Textes : Qohèleth 1,2; 2,21-23; Ps 89(90); Colossiens 3,1-5,9-11; Luc 12,13-21
Le passage évangélique revient sur l’attitude de Jésus envers les biens matériels. Le thème est introduit, comme c’est souvent le cas chez Luc, par un «épisode» (vv.13-14), réaffirmé par une déclaration du Sauveur (v.15) et illustré par une parabole (vv.16-21). Jésus s’adresse à ses disciples (12,1), mais il est interpellé par quelqu’un dans la foule, et son discours s’adresse donc à un cercle plus large d’auditeurs. Pour l’évangéliste, c’est la communauté qui s’interroge, à la lumière de l’enseignement du maître (v.15), sur la question de la propriété ou de l’usage chrétien des biens matériels.
L’homme de la rue (v.13) pense que Jésus est l’un des nombreux docteurs de la loi capables de régler un litige successoral qui, en Israël, n’était pas très clair et encore moins juste. La loi s’opposait au fractionnement du patrimoine foncier; c’est pourquoi, à la mort du chef de famille, elle attribuait la moitié au fils aîné, qui avait également droit aux deux tiers des biens mobiliers. On peut supposer que le frère aîné, qui est ici accusé, avait du mal à céder la part due aux autres frères. Les causes étaient discutées aux portes de la ville, publiquement, avec la participation du conseil des anciens, du représentant du roi et des témoins, mais il n’était pas exclu de régler un litige en privé devant un expert en droit.
Jésus est un maître, mais pas de la loi, plutôt de la Parole de Dieu. Il ne connaît pas les règles qui régissent la répartition des biens familiaux, mais il connaît celles qui guident l’homme vers son épanouissement équilibré et heureux. La première d’entre elles est la fuite de l’avarice (pleonexia). La réponse ne s’adresse pas à son interlocuteur, mais à toutes les personnes présentes (v.15). L’évangéliste la répète avec la même préoccupation sincère aux membres de sa communauté, en particulier peut-être à ceux qui la président. Le terme grec pleonexia décrit l’aspiration à vouloir avoir plus, c’est pourquoi il est synonyme de cupidité, de désir immodéré et irrépressible des biens matériels, qui en fin de compte ne comblent ni ne satisfont l’homme.
Le Nouveau Testament le rapproche de l’idolâtrie. Un tel appétit ne rend pas l’existence plus sûre, ni ne lui accorde une plus longue durée. Les biens matériels n’aident pas à mieux atteindre le but de son existence, ni ne la protègent des surprises désagréables. Ils sont extérieurs à l’homme et ne comblent pas ses aspirations, qui sont intérieures, profondes; ils sont trop incertains pour constituer un motif sûr de stabilité. La tranquillité et la sécurité d’un homme ne dépendent pas de ses possessions, même si elles sont surabondantes. Celui qui s’appuie sur elles pour mener une vie heureuse fait un mauvais investissement. La parabole qui suit illustre, voire dépasse, ce concept (vv.16-20).
L’épithète par laquelle Dieu définit l’homme riche «fou» rappelle un autre thème de la sagesse, à savoir l’usage que l’on fait de ses biens. Le Siracide (31,5-11) oppose le «fou», (v.20) épris et donc prisonnier de la possession de l’or, à l’homme riche qui, avec ses biens, fait «des merveilles à son peuple» (31,9). La fin de la parabole (v.21) insinue une nouvelle catégorie à la lumière de laquelle elle évalue le comportement de l’homme riche: l’enrichissement à l’égard de Dieu. Ce critère reste en suspens: d’autres déclarations de Jésus le clarifieront (v.33-34).
Aujourd’hui comme hier Jésus se propose de marcher à nos côtés pour soutenir nos tâtonnements… Il se propose de marcher devant nous en nous invitant à risquer de mettre nos pas dans ses pas… Il nous propose, comme un guide de montagne, de lui emboîter le pas pour tendre vers les réalités d’en haut. Oui, «la vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses». Si toute notre vie est tendue à la recherche et à l’accumulation des biens matériels, nous serons nécessairement déçus, car ces biens ne peuvent nous apporter le repos. Une partie de notre personnalité sera toujours profondément insatisfaite. Si, en revanche, nous cherchons à grandir dans l’amour, nous aurons une joie profonde et merveilleuse car nous serons dans la joie divine. Jésus est venu pour nous révéler Dieu et sa volonté et c’est là que se trouve la vraie source de la joie. L’apôtre Paul nous indique plus clairement ce que nous devons chercher avec insistance: «Recherchez les réalités d’en haut; c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu, tendez vers les réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre». Ces affirmations de Paul s’appuient sur notre participation au mystère pascal. Dans le baptême nous sommes morts avec lui et ressuscité avec lui pour vivre une vie vraiment digne de Dieu, une très belle vie!
Que devons-nous faire? Il nous faut:
- S’enrichir devant Dieu;
- Rechercher l’essentiel;
- Discerner où se trouve la vraie joie.
Soyons heureux! Pas d’un bonheur factice, qui se berce d’illusion en cherchant à amasser toujours plus! Soyons heureux en nous laissant habiter par le bonheur de Dieu, en apprenant de Lui le chemin du don et du pardon, tous ces chemins qui tirent l’homme vers plus haut, plus grand que lui.
Père Roland KINKOUNI En mission pastorale dans le Diocèse de Guadeloupe France






