des évêques sont d’ordre de la pacification pour l’homme. La communauté internationale doit partager les peines et souffrances des populations car «si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie» (1 Co 12,26). C’est à partir de cette affirmation que l’Eglise essaie de comprendre la réalité de son engagement pour la paix, la justice et la dignité humaine. L’Eglise par les messages des évêques intervient, pour la vie de la personne humaine, c’est pourquoi l’homme politique doit respecter la dignité de l’homme. Voilà en quoi les évêques invitent tout citoyen à arrêter les nouvelles escalades de violence, à travailler de façon à lutter contre une guerre entre les peuples du même pays, à la réparation des dommages causés, et tracent des pistes pour une sortie de crises internes en vue de la justice sociale.
L’Eglise attire l’attention des dirigeants ou des pouvoirs publics pour être toujours à l’écoute des besoins des citoyens. «C’est toujours à cet équilibre que doivent tendre les multiples efforts entrepris par les pouvoirs publics pour faciliter aux citoyens la jouissance de leurs droits et les rendre moins ardus à l’accomplissement de leurs obligations dans tous les secteurs de la vie sociale». L’Eglise a l’œil sur l’agir de l’homme politique, il faut qu’il y ait un bon suivi des lois, pour la protection de la personne humaine et faire revivre l’égalité de l’homme en société. Léonard Santedi Kinkupu affirme que «par le respect de toute personne, de la dignité humaine et par l’égalité qui renforce les sentiments d’appartenir au genre humain, à la destinée même de la société» nous devrons prendre les responsabilités afin d’améliorer les conditions de nos société. La paix libère l’homme, elle lui offre une autre dimension vitale, en vue de vouloir être avec les autres. Avec les évêques, le droit de la personne n’a pas un prix, c’est ainsi que le Synode des évêques affirme que «l’Assemblée synodale devrait faire entrer le cri des pauvres, des minorités, des femmes bafouées dans leur dignité, des marginalisés, des travailleurs mal payés, des réfugiés et des migrants, des prisonniers qui attendent une aumônerie structurée et pas seulement un aumônier».
L’Eglise doit accompagner son action caritative dans le sens de l’évangélisation, et «l’évangélisation implique nécessairement et requiert que le Message soit accueilli au sein d’une communauté vivante. L’évangile inaugure tout naturellement une nouvelle communauté pleine de vie et l’adhésion au Message du Royaume se manifeste concrètement par l’entrée visible dans la communauté des croyants, c’est-à-dire dans l’Eglise qui est le sacrement visible du salut».
L’Eglise, dans la lumière du Saint Esprit, estime que le cœur humain blessé demeure l’ultime repère où se niche la cause de tout ce qui déstabilise l’œuvre de paix.
Somme toute, la paix mondiale est nécessaire, «fidèle à l’enseignement de son divin fondateur qui donnait l’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres comme signe de sa mission, l’Eglise n’a jamais négligé de promouvoir l’élévation humaine des peuples auxquels elle apportait la foi au Christ» . L’Eglise a un mot et doit réagir à partir des messages d’évangélisation et l’urgence pour l’humanité est «certes, les secours d’urgence répondent à un devoir d’humanité et de justice» . La paix ne peut être durable à travers le monde, que si les valeurs et les lois sont respectées en fonction des biens de l’humanité tout entière.

Abbé Rostand
BOUKAKA-NSADI
Prêtre de l’Archidiocèse de Pointe-Noire

Abonnez-vous à notre bulletin d'information