En cette année de jubilé sur l’espérance tel que voulu par le Pape François et que tous les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté sont invités à y prendre part, il me paraît judicieux de poser les bases théologiques du mot «Espérance». Ainsi, intitulons-nous notre réflexion: «Le concept d’espérance en théologie chrétienne».
La théologie définit l’espérance comme la vertu par laquelle l’homme attend la plénitude du salut et les moyens pour l’atteindre en se confiant à l’aide omnipotente de Dieu. L’espérance est donc rendue possible par la grâce de Dieu. L’objet de l’espérance est donc la plénitude du salut ou la communion bienheureuse avec Dieu à travers la personne de son Fils Jésus Christ mort et ressuscité. Telle est au plan théologique, la conception traditionnelle de l’espérance. De nos jours, l’objet de l’espérance est beaucoup plus large. Il y a d’abord un objet primaire qui est la réalisation parfaite du Règne messianique, l’accomplissement de la création en Jésus Christ, et la consommation de toutes les choses dans un nouveau monde. Il y a ensuite un objet secondaire qui est l’ensemble des moyens nécessaires pour atteindre l’espérance eschatologique, comme la santé du corps et de l’âme, le pain quotidien, la justice et la paix, la libération de maux telles l’injustice, la guerre.
Le motif de l’espérance est aussi de deux sortes, à savoir primaire et secondaire. Le motif primaire est le pouvoir omnipotent de Dieu et sa bonté, la fidélité divine à ses promesses, et la révélation de l’amour de Dieu en Jésus Christ. Le motif secondaire comprend les sacrements et tous les autres moyens de grâce, l’intercession de Marie et des saints, la fidélité personnelle de l’homme et de ses œuvres d’amour.
Grâce à l’espérance qui lui est propre, la vie chrétienne est essentiellement une perspective de départ vers ce qui n’est pas encore connu. L’espérance donne de garder le regard tourné vers le futur. Dans la rencontre avec Dieu de l’espérance, l’homme se retrouve continuellement en ce qui est nouveau, surprenant, unique et plein de mystère. En conséquence, la vie chrétienne est une vie de départs toujours nouveaux et d’un cœur toujours en recherche. L’espérance est la caractéristique de l’homme pèlerin dont le trait plus caractéristique est l’imperfection, d’où l’ouverture à une grande perfection qui lui vient du futur et la promptitude à s’ouvrir à un Dieu toujours plus grand.
L’espérance chrétienne ne rend pas superflu l’engagement, mais au contraire l’exige. L’homme espère la justice et la paix de Dieu en luttant dans le présent pour leur progressive réalisation. Aussi l’espérance chrétienne est-elle la stimulation pour transformer le monde dans le sens des plans créatifs et des objectifs salvifiques de Dieu. L’attente du Règne rend l’homme prompt à s’engager sans réserve dans l’amour et dans les œuvres de réconciliation du monde avec Dieu et avec son futur.
L’espérance peut être fondamentalement abandonnée de trois manières à travers la présomption, le désespoir et la résignation. Une première forme de présomption consiste à attendre le salut par les seuls efforts de l’homme. Cette attitude est un péché contre le dogme du caractère gratuit de la grâce et du salut éternel. A la base, se trouvent l’orgueil et l’hérésie pélagienne laquelle exalte les pouvoirs naturels de l’homme et s’efforce d’atteindre la félicité éternelle exclusivement à travers les œuvres morales. Une autre forme de présomption attend le salut éternel des seuls mérites du Christ. On ne se donne pas la peine de se tourner vers Dieu de tout son cœur et de se soumettre fidèlement à sa volonté, car dit-on la foi dans les mérites du Christ suffit.
Le désespoir est le manque de confiance dans la bonté et dans la miséricorde de Dieu ainsi que dans sa divine assistance. Le désespoir est le découragement volontaire d’obtenir de Dieu le salut éternel et les moyens nécessaires pour le rechercher. La résignation quant à elle consiste à se soumettre passivement à l’insuffisance des conditions existantes et à défier l’aide de Dieu pour les modifier. Il y a encore foi au salut éternel, mais on ne croit plus à la possibilité d’un monde meilleur, parce qu’on doute que Dieu s’intéresse à cela et donne l’aide divine nécessaire.
La réponse aux interrogations et aux problèmes de la vie ne se trouve ni dans la présomption ni dans le désespoir, ni dans la résignation, mais seulement dans l’espérance patiente et persévérante.
Donc, face aux nombreuses crises qui bouleversent notre monde, aux situations désespérantes qui meublent nos existences, aux incertitudes qui obscurcissent notre avenir et aux maux qui dévissent notre espérance, replongeons-nous dans le berceau d’espérance de notre Dieu.

Père Serge BABINGUI
Docteur en théologie